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Problématique de la dette du Sénégal : Le recadrage pour Amadou Kane

Rédigé le Dimanche 30 Décembre 2012 à 20:42 | | 3 commentaire(s)

Lors du conseil présidentiel sur l’investissement, le Ministre de l’économie et des finances, monsieur Amadou Kane a fait part aux participants et aux sénégalais de la situation de la dette du Sénégal et de « la surprise et l’émotion et préoccupation » du Président de la République et l’ensemble du Gouvernement quant à son poids : 3041 milliards dont 759 milliards de dette intérieure. Il a fait part également du « non respect, par notre pays, des normes concernant le processus d’endettement » et fustigé le fait que le « service de la dette soit aujourd’hui à 603 milliards et que le taux d’endettement de notre pays rapporté au PIB soit de 40% ». Il s’est interrogé sur le « rythme endiablé de la reconstitution de la dette » à la suite de l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE et IADM en 2006. Ce point d’achèvement a permis à notre pays de bénéficier de l’annulation d’une bonne partie de ses créances (1721 milliards) multilatérales et bilatérales.



Problématique de la dette du Sénégal : Le recadrage pour Amadou Kane
Il est important de rappeler que la dette constitue un instrument important utilisé dans tous les pays du monde, pour financer le développement. Cela a conduit des pays, comme la France, à s’endetter à hauteur de plus 80% de son PIB et les Etats unis, la première puissance mondiale à en faire autant ou plus pour maintenir son niveau au plan international. Tous les pays membres de l’OCDE ont dû faire recours à l’emprunt pour financer leur développement.
Pour le cas du Sénégal, notre cher Ministre oublie que notre pays n’est pas spécial. Son niveau et rythme d’endettement obéissent à un besoin, à des logiques, à des circonstances, à des critères, à des règles vis à vis de ses partenaires bilatéraux et multilatéraux mais aussi vis-à-vis de ses engagements communautaires au sein de L’UEMOA et de la CEDEAO. En présentant la situation économique du pays et de sa dette, monsieur Amadou Kane a semblé ignorer tous ces aspects qu’il maîtrise parfaitement mais aussi, la part de responsabilité de son gouvernement dans l’accroissement du volume d’endettement de notre pays en 07 mois de gestion.
Il faut rappeler à monsieur le Ministre, que Notre pays est membre à part entière de l’UEMOA et de la CEDEAO, à ce titre, il doit souscrire et suivre l’ensemble des critères de convergence de ces organisations sous régionales. C’est ainsi qu’en mars 2012, le Sénégal avait respecté les 06 sur les 08 critères au sein de l’UEMOA et 09 sur les 10 au sein de la CEDEAO. Parmi ces critères de convergences respectés, figure en bonne place la question de l’endettement. Pour le cas de l’UEMOA, le Sénégal est loin de la norme de 70% de son taux d’endettement rapporté à son PIB. Au moment où le régime de Wade quittait la tête du pays, le Sénégal était à 34% de son PIB. Concernant le FMI, la banque mondiale et les autres partenaires financiers et techniques multilatéraux, le Sénégal était dans les normes et les règles établies en matière de maîtrise des finances publiques et de la dette. Ce n’est pas pour rien que notre pays, sous Wade, a souscrit volontairement à l’ISPE (l’instrument de soutien à la politique économique) avec le FMI pour se faire contrôler en matière de politique économique et financière. Le FMI a accepté, dans le cadre de la politique de recherche de financement des projets de développement, de garantir le Sénégal pour lui permettre de lever des fonds sur le marché financier international.
