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Pr. Alioune Badara Diop : «Niasse n’est pas l’avenir de l’Afp»


Rédigé par leral.net le Samedi 18 Juin 2016 à 14:00 | | 5 commentaire(s)|

Professeur agrégé de Science politique à la Faculté des Sciences politiques et juridiques de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Alioune Badara Diop analyse dans cet entretien la déclaration du secrétaire général de l’Alliance des forces de progrès (Afp) et président de l’Assemblée nationale, lors de la cérémonie marquant les dix-sept ans de son parti le 16 juin dernier. Et c’est pour préciser d’emblée que Moustapha Niasse le veuille ou pas, il n’est pas l’avenir de l’Afp. En effet, selon Alioune Badara Diop, le secrétaire général de l’Afp s’est tout simplement rendu compte qu’il n’a pas forcément opéré les choix les plus judicieux en termes de positionnement politique au sein de son parti qui a perdu beaucoup de terrain depuis les élections de 2012.

Comment analysez-vous la sortie de Moustapha Niasse, lors de la célébration des 17 années de son parti ?

En 2012, Moustapha Niasse avait encore cette force politique dans le Saloum qui est resté majoritairement maitrisé électoralement par lui. Mais aujourd’hui, il y a une reconfiguration du champ politique avec l’apparition de l’Alliance pour la République du président Macky Sall qui s’est employé à déconstruire tout ce maillage de contrôle politique électoral qu’il avait consolidé. L’Afp a perdu beaucoup de terrain depuis les élections de 2012. C’est une réalité et les statistiques le montrent parfaitement. Je pense qu’aujourd’hui, rétrospectivement, la posture de Moustapha Niasse peut être sujette à caution. Il n’a pas forcément opéré les choix les plus judicieux en termes de positionnement politique parce qu’à l’époque, je pense qu’il avait gardé une certaine rancune pour Abdou Diouf et le Parti socialiste. Alors que la logique était de transcender cette rancune, se réconcilier avec sa famille politique naturelle : les socialistes.
Son discours de jeudi dernier, montre qu’il a compris qu’il y avait beaucoup de ratés dans sa trajectoire politique récente, beaucoup d’actes manqués dans sa production de discours politiques, qu’il est incompris des Sénégalais. Moustapha Niasse a également compris que son alliance très étroite avec le président de la République avait certes contribué à faire de lui le deuxième personnage de l’État comme on le dit mais en contrepartie, il a laissé beaucoup de plumes en tant que leader de parti politique. Autrement dit, aux yeux des Sénégalais, son parti, l’Afp tend à devenir un parti insignifiant du point de vue électoral. Il avait près de 17% des suffrages exprimés à l’élection présidentielle de 2000. Il était le faiseur de roi comme on dit. Il avait arbitré en faveur d’Abdoulaye Wade qui a battu le président Abdou Diouf. Donc, à l’époque, il pesait lourd, il était une grosse pointure de la scène politique sénégalaise. Mais depuis lors, l’eau a coulé sous le pont comme on dit.

Selon vous, qu’est-ce qui explique cette décadence ?

Jusqu’en 2012, Moustapha Niasse avait encore beaucoup de soutien électoral dans le Saloum. Mais, depuis qu’il a ouvert ce fief électoral à Macky Sall, celui-ci a mis ses pions qui ont appris à se légitimer localement indépendamment de lui. Résultat, aujourd’hui quand vous regardez dans cette partie du Sénégal, vous soyez des gens très proches de Macky Sall qui ont court-circuité ses «prérogatives» électorales et se positionnent comme leader potentiel dans cette partie du territoire. Il a donc tenu un discours de rebuffade parce qu’effectivement, il a compris que le président Sall, en perspective de 2019, a plusieurs cartes entre les mains notamment la reconstruction du champ politique avec une réconciliation à la clé avec sa famille libérale.
Je pense qu’il a compris qu’il était instrumentalisé par le président Macky Sall mais aussi qu’il a beaucoup perdu avec le départ de Malick Gakou et compagnie. Il a également compris que la seule chose qui lui reste est de jouer la carte de son leadership d’ailleurs contesté à l’Assemblée nationale où Macky Sall l’a imposé au perchoir. Sa sortie est en quelque sorte un baroud d’honneur pour dire à Macky Sall, certes vous envisagez de vous réconcilier avec le Parti démocratique sénégalais (Pds) mais moi, je reste une personnalité charismatique du jeu de la scène politique.

Lors de cette déclaration, Moustapha Niasse a également annoncé que l’objectif de son parti aux prochaines législatives est d’avoir plus de députés à la 13ème Législature (26 au moins d’après la presse). Pensez-vous que l’Afp a aujourd’hui les moyens de cet objectif ?

Je pense que c’est une hypothèse qu’il a donné dans le sens où il n’y a que les Sénégalais qui peuvent décider. Cependant, je doute fort que l’Afp version Moustapha Niasse puisse avoir autant de sièges. À mon avis, l’Afp est un parti dont le potentiel de mobilisation électorale, les chances de succès aux législatives de 2017 sont très, très faibles. Moustapha Niasse lui-même en tant que président de l’Assemblée nationale ne pèse lourd que dans le Saloum. Son fief électoral, c’est Kaolack et si vous quitté cette région, il ne pèse pas lourd dans les autres régions du Sénégal. À Dakar, il a perdu la chance qu’il avait de s’adosser sur des gens comme Malick Gakou qui contrôlait Guédiawaye. En plus, le départ de celui-ci à contribué à fragiliser l’Afp dans la capitale. Aujourd’hui, au regard de la sociologie électorale sénégalaise, Moustapha Niasse et l’Afp ne pèsent pas lourd électoralement. Il s’y ajoute un autre phénomène très important qu’il ne faut pas occulter. Même si dans nos sociétés, il n’est pas bien vu de parler de l’âge du capitaine mais Moustapha Niasse est très âgé aujourd’hui. Qu’il le veuille ou pas, il n’est pas l’avenir de l’Afp.

Comment voyez-vous l’avenir de la coalition Bennoo Bokk Yaakaar ?

L’avenir de cette coalition dépend de deux choses : la première est que le président Macky Sall qui est le leader de cette coalition, en tant que président de la République, puisse pérenniser cette logique d’union avec Tanor et Niasse, qu’il continue à leur faire des concessions importantes. Et aussi que ces derniers (Niasse et Tanor Dieng) en contrepartie puissent continuer à lui offrir le soutien indéfectible de leur appareil politique respectif, ce qui n’est pas forcément gagné. Parce qu’on a vu qu’il a déjà des fissures au sein du Ps comme de l’Afp du fait des jeunes ambitieux qui contestent la propension de Macky Sall au sein de cette coalition notamment en voulant sceller la réconciliation avec le Pds. Tout le monde sait que le jour où Macky Sall va se réconcilier avec le Pds, cela va avoir pour conséquence immédiate la marginalisation aussi bien de Tanor Dieng que de Moustapha Niasse. Cela est évident.

Sud QUotidien






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