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Pr Malick Ndiaye dénonce "une Ben-Alysation"/Dynastisation" sous-tendue par un "Plan YY ou d’un PSE, sans âme..." et indexe 2 groupes, ceux de "Macky et de Marème"

Selon le Pr Malick Ndiaye qui vient de publier un livre intitulé : "Où va la République ?", "si le mouvement se prouve en marchant, l’évaluation des ruptures n’attend point le nombre d’années ni les échéances électorales. Car, comme le dit l’adage : « Cin bu naree neex su baxee xeeñ ». Aussi la question qu’on ne peut manquer de se poser, deux années, après le départ de Wade est-elle la suivante : Pourquoi malgré ses origines éthiques, populaires, urbaines et citoyennes profondes, la Seconde Alternance a-t-elle tant de peine à prendre le pli comportemental ainsi que le profil et les attitudes conformes à sa nature comme à ses missions et rôles ?" Lire les bonnes feuilles de son oeuvre...


Rédigé par leral.net le Samedi 2 Août 2014 à 08:56 | | 5 commentaire(s)|

Pr Malick Ndiaye dénonce "une Ben-Alysation"/Dynastisation" sous-tendue par un "Plan YY ou d’un PSE, sans âme..." et indexe 2 groupes, ceux de "Macky et de Marème"
"Si la Seconde Alternance séduit, par ses avancées indiscutables dans certains domaines , tout ou partie notable de son élite dirigeante ne laisse pas de choquer. Et ce, au plus haut niveau, par une inconduite caractérisée, mélange de saugrenu désopilant et de dérives caractérologiques qui en disent long sur les contours sociologiques qui s’élaborent au sein de la nouvelle classe au Pouvoir, non seulement dans les matières politiques et sociales classiques, mais aussi dans les questions de la spiritualité et de la foi telles qu’elles avaient fait brèche dans la Conscience citoyenne nouvelle, à la différence de la première Alternance par exemple".

De fait, le cocktail pourrait être rien moins qu’explosif. D’abord, il y a le manque d’égards pour l’étiquette et le cérémonial, le style déroutant, la tendance marquée au culte de la personnalité, les propos navrants, voire étonnants, de la part de membres éminents du nouveau Groupe dirigeant se prévalant, sans autre forme de retenue, d’un pouvoir de nomination de Ministres ou d’une capacité à faire et à défaire Premiers Ministres, DG et PCA des sociétés nationales, etc. Qui plus est, de quoi s’autorise donc l’achat avéré de conscience, à l’aide de fonds d’origine non élucidée jusqu’ici ? Quid du défaut de civilité formelle et d’urbanité ? Ne sommes-nous pas en présence d’indices signalétiques de l’arrivée au Pouvoir d’un Groupe, d’une manière de civilisation, d’une sous-culture, qui prennent à contrepied les traditions éprouvées de Gouvernance de notre pays, à commencer par la culture senghorienne de l’Etat fondée sur le respect que le serviteur de l’intérêt général et son entourage doivent à la dignité de leurs fonctions ? Que ce soit en termes de conduite, de discipline personnelle ou de sens de la mesure et du discernement ou de la simple culture de courtoisie !

Aussi s’agit-il, au-delà de l’émotion lisible des observateurs comme des acteurs, de se demander si ces pratiques récurrentes n’étaient pas un indice pertinent quant à l’arrivée au Pouvoir, à la faveur même de la Seconde Alternance, d’une nouvelle classe sociologique dont ces expressions symboliques constituent la sous-culture spécifique ? Toujours est-il que l’intérêt sociologique de cette question est majeur : Les régimes ceddo préislamiques avaient l’éthos du Ngor, Jom, Jomb, Fulla et Fayda ; Thierno Souleymane Baal et les confréries une gouvernance empreinte de l’esprit prophétique de la religion musulmane ; Senghor était sensible au code de bienséance et à l’habitus à la fois du Bour Sine Coumba Ndoffène et de la culture humaniste de Malraux et Pompidou. Si Diouf suivait l’éthique des Administrateurs de l’ENFOM, Wade se souciait de celle de l’Ecole Normale William Ponty et des Yax bu rëy de l’entre-deux-guerres. Aussi l’équation de ces moeurs laxistes et permissives, voire licencieuses, soutenues par un protocole de niveau zéro, des aptitudes et des compétences culturelles qui contrastent singulièrement avec les pratiques de Pouvoir et de l’Autorité recensées jusqu’ici dans les traditions anciennes et contemporaines, mérite-t-elle un examen des plus attentifs, afin de parer à toute éventualité, car « Liy raam ci Ñag bi la jëm » ! Moyennant quoi, il pourrait s’agir de signes prémonitoires lourds et significatifs équivalents à des glissements de type culturel et sociologique ayant précédé ou accompagné l’arrivée au Pouvoir du vainqueur de Wade. Si tout ce qui se pèse et se répète mérite examen, tous les facteurs ne sont pas forcément lourds et décisifs, mais la prémonition est la loi de toutes les réformes en cours, et l’analyse des phénomènes lisibles constitue la grande règle de toutes les préventions et anticipations. « Nit ku baax day Foog !». Nul ne saurait dire à l’avance de quoi demain sera fait. Mais, en tout état de cause, la Gouvernance Macky est partie pour être problématique, voire « controversal », sous ce rapport, en ce qu’elle emprunte visiblement une trajectoire inverse à celle de l’éthique spécifique de la Seconde Alternance.