Récemment, le Directeur général adjoint de la banque mondiale, en visite au Sénégal, a adressé ses vives félicitations au Sénégal pour la bonne maitrise de ses finances publiques. C’est en fonction de la soutenabilité de notre dette et de la pertinence de ses projets que le Sénégal est aujourd’hui devenu crédible aux yeux du monde financier international. Ce n’est pas pour rien que le Sénégal ait pu décrocher, au bout de 10 jours de campagne pour lever 500 millions de dollars sur le marché financier international en 2010 en vue de financer ses projets d’infrastructures et d’énergie, la promesse de financement de 2milliards 500 millions de dollars. Ceci révèle encore une fois, nos performances en matière de bonne gestion de nos finances publiques et de crédibilité vis-à-vis de nos partenaires financiers. Cette possibilité est une première dans l’histoire de notre pays et il faut être crédible et avoir une perspective économique viable pour y parvenir.
Durant les douze années de gestion du pouvoir par le régime de Wade, le Sénégal s’est montré très performant dans le niveau de recouvrement de ses recettes fiscales avec un triplement des recettes, en maintenant un taux de pression fiscale de 19% au dessus du taux de 17% édicté au sein de l’UEMOA. La réorientation de ces recettes dans les projets d’investissement sur ressources internes, a été aussi déterminante dans la crédibilisation et la solvabilité de notre pays. Le Sénégal est à plus de 34% de ses recettes fiscales orientées vers les investissements, ce qui est au dessus du taux communautaire de 20%. En 2005, le taux d’endettement rapporté au PIB du Sénégal donnait 48% alors qu’au moment où Wade quittait le pouvoir, le Sénégal était à 34% de son PIB avec une augmentation du volume financier. Ces performances dans le cadre du recouvrement des recettes fiscales ont augmenté notre capacité d’endettement et d’autofinancement de nos projets de développement. Si on compare cette situation à celle de 2000 où le Sénégal était à 2743 milliards, c'est-à-dire, plus de 76% de son PIB, on peut comprendre que comparaison n’est pas raison. Et le relever de la part du Ministre de l’économie et des finances ne fait que renforcer sa bonne foi et la crédibilité de ses propos.
Concernant le rythme de reconstitution de la dette et son volume, le Ministre de l’économie et des finances a fait fi, non seulement de ces performances au plan des recettes fiscales, du respect des critères de convergence mais également des circonstances et du contexte de crise multiforme qu’ont connu le Sénégal et le monde, une année après la survenue de l’annulation. En effet, entre 2007 et 2009, le monde a connu une situation de crise multiforme sans précédent : crise économique, crise alimentaire qui a conduit à des émeutes de la faim partout à travers le monde, crise énergétique avec le prix du baril de pétrole qui a franchi pour la première fois dans l’histoire du monde la barre des 150 dollars, crise financière qui a conduit à un dérèglement sans précédent du système financier international.
Cette crise multiforme a mis le monde entier et les pays en développement dans une situation très difficile et occasionné en même temps, des moments d’instabilité dans bon nombres de pays. Le Sénégal, durant cette période, a procédé à des subventions et à des dépenses fiscales d’une valeur de 396 milliards pour soutenir les ménages, les entreprises, les populations de manière générale. Cette situation, ajoutée au besoin de fonctionnement et d’investissement de notre pays, a renforcé notre déficit budgétaire qui fondamentalement a conduit à un endettement ; un endettement qui nous a permis de relancer notre économie et d’avoir un taux de croissance de presque de 5% en 2010 alors que le monde était en récession. L’on nous a appris et cela s’est vérifié dans le temps, que le déficit est pris pour un instrument économique en période de crise pour relancer l’économie d’un pays à travers le financement, par l’emprunt, des grands travaux surtout pour les pays en construction. Le Sénégal a ainsi réussi de financer ses grands travaux, de relancer son économie et de se moderniser.
