leral.net | S'informer en temps réel

Pourquoi les touristes désertent la station balnéaire de Saly : L'AFP mène l'enquête

Soleil, plage et piscines à l'eau turquoise: Saly, cité balnéaire près de Dakar, peut se targuer d'atouts de rêve, pourtant les touristes y sont moins nombreux depuis les dernières attaques jihadistes en Afrique de l'Ouest et le renforcement de la sécurité sur le site.


Rédigé par leral.net le Vendredi 15 Avril 2016 à 12:15 | | 2 commentaire(s)|

A 80 km au sud-est de la capitale, Saly est une des plus importantes stations balnéaires du Sénégal, aux 700 km de côtes sur l'océan Atlantique, et attire habituellement de nombreux touristes, essentiellement des Européens, dont une majorité de Français. "Il y a moins de monde cette année", constate Agnès Centolle, dans la rue au bras de son époux, Frank.

Ce couple de retraités bordelais vient depuis sept ans dans le pays et réside généralement plusieurs mois d'affilée à Saly. Sur place depuis cinq mois, ils ont aussi remarqué "très nettement" un renforcement de la sécurité dans la ville, sur les plages, à l'entrée des hôtels, précise Agnès. Selon plusieurs résidents, la protection avait déjà été rehaussée après l'attaque au Mali voisin, le 20 novembre, d'un hôtel chic de Bamako (20 morts, ainsi que deux assaillants tués).

Les autres attentats jihadistes meurtriers, le 15 janvier à Ouagadougou (Burkina Faso) et le 22 mars dans la station balnéaire ivoirienne de Grand-Bassam, ont conduit à donner un nouveau tour de vis sécuritaire. "L'ensemble de ces événements a affecté négativement" le tourisme en général, y compris au Sénégal, affirme Boubacar Sabaly, directeur général de l'hôtel Les Bougainvillées et président du Syndicat d'initiative de la région.

Transats vides et employés plus nombreux que les clients
Son hôtel aux murs ocres niché dans une forêt de bougainvillées aux couleurs vives accueille quelques résidents, loin de la population habituelle d'une haute saison: les transats sont vides autour de la piscine, à deux pas du bar aux employés plus nombreux que les clients. Irena est là depuis une semaine. Isabelle et son mari Dominique finissent bientôt leurs deux semaines de vacances. Ces trois Français ont, bien sûr, entendu que Saly pouvait être attaquée comme Grand-Bassam, sans que cela les dissuade de voyager. "Maintenant, le risque zéro n'existe pas", lance Dominique, en short, torse et pieds nus.

La menace est prise au sérieux tant dans la station de Saly - comptant au total "20 hôtels et 33 résidences", précise Boubacar Sabaly - que dans ses environs, ce qui représente "environ 20.000 âmes", d'après Ibrahima Sarr, directeur général de l'hôtel Les Filaos et du Saly Hôtel. En plus des gendarmes clairement identifiés, visibles sur les routes, à l'entrée de la ville et devant les hôtels, d'autres circulent en civil, indique M. Sabaly. La société qui gère la station, la Sapco, a aussi déployé du personnel dédié à la sécurité. Des hôteliers ont embauché des gardes privés, avec détecteurs de métaux, miroirs d'inspection de véhicules notamment.

Le maître-mot est "vigilance", dit Ibrahima Sarr, regard tourné vers le restaurant des Filaos aux tables clairsemées, face à la plage. Il continue d'étoffer son dispositif, révèle-t-il, pour tenter de rassurer les clients et rattraper "l'année passée qui était catastrophique en raison d'Ebola", épidémie qui a sévèrement affecté trois pays d'Afrique de l'Ouest depuis décembre 2013 et éloigné les touristes de toute la région. Sylvain, un restaurateur français, est aussi "vigilant, mais pas non plus dans la psychose de tous les instants".

Son établissement prisé des touristes et des locaux affiche presque complet aux heures de repas, contrairement aux hôtels. Il avait aussi constaté une baisse de la fréquentation après l'attaque de Grand-Bassam, mais le quotidien a repris le dessus sur la peur. La peur? "On ne pense même pas à ça!", assure Abdourahmane Diop, maçon de la ville voisine de Mbour qui travaille à Saly. "L'Etat veille sur la sécurité des gens", soutient-il, "mais on prie le bon Dieu" pour qu'une attaque jihadiste "ne se produise pas au Sénégal, quand même".

Si cela arrivait, ce serait une catastrophe pour le tourisme au Sénégal "qui contribue directement ou indirectement pour un peu plus de 11% au Produit intérieur brut", selon une étude publiée jeudi par Business Monitor International (BMI), agence indépendante d'évaluation des risques pays. Et cela ruinerait les espoirs de relance de la filière: le Plan Sénégal émergent (PSE), programme de développement du pays à l'horizon 2035, vise l'ambitieux objectif de deux millions de touristes en 2018, contre quelque 700.000 actuellement, selon des statistiques officielles.

AFP






Hebergeur d'image



Hebergeur d'image