Ajoutez à ce tableau déjà complexe, l’intrusion insolite, voire impromptue, d’une variable familiale, clanique et patronymique allant de la parentèle lisible du Président soi-même à la belle-famille. Sans compter les réseaux d’amitiés visibles et les rapports relevant, à l’analyse, de l’ethnicité, de la caste, de la condition et du rang, etc., et vous obtiendrez, - sans que le Président y prenne garde - une conflictualité d’un type nouveau susceptible de déformer toutes les perceptions, de dénigrer tous les acquis et d’altérer tous les bilans positifs, et de conduire à toutes les dérives déjà répertoriées dans l’histoire et la sociologie du pays. Et ce, au moment où les forces sociales du Régime précédent, un temps abasourdies par les résultats du 25 mars 2012 de même que les poursuites judiciaires, reprennent le chemin de la contestation de rue, dont le PDS s’était rendu maîtresse en plus d’un quart de siècle d’Opposition à Senghor puis à Diouf. Qui plus est, a-t-on seulement idée du rapport de causalité inversée entre d’éventuelles moeurs non conformes du nouveau Groupe au Pouvoir et la progression, par encouragement et défaut d’exemples à suivre (Roy), de l’anomie qui fait des ravages dans la population générale, au travers de ce que l’opinion appelle la « crise des valeurs » et la « dégradation des moeurs ?


Au demeurant, lorsqu’un Groupe dirigeant se conduit de manière peu exemplaire et défie la morale collective, puis étale à la face de la société, - de manière ostentatoire et provocante -, excès, frasques et extravagances, sans parler de toutes ces « Sénégalaiseries » dont fit tantôt état le journaliste-écrivain Ibou Fall ou encore T.T. Fons le « dessineux » de l’ex-Cafard libéré, quand il peint les conduites de Góor Góorlu ou encore les mille et un tours de Njumblang, n’est-ce pas autant d’appels et d’incitations à la généralisation des contre-modèles et des contre-valeurs ? Le Président mesure-t-il les effets probables du libertinage des classes dirigeantes sur les sentiments du Peuple et sur la Morale publique comme sur la foi, le civisme, le respect des symboles, la religion, le patriotisme, etc. ? Lorsque tout ou partie du Groupe dirigeant prêche la vertu cependant qu’il pourfend la morale chaque jour que Dieu fait, convoque les valeurs communes durant les cérémonies officielles et se conduit aux antipodes de la conscience collective, qu’est-ce à dire sinon que les professions de foi et les déclarations d’intention des Gouvernants finissent par exaspérer le Peuple et pousser ce dernier à l’apathie, à la révolte ou à la révolution ? Mieux, n’est-ce pas admettre que la Révolution citoyenne1 qui avait vocation de régénérer les bonnes moeurs, ou à tout le moins, de substituer à une classe dirigeante indélicate un leadership vertueux, a été abusée par les tours de passe-passe d’un Groupe qui aura caché son jeu jusqu’au bout ? Mais d’un autre côté, à considérer même que le développement matériel escompté remplisse le ventre du peuple de Ceep, Mburu et de Dëwlin, la demande morale et citoyenne qui a fait la Seconde Alternance sera-t-elle pour autant résolue ? La nouvelle éthique citoyenne consentira-t-elle à se résorber dans le matérialisme économique et productiviste d’un Plan YY ou d’un PSE sans âme qui laisserait les mains libres à un processus éventuel de « Ben-Alisation » / « Dynastisation2 » du Régime politique de la Seconde Alternance ? Cette question est également ouverte en ce sens que les choses sont loin d’être tranchées à l’avance, soit par le fait du peuple soit par celui du Groupe dirigeant. Mais, en tout état de cause, et quelle que soit l’issue future ainsi que la résolution de cette équation, dans un sens ou l’autre, il ne saurait y avoir de pire entreprise de démobilisation du Peuple et de déconstruction des institutions sociales et civiques, que le déni d’exemplarité de la classe dirigeante, en ce qu’il efface les frontières sociologiques, morales et politiques entre le bien et le mal, la vertu et le vice, avant de plonger la société entière dans un processus d’inversion des valeurs grosse de toutes les dérives, notamment dans les moeurs, les us et coutumes. Moyennant quoi, si les tendances comportementales du Groupe dirigeant ou autour du noyau de l’Exécutif devaient évoluer dans le sens d’un éloignement consommé à l’égard des us, coutumes et moeurs en pleine mutation et préfigurés par l’éthique spécifique de la Seconde Alternance, au lieu de se rapprocher de celle-ci et de lui servir de modèle et d’exemple, la Seconde Alternance sera contrainte de s’occuper elle-même à la fois de la Stratégie et de la Pédagogie des Réformes pour l’effectuation desquelles elle s’était reposée sur le Groupe de Macky/ABC/Mimi Touré/Mahmoud Saleh/Mbaye Ndiaye/M.Cissé Lô et non sur Marième Faye/Farba Ngom/Mansour Faye/Doudou Ndiaye Mbengue/Mame Mbaye Niang et leur séquelle.