Concernant le service de la dette estimé aujourd’hui à plus de 603 milliards lors de ce même conseil présidentiel, le Ministre de l’économie et des finances oublie que dans la loi de finances 2013, le service de la dette est évalué à 403 milliards FCFA soit une augmentation de plus de 92 milliards c'est-à-dire 26% par rapport à 2012. On est en droit de se demander s’il existe d’autres documents qui traitent des finances publiques du Sénégal autre que la loi de finances !?!. Oublie-t-il la contribution de son gouvernement dans cette reconstitution de la dette et de son service en 7 mois de gestion ? De 307 milliards de service laissé par le régime de maître Wade, le Sénégal est aujourd’hui à 403 milliards dans la loi de finances 2013 et de 603 milliards selon le Ministre de l’économie et des finances?
En sept mois de gestion, la dette intérieure est de 759 milliards et déjà en septembre, date de la déclaration de politique générale du Premier Ministre Abdoul Mbaye, la dette intérieure était de 412 milliards soit une augmentation de plus de 347 milliards en 2 mois. Durant cette même période, le niveau d’endettement rapporté au PIB a fait passer le taux de 34% à 40% comme annoncé par Monsieur le Ministre Amadou Kane. Par conséquent, au regard de la situation du service de la dette, du niveau d’endettement actuel et de la dette intérieure, on se rend compte que le rythme est plus soutenu avec l’actuel régime que sous le Président Wade. Pire encore, le Sénégal s’endette aujourd’hui pour payer ses dettes. Malgré cette augmentation du poids et du service de la dette au plan intérieur et au plan extérieur, le Sénégal n’a connu aucun démarrage de projet pour 2012 en dehors des projets engagés par le régime du Président Wade et aucun recrutement effectué dans la fonction publique.
Durant la période de référence d’Amadou Kane allant de 2006 à 2012, le Sénégal a fait passer sa masse salariale de 249 milliards en 2005 à 500 milliards aujourd’hui avec un niveau de 175 milliards en 2000 ; ses dépenses d’investissement sont passées de 363 milliards en 2005 à 832 milliards avec plus de 60% sur ressources internes alors qu’elles étaient à 193 milliards en 2000. Les projets structurants sont réalisés sur toute l’étendue du territoire national, la perte de 1,5% de croissance due aux délestages s’est aujourd’hui résorbée grâce aux investissements dans le secteur de l’énergie et au plan Takkal. Il faut rappeler que c’est ce même plan, tant décrié par les tenants actuels du pouvoir, alors dans l’opposition qui fait marcher le secteur de l’électricité. Durant cette période, l’inflation a été maîtrisée avec un taux moyen de 1,4% ; nos avoirs extérieurs ont augmenté considérablement et le déficit de la balance commerciale a été revu à la baisse grâce à nos exportations. Autant de performances qui sont contraires à la situation alarmante, catastrophiste peinte par le régime de Macky, principalement par ses deux banquiers pour cacher leurs carences et leur manque de vision.
Ces remarques du Ministre Amadou Kane conjuguées à l’étonnement du Président de la République et de son gouvernement devraient nous conduire à une réduction très importante d’un recours à l’emprunt par le gouvernement du Sénégal dans le cadre du financement du développement de notre pays en vue de lui permettre de garder un « niveau d’endettement soutenable ». La conséquence de cette approche est le recours au financement du développement sur ressources internes, ce qui fondamentalement va conduire à des mesures d’austérité. Il faut rappeler que malgré les mesures prises, de réduire les dépenses de fonctionnement au profit des dépenses d’investissement, le Sénégal n’a pu économiser que 14 milliards, en prévision, dont seul les 08 ont été orientés vers les investissements. Ces mesures d’austérité auront comme conséquence la pression fiscale sur les populations, la réduction de l’efficacité de notre administration, le recul des PME et PMI, la non-circulation de l’argent liée au fonctionnement de l’Etat.
