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Procès Habré : Ainsi, le Rwanda veut récupérer la patate chaude

le 3 Octobre 2011 à 01:33 | Lu 411 fois

C’était courant juillet 2011. A la surprise générale, le président sénégalais, Abdoulaye Wade, décidait de renvoyer Hissène Habré au Tchad d’où il avait fui un jour de 1990 après sa chute, pour se réfugier au pays de la téranga.


Procès Habré : Ainsi, le Rwanda veut récupérer la patate chaude
Ecran de fumée agité en pleine tempête socio-politique pour masquer ses propres turpitudes domestiques, liées au délestages et à sa proposition de révision constitutionnelle visant à instaurer un ticket président/vice-président avec le fameux quart bloquant ? Coup de poker pour tester le degré de réceptivité de son entreprise ?

Si c’était le cas en tout cas, il a été plus que servi, puisque tous les autres protagonistes du dossier poussèrent des cris d’orfraie, des victimes (ou leurs ayants droit) de la dictature Habré aux activistes des droits de l’homme en passant par la communauté internationale et les avocats de l’accusé, qui voyaient dans cette malheureuse initiative une façon de noyer le poisson Habré dans les eaux du lac Tchad ; car, au pire, c’était envoyer l’incriminé à l’abattoir, au mieux, on aurait eu droit à un procès inéquitable où la tête de l’accusé aurait même été tranchée avant toute comparution.

Rétropédalage donc de Gorgui qui, à dire vrai, n’a jamais fait montre d’un empressement particulier à juger le despote depuis qu’il a reçu mandat de l’Union africaine de le faire. Entre valses-hésitations, coups d’arrêts brutaux et fausses avancées, le dossier n’a jamais vraiment bougé, au grand dam de tous ceux, et ils sont nombreux, qui espèrent voir un jour le tyran pendu à un croc de boucher. Il est vrai qu’en huit ans de règne, ses états de service ne plaident pas pour lui, dans la mesure où, au bas mot, il serait responsable de la mort de milliers de ses compatriotes.

Et voilà que, quelque trois mois après la waderie, on apprend que le Rwanda s’est proposé d’accueillir le jugement… litigieux et en aurait formulé le vœu à l’UA. Jusque-là, seule la Belgique, qui compte aussi des ressortissants au nombre des victimes, avait expressément souhaité le faire, mais, dans une sorte d’africanisme ombrageux de mauvais aloi, les Africains veulent qu’un tel événement, s’il devait arriver un jour, se tienne en terre africaine ».

C’est un affreux tyranosaure, mais c’est notre tyranosaure », semble dire la communauté africaine sans pour autant avoir les moyens de ses ambitions, et pas même, derrière les accords de façade, une vraie volonté politique affichée. Dans le syndicat des chefs d’Etat qui nous gouvernent, ils sont tellement nombreux à avoir des cadavres dans leurs placards que personne, en réalité, ne souhaite créer un précédent dangereux pour tous, surtout pas Idriss Déby Itno qui était quand même le chef d’état-major des armées pendant ces années de braises et qui, à ce titre, ne convainc pas grand-monde quand il veut faire croire qu’il ne savait rien des horreurs que cachaient les goulags du régime.

On peut d’ailleurs s’interroger sur l’opportunité et le sérieux de la candidature de Kigali, qui pourrait n’être qu’un effet d’annonce, le pays des mille collines étant déjà (pré)occupé, comme chacun le sait, à pourchasser les génocidaires de 1994 partout dans le monde comme jadis Israël traquait les criminels nazis ; et on doute fort que ses gaçaças et son institution judiciaire moderne soient à même de gérer un dossier aussi lourd que celui qu’il prétend aujourd’hui vouloir enrôler.

Sans oublier que Kagamé, sans être un dictateur pur jus, n’est certainement pas le mieux placé pour dispenser des leçons de justice pénale internationale. Si donc l’organisation panafricaine venait à retirer au Sénégal la patate chaude pour la refiler au Rwanda, ce ne serait ni plus ni moins qu’une nouvelle fuite en avant dans la longue marche pour la justice que ne cessent de réclamer les victimes d’Habré, lesquelles, à ce rythme, n’auront peut-être pas d’autre choix que de s’en remettre à la justice immanente.

Lu sur Afriscoop