Nul doute, par conséquent que le processus des mutations sociales et politiques pourrait emprunter des voies inédites et originales, non prévisibles comme telles à l’avance, mais la tâche de la Science de l’Homme et de la Société comme de la Nature n’en sera que plus ardue, qui demandera circonspection, méthode et rigueur, mais aussi engagement au sens d’acteur et de témoin, i.e. de protagoniste au sens strict.


La question ne peut être éludée plus longtemps, au vu de cette Seconde Alternance qui tangue dangereusement, par les concepteurs et les acteurs, de même que les pionniers et les penseurs de cette Révolution citoyenne1. En l’occurrence, ceux qui avaient tôt fait de théoriser l’urgence et la nécessité d’ « Alterner l’Alternance », dès que le Président Wade eut commencé à se retourner contre ceux-là mêmes qui l’avaient fait roi1. Pourquoi feindre de l’oublier ? L’idée d’Alterner l’Alternance ne date pas de 2009, qui fédéra près d’un an après la Première Alternance toutes ces Sentinelles et Veilleurs qui éclaireront pas à pas la marche ascendante de la nouvelle citoyenneté, ainsi qu’on le verra dans la suite de cet ouvrage, bien avant que le Groupe autour de Macky Sall2, après avoir servi Wade et ses desseins, rejoignit le convoi du peuple, de quelque manière, et avec, sans doute ses buts et ses objectifs spécifiques, à la suite de la crise politique interne au mouvement Sopiste à partir de 2009 !


L’histoire de la Seconde Alternance ne commence donc pas à la rupture survenue au sein de l’appareil dirigeant du PDS, ni avec les péripéties entre Wade/Idy, Idy/ Macky, Wade/Macky/Idy, mais bien avant ces épisodes, lorsque la première Alternance commença d’être trahie, selon la formule du professeur Sémou Pathé Guèye3.
Depuis que Penser est devenu est un devoir, selon la formule de Gnagna Cissé4, dont l’inobservance mérite sanction, l’intelligentsia irrite les hiérarchies établies de même que les fausses autorités dans les différents domaines du savoir ou de la société, singulièrement de la politique. Aussi ne faudrait-il pas s’attendre à des lieux communs, à des clichés ou à des stéréotypes caractéristiques des non penseurs des dilettantes et sycophantes nombreux par les temps qui courent, lesquels se bousculent – c’est le cas de le dire – pour offrir gages et talents, sans être convaincus ni du résultat, ni du bien-fondé de la démarche, mais tout simplement galvanisés par l’appât du gain et l’appel de sinécures hypothétiques et vaines, voire futiles. Et les voilà qui saccagent sans discernement ni retenue, ce que nous avons pourtant de plus cher, en l’occurrence, ce Devoir de Penser les faits, les choses, les hommes, les situations, les personnes et les crises, pour les faire voir comme ils sont et non comme les idéologies voudraient qu’ils soient.(…).

