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«Président normal ne signifie pas président banal»

le 14 Mai 2012 à 13:06 | Lu 530 fois

Au travail dès le 7 mai et se voulant proche des Français depuis son élection, François Hollande soigne sa gestuelle pour souligner sa différence avec Nicolas Sarkozy. Une posture qui pourrait toutefois s'avérer risquée.


«Président normal ne signifie pas président banal»
François Hollande veut marquer sa différence. Pas question pour le nouveau président de réitérer ce qui a été reproché à Nicolas Sarkozy en 2007. Le président sortant a en effet trainé comme un boulet les épisodes du Fouquet's et de ses vacances sur le yacht de Vincent Bolloré. Plus que jamais le socialiste veut montrer sa «normalité», multipliant les signes en ce sens: commémoration du 8 mai, journées de travail au QG dès le lendemain de sa victoire, investiture sobre et sans ses enfants, proximité avec les badauds croisés, moment de détente lors de l'exposition «Monumenta» au Grand Palais... Une entrée en scène soignée donc pour le vainqueur du 6 mai, au risque de manquer de naturel et de sincérité, tant cette séquence semble faite pour apparaître aux antipodes de celle de son prédécesseur.

Selon le sociologue Denis Muzet, François Hollande entre progressivement dans les habits de président, comme dans «un rite initiatique». «Trois temps ont marqué le soir de sa victoire. Il s'est d'abord arraché de son territoire rural, Tulle, en prononçant un discours de conseiller général pour dire au-revoir à ses administrés. À la Bastille ensuite, on a vu un président en puissance s'exprimer. C'était la phase d'entrée dans la vie de chef d'État», décrypte le président de l'Institut Médiascopie, qui mesure l'impact sur les publics de la communication et des médias. Enfin, dernière étape: le retour à son domicile du XVe arrondissement de Paris en fin de soirée. «François Hollande a voulu signifier qu'il avait une vie privée et que son élection ne changeait rien de ce point de vue», note Denis Muzet. «Contrairement à Nicolas Sarkozy, qui était dans l'action immédiate et ne perdait pas une seconde pour agir pour la France, le socialiste donne du temps au temps et fait sa mue sans griller les étapes», poursuit le sociologue, pour qui le nouveau chef de l'État «va gérer la temporalité» pendant son quinquennat, en misant sur «les différents temps» de l'action politique: écoute, dialogue, application, écho dans l'opinion…

Hollande est dans un «habillage hollandais de la fonction présidentielle»
Pour François Miquet-Marty, le président de Viavoice, François Hollande est aujourd'hui «en phase avec une partie de ses électeurs», qui attendent un exécutif «tout de suite au travail» et une certaine «retenue» dans le comportement de son nouveau président. «Toutefois, le style sobre du socialiste pourrait devenir un défaut dans la durée, en le faisant apparaître comme manquant de stature», avance le sondeur. Avant de s'interroger: «L'association de cette ‘normalité' avec la fonction présidentielle peut-elle tenir un quinquennat entier?» Car si Nicolas Sarkozy avait occulté la fonction par sa personnalité, son successeur suit finalement le même chemin. «Le premier était dans la décomplexion, quand le second s'affiche tout en retenue, souligne-t-il. François Hollande n'a quasiment pas endossé les habits présidentiels depuis son élection. Il est dans l'habillage ‘hollandais' de la fonction». Selon le président de Viavoice, la transgression par rapport aux canons de la fonction ne doit pas aller au-delà d'un certain point, au risque de voir le contrat engagé avec les Français rompu. «On n'imagine pas le voir arriver en scooter à l'Élysée!», ironise-t-il.

Un avis qui n'est pas partagé par Denis Muzet, pour qui la sacralité se fait sur «le fonds» et non sur «des rites proches de la monarchie». «Il n'y a pas de risque de désacralisation à condition de donner du contenu et de ne pas chercher à être constamment dans les médias, comme sous Nicolas Sarkozy, où beaucoup de ministres ont confondu action et communication», affirme le sociologue. Plus nuancé, le président de CAP (Conseils, analyses et perspectives), Stéphane Rozès, explique que «normalité» ne signifie pas «banalisation de la fonction». «François Hollande n'abaissera jamais la fonction, car il est doté d'un surmoi, c'est-à-dire qu'il se vit comme étant au service de la France», indique le politologue. Et d'assurer: «Il est pour le moment dans une période de phasage, mais il va rentrer dans les habits».