L’autre élément de conséquence est le recours aux emprunts à des taux non concessionnels de nos partenaires financiers classiques bilatéraux et multilatéraux. Sur ce point, il faut reconnaitre que nous pouvons nous réjouir que le Président Wade et son régime aient réussi à mobiliser 3047 milliards pour financer le développement économique et social de notre pays sur fonds propres et sur financement extérieur jusqu’en 2014. Il faut signaler que sur ce montant, le gouvernement de MAcky Sall n’a pu rajouter que la somme de 42 milliards dans le cadre du Programme triennal d’investissement publics 2013-2015 ; (PTIP 2012-2014 : 3047 milliards et PTIP 2013-2015 : 3090 milliards). Le hic avec ce mode financement, est la lenteur dans les procédures de décaissement. Aujourd’hui le Sénégal, malgré ses performances sous Wade, était à 72% de taux d’absorption des crédits extérieurs alors qu’il était à 15 et 20% en 2000 et dans bien des pays de la sous région.
En tout état de cause, ce constat sur la situation de la dette du pays et les lamentations qui l’accompagnent, constitue une énième culpabilisation du régime de maître Wade et la mise sur son dos, des raisons de contreperformance que le gouvernement actuel connaît. Les Sénégalais se sont habitués aujourd’hui à ces critiques qui ont commencé depuis le lendemain de la prestation de serment du Président Macky Sall avec l’histoire des véhicules volés, des tapis, des chaises volés, des caisses vides de l’Etat, de la situation économique catastrophique de notre pays annoncée par le Premier ministre, de la mauvaise préparation de la campagne agricole, de la mauvaise conduite de notre système éducatif…
Mais le Ministre de l’économie et des finances et ses amis oublient certainement le principe de continuité de l’Etat mais également que la situation qu’il décrit et qui constitue un obstacle pour la réalisation de leur programme existait dans une moindre mesure déjà en mars 2012, en dehors de son évolution ou de son aggravement dû au gouvernement actuel. Pourtant, c’est en fonction de cette situation que le Président Macky Sall a pris tous ses engagements et avait promis de les respecter au lendemain de son élection.
A vos engagements messieurs !!! Nous sommes loin de mars 2012 et bientôt mars 2017 si, bien sûr, vous respectez vos engagements de faire un mandat de 5ans. Les prix des denrées de première nécessité flambent alors qu’on nous avait promis une baisse considérable, les prix des hydrocarbures flambent alors qu’on nous avait promis un prix du carburant inférieur à celui pratiqué au Mali, les Prix du loyer augmentent alors qu’on nous avait promis une baisse conséquente, le chômage des jeunes augmente alors qu’on nous avait promis 100 000 emplois par an, les malades attendent la couverture maladie universelle sans bourse déliée, les sénégalais attendent la rupture et les changements promis. Ils semblent en avoir assez des récriminations et charges faites sur le régime sortant pour justifier des contre performances. Faites mieux si vous pouvez ! C’est ce que le peuple attend de vous !!! Ma naar, naar yangui !! Comme dirait l’autre !
Par devoir !
Tafsir Thioye
Ancien député
Membre du comité directeur du PDS




1.Posté par bourra le 30/12/2012 23:20 (depuis mobile) | Alerter
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Pour financer quel developpement économique et social ?vs le pds vs etes vraiment pitoyables.le pays va de mal en pie grace à une gestion nèbuleuse de la part de wade et ses wadayons.
Moi je pense que vs n'avez rien á apprendre au peuple .

2.Posté par demba ly le 31/12/2012 02:11 (depuis mobile) | Alerter
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salut messieur le deputer j tes pas encore vue en france en tout cas toi j sais k tes un gas bien on sais pas encore ou on va avec macky sa fait peur passe l bjr a sala

3.Posté par hamedin le 31/12/2012 07:31 | Alerter
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Merci infiniment pour cette analyse de la situation économique de notre pays. Vos données nous permettrons, le moment des élections venu, de sanctionner positivement ou négativement le gouvernement de Macky Sall qui nous a tant promis.Ce document est à lire et relire et surtout à conserver en guise de document historique. Merci encore une fois cher Monsieur Tafsir Thioye!

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