Pr. Malick NDIAYE, Sociologue, UCAD, Coordonnateur de l’Alliance des Citoyens pour la République – ACR, Responsable de la Commission Orientation et Stratégies de la Coalition Macky 2012, Président du Directoire de Campagne de l’Alliance 2014 aux Municipales de 2014 et Ministre conseiller à la Présidence de la République du Sénégal.

1 Touré A., PSE, Un bilan d’étape, 2012-2014, « ça été dit, c’est fait », Primature, République du Sénégal, Mars 2014, 27p.
2 Si la première Alternance s’était révélée démocratique et citoyenne à la française, c’est-à-dire avec un brin de mécréance, voire d’irréligion des gauches, des groupes droits de l’hommistes soupçonneux à l’égard de la religion et des confréries, considérées comme des contraintes plus ou moins inévitables avec lesquelles la démocratie sopiste était obligée de composer, la Deuxième Alternance a eu besoin de la spiritualité de la Religion musulmane singulièrement. De fait, à l’Obélisque, où les grandes heures de la résistance contre le régime de Wade ont été accompagnées par une ferveur religieuse remarquable dont la prière du vendredi effectuée sur place par des milliers d’Obéliskiens a été le point d’orgue, conclu près de 3 après près par le Sacrifice ultime du Bilal Muezzin d’exception qu’était Mamadou Diop. Un peu à la manière des Cheminots de Thiès qui se recueillaient au lieu dit « la Fosse » avant les grandes batailles, la Seconde Alternance s’est mise d’elle-même sous l’autorité du Tout-Puissant, un contrat estampillé du sang du Martyr Mamadou Diop rappelé à Dieu de manière violente et sans crier gare par les chars du Commissaire Arona SY, agissant au nom de l’Ordre. Si ce n’est le Tout-Puissant invoqué comme symbole et comme allié, c’est du moins la symbolique du rappel à Dieu de celui qui aura servi de trait d’union entre la Seconde Alternance en position de combat face à Wade et le Seigneur des Mondes.

1 M23, Chronique d’une Révolution Citoyenne, Préface d’Alioune Tine et Amath Dansokho, Introduction par le Pr. Yoro Karim Fall, Dakar, Consup, Les éditions de la Brousse, 270p.
2 Selon un modèle inédit de type Dényanké instaurant la prééminence de la parenté et des liens du sang (filiation et alliance) ! Ce qui équivaudrait, dans les conditions de la République de la Seconde Alternance, à la réification d’une caricature de Kolyabé, deux siècles après la révolution de Thierno Souleymane Baal au Fuuta en 1776. Auquel cas nous pourrions avoir affaire, dans ce pays, à un détournement de la Seconde Alternance selon une logique qui ne tardera pas à montrer ce dont elle est grosse, si cette éventualité devait se confirmer. Mais de toute évidence, les signes avant-coureurs sont là qui pourraient prospérer si la tendance n’était pas inversée, soit par le fait du Président élu soit par celui du peuple et des élites. Toujours est-il que la logique d’apatrides et de voleurs de nations et de territoires est là, et bien là, qui a causé la ruine de tous les Etats et de toutes les nations empêchées par l’aveuglement de leurs élites ou le manque de courage de leur classe dirigeante.

1 M23, Chronique d’une Révolution citoyenne, ibidem.

1 Le 4 mars 2001, Mame Madior Boye remplace en effet Moustapha Niasse, premier Premier Ministre de Wade, installé le 3 avril 2000, une des clés essentielles de la victoire de Wade contre Abdou Diouf, avec 16, 8 % des suffrages à la présidentielle du 26 février 2000, pour cette raison qu’il « lorgnait son fauteuil » ! La suite est connue. Wade fera subir le même sort à tous les membres du Front pour l’Alternance, en particulier Amath Dansokho (PIT), Abdoulaye Bathily (LD), Landing Savané (AJ/PADS), Madior Diouf (RND), etc.
2 Alioune Badara Cissé, Arona Dia, Abdoulaye Sally Sall, Mbaye Ndiaye, Moustapha Cissé Lô, Moustapha Diakhaté, Mor Ngom, Marième Faye Sall, Farba Ngom, Mahmout Saleh (NP), Alioune Sall dit Fall, Ibrahima Sall (MODEL), Aminata Touré, etc.
3 Cadre organisateur et dirigeant du mouvement étudiant des « 3 Anti » (anticolonialiste, anti-néocolonialiste et anti-impérialiste), de l’AESF, de la FEANF et de l’UIE ; théoricien et stratège du MEPAI et du PIT/Sénégal ; Professeur titulaire des Universités, UCAD.
4 Professeur de Philosophie, UCAD.







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