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Procès Breivik : les rescapés racontent

le 15 Mai 2012 à 11:16 | Lu 691 fois

Depuis la rive de l'îlot d'Utoeya, le tueur a continué à tirer sur de jeunes blessés qui tentaient de s'enfuir à la nage, leur criant: «Arrêtez, revenez!»


Procès Breivik : les rescapés racontent
La cinquième semaine du procès d'Anders Behring Breivik s'est ouverte lundi avec les témoignages de jeunes rescapés du carnage d'Utoeya. Plusieurs jeunes Norvégiens, blessés dans la fusillade qui a fait 69 morts sur la petite île le 22 juillet 2011, ont comparu à la barre du tribunal d'Oslo, décrivant comment l'extrémiste de droite de 33 ans leur avait froidement tiré dessus.

Visiblement trop anxieuse pour parler devant l'accusé, Frida Holm Skoglund a demandé à ce qu'il soit emmené dans une autre pièce. Elle a ensuite expliqué comment elle avait été touchée d'une balle à la cuisse et comment elle avait elle-même retiré le projectile. «Une amie m'a dit que j'étais touchée à la cuisse. Je croyais que c'était une blague, que ce n'était pas une vraie balle», a-t-elle indiqué d'une voix timorée. Pour échapper au tueur, la jeune fille a dû s'enfuir de l'île à la nage, avec plusieurs camarades. Elle a raconté avoir vu, depuis les eaux glaciales du lac, Breivik posté sur la rive, tirant sur les jeunes qui nageaient, tout en leur hurlant «Arrêtez, revenez!»

Avant Frida Holm Skoglund, deux autres jeunes blessés dans la fusillade étaient venus à la barre, en présence de l'accusé cette fois, pour dire comment, ce jour-là, ils avaient fui Breivik, alors déguisé en policier. Touché dans le dos par une balle qui perfora son poumon, Lars Groennestad, 20 ans, a expliqué comment il s'était caché sous des arbres et recouvert de terre pour se rendre aussi invisible que possible, avant d'être secouru par de vrais policiers. «Des médecins m'ont dit qu'un quart d'heure de plus et je ne serais pas là aujourd'hui», a-t-il souligné.

Atteinte d'une balle dans le bras - ce qu'elle ne réalisera que plus tard, en enlevant son blouson - Silja Kristina Uteng, 21 ans, psychologiquement encore très affectée, a elle aussi fui à la nage, parcourant au moins 600 mètres malgré sa blessure. «J'ai pensé que, maintenant, j'allais mourir, a-t-elle dit en ravalant ses larmes. Mais je préférais me noyer plutôt qu'être tuée.»

Imperturbable
Ane Kollen Evenmo, 17 ans, a raconté qu'elle essayait de s'échapper en bateau avec d'autres lorsqu'elle a remarqué l'homme déguisé en policier sur la rive. Elle lui a alors fait signe, mais a aussitôt réalisé son erreur quand Breivik a commencé à leur tirer dessus. «On a gagné, il a perdu. Les jeunes Norvégiens savent nager», a conclu, lundi, de sa voix fluette, Frida Holm Skoglund. Tout au long de ces récits poignants, le tueur est resté imperturbable. Tout comme vendredi, lorsqu'une chaussure fut lancée en sa direction par le frère d'une des victimes. Hayder Mustafa Qasim avait manqué sa cible, mais touché une avocate de la défense. Après une brève suspension de séance, Breivik avait lâché, laconique: «Si quelqu'un veut me lancer quelque chose, que ce soit quand j'entre ou quand je sors. Merci.»

Alors que la santé mentale d'Anders Behring Breivik est au cœur de son procès, la Norvège vient de proposer des amendements législatifs visant à renforcer la sécurité dans les asiles psychiatriques. Une proposition aussitôt surnommée «lex Breivik» par les médias. Si le tueur est reconnu pénalement irresponsable dans le verdict attendu en juillet, il risque l'internement psychiatrique à vie. Déclaré responsable, il encourt vingt et un ans de prison.