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Prix record de 1000 francs Cfa le kilo: La noix de cajou, l’or gris du sud

En un temps record le prix du kilo de noix de cajou est passé de 75 à 1000 francs Cfa. Une véritable aubaine pour les régions du sud où on enregistre de grandes plantations d’anacardier. Seul point d’achoppement, l’Etat du Sénégal n’intervient à aucun moment du processus de vente de cet or gris. Les producteurs se trouvent ainsi entre le marteau des usuriers ou «Baana Baana» et l’enclume des exportateurs indiens.


Rédigé par leral.net le Lundi 15 Mai 2017 à 15:50 | | 0 commentaire(s)|

Le kilogramme de noix d’acajou est actuellement vendu à 1000 francs Cfa dans la région du sud. C’est de grandes plantations d’anacarde qu’on trouve entre les régions de Kolda, Sédhiou et Ziguinchor. Mais jamais le chiffre record de 1000 francs Cfa le kilo n’a été atteint. L’année dernière, le prix est monté jusqu’à 700 francs Cfa. Auparavant, il variait entre 75 et 350 francs Cfa.

«On a longtemps caché au producteur d’anacarde l’importance de sa récolte. On ne savait ni la destination ni la fin de nos productions», fait remarquer Seydi, un producteur établi à Kolda depuis 1981.

L’exemple de la Guinée-Bissau
C’est dans les années 90 que l’Etat de Sénégal a initié un programme de plantation d’anacardiers dans cette zone du sud. C’est sans aucun frais que les détenteurs de terres étaient invités à planter ces arbres.

Durant leurs premières récoltes, les producteurs se sont contentés de griller les noix, d’enlever les coques et de revendre les fruits sur le marché local. Le business est entretenu à cette échelle jusqu’au moment où le modèle de la Guinée-Bissau porte ses fruits.

En effet, dans ce pays voisin, c’est le Gouvernement qui régularise la commercialisation de la noix d’acajou. Sachant qu’elle constitue un marché immense dans le monde, notamment chez les indiens. C’est à cet instant que les producteurs du sud du Sénégal commencent à ouvrir les yeux pour vendre leurs noix à l’état brut.

Du coup, les acheteurs indiens ont installé des points d’achats à Ziguinchor et en Gambie. Ce sont ainsi les usuriers communément appelés «Baana Baana», qui leur revendent les noix collectés à travers les producteurs. Voilà donc des décennies que ces usuriers se sucrent sur le dos des producteurs, incapables de dire la destination ou la finalité de leur récolte.

Seydi est lui d’avis que «si les Baana Baana ont pu entretenir leur business durant tout ce temps, c’est parce qu’ils ont caché au producteur le véritable acheteur. Ils prennent chez nous les noix à des prix dérisoires, pour les revendre cher aux indiens. Et il faut dire que sans eux, on ne sait que faire de nos noix».

Un usurier, Diallo, que nous avons rencontré conforte l’idée. «J’ai eu à faire de bonnes affaires durant les campagnes de commercialisation de noix d’acajou. Il y a deux ans environs, je suis allé dans un village où j’ai proposé d’acheter le kilo à 75 francs Cfa. Ce jour, j’ai vu des personnes me supplier d’acheter leurs récoltes. Au soir, je me suis retrouvé avec 2,5 tonnes de noix de cajou», se souvient Diallo sourire aux lèvres.

Des usuriers voraces
Mais si le prix au producteur a augmenté entre 2016 et 2017, c’est parce que les indiens commencent à descendre sur le terrain. En effet, en cette période de campagne, ces derniers sont visibles dans plusieurs artères du sud, roulant à bord de leurs bolides. Ils sillonnent ainsi les grandes plantations pour acheter le produit directement chez les producteurs.

C’est ainsi que les vendeurs ont commencé à découvrir la véritable valeur marchande des noix de cajou. Face à la situation, les usuriers trouvent toujours le moyen de se faire une place de choix. Sachant que les petits producteurs sont obligés de se rabattre sur eux, ils proposent d’acheter le kilo à 800 francs Cfa, quand le vendeur dispose de moins de 100 kilogrammes. A côté, il y a les plus teigneux qui sont financés par les indiens eux-mêmes.

Dotés de moyens, ils accèdent dans les coins les plus reculés pour y acheter les noix à des prix moindres. Parfois, c’est avant même la récolte qu’ils négocient la production entière. Devant le besoin pressant d’argent, les producteurs peuvent leur céder le kilo à 250 francs Cfa.

L’argent coule à flots
Mais cela n’empêche que les populations locales y trouvent leur compte. Dans la zone, un foyer sur deux entretient une plantation d’anacarde, d’après une étude de 2004. Ce sont les enfants et les adolescents qui se chargent de ramasser les noix tombés de l’arbre. Cela après que les animaux domestiques (vaches, moutons, ânes, chèvres) aient consommé la pomme.

Une partie de la récolte journalière est ensuite entassée dans le grenier familial pour conserver une importante quantité, et le reste est aussitôt vendu pour subvenir aux charges familiales. Même les plus jeunes subviennent à leurs besoins. Maillot et ballon de football neuf, Alaji (12 ans), indique qu’il ne les a pas payés cher. «Il suffit d’avoir un kilo de noix de cajou pour acheter une balle. Ce n’est pas grand-chose», dit-il avec les aires d’un nanti.

La phénoménale hausse du prix du kilo de noix de cajou est sur toutes les lèvres dans le sud. Une hausse qui va évoluer d’année en année, selon des acteurs du secteur. Le seul point noir qui inquiète, c’est l’absence du Gouvernement du Sénégal dans tout le processus de commercialisation. Les producteurs se retrouvent donc sans protection, coincés entre l’appétit des usuriers et les exportateurs indiens qui fixent des prix d’achat au gré de leur convenance.

Tribune








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