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Procès Habré: Me El Hadj Diouf reçu en catimini par Idriss Deby

Une exclusivité du "Le Témoin". La nouvelle ne va sans doute pas manquer de produire l’effet d’un coup de tonnerre dans un ciel sans nuage. Voire, dans le cas d’espèce, celui d’une bombe dont la déflagration risque d’être entendue jusque sur les rives de l’Oubangui-Chari.


Rédigé par leral.net le Jeudi 25 Décembre 2014 à 12:00 | | 1 commentaire(s)|

Procès Habré: Me El Hadj Diouf reçu en catimini par Idriss Deby
De quoi s’agit-il ? Eh bien, de l’audience que le chef de l’Etat tchadien, M. Idriss Déby Itno, a accordée la semaine dernière à son plus virulent pourfendeur et contempteur sénégalais, l’homme qui, près de 14 ans durant, n’a cessé de le vitrifier sur toutes les tribunes, dans tous les prétoires et à travers tous les médias.

Cet homme c’est, bien sûr, l’avocat Me El Hadj Diouf, le plus coriace, le plus teigneux et le plus pugnace des défenseurs de l’ancien président tchadien Hissène Habré. Lequel est détenu depuis près de deux ans pour "crimes de guerre", "crimes contre l’humanité" et "actes de torture" dans le cadre de procédures ouvertes par les Chambres africaines extraordinaires créées au sein des juridictions sénégalaises.

Des CAE qui constituent justement la bête noire et les ennemis jurés du célèbre avocat. Certes, seules les montagnes ne se rencontrent jamais mais cette audience, tenue jusque-là dans le plus grand secret par les deux parties — pourtant avides de communiquer en d’autres circonstances — a de quoi surprendre. Pour dire le moins.

L’audience a eu lieu le mercredi 17 décembre dernier à 9h30 à l’hôtel King Fahd Palace où résidait le dictateur tchadien, venu prendre part au Forum sur la Paix et la Sécurité en Afrique organisé dans notre pays.

De bonne source, elle s’est tenue en deux temps puisque la veille, mardi 16 décembre, l’avocat avait d’abord été reçu assez longuement par le directeur de cabinet de Déby. Lequel, paraît-il, était en train de dormir. Et ce n’est que le lendemain, avant de quitter l’hôtel pour se rendre à l’aéroport Léopold Sédar Senghor, qu’il a reçu Me El Hadj Diouf.

Sur ce que se sont dit les deux hommes, nos sources sont incapables de dire la moindre chose. On apprend par contre que le président de la République, M. Macky Sall, se serait impliqué pour que l’entrevue puisse avoir lieu.

Me El Hadj Diouf, plus virulent adversaire de Déby, aurait-il cédé aux pétrodollars de l’homme fort de Ndjamena ? Ou l’a-t-il rencontré seulement pour examiner avec lui les voies et moyens de faciliter la libération de son illustre client ? On ne saurait le dire.

Si l’avocat, que nous avons joint au téléphone, s’est montré peu disert, des sources qui lui sont proches confirment la tenue de cette audience et expliquent que Me Diouf, contacté effectivement par le président Déby qui souhaitait le rencontrer, a accepté l’invitation et s’est rendu à son hôtel.

"Toutes les guerres finissent autour d’une table de négociations et si la France et l’Allemagne elles-mêmes, après s’être fait la guerre, ont signé un armistice jusqu’à devenir aujourd’hui les meilleures alliées en Europe, pourquoi donc Me El Hadj Diouf n’accepterait-il pas de rencontrer le président Déby ?

En effet, il considère que tous les moyens sont bons pour obtenir la libération de son client et Déby, qui a une influence non négligeable sur les Chambres africaines extraordinaires — et pour cause, il est leur principal bailleur de fonds — peut grandement contribuer à cet élargissement" nous confie le proche de l’avocat selon qui son ami s’est dit prêt à jurer sur le Coran qu’il n’abandonnera jamais le président Hissène Habré.

Selon cette même source, Me El Hadj Diouf considère qu’il était d’autant plus fondé à rencontrer celui qu’il a toujours traité de "dictateur" et de "criminel" que ce dernier a donné récemment des gages de s’émanciper des Chambres africaines extraordinaires. En refusant d’extrader les suspects tchadiens dont elles réclamaient l’extradition, en réclamant que lui soit remboursés ses quatre milliards ayant permis jusqu’ici à ces chambres de fonctionner, en organisant un procès au Tchad pour juger les complices présumés de M. Habré, Déby montre qu’il a rompu tout lien avec les CAE.

Aux yeux de Me El Hadj Diouf, il devient donc fréquentable. L’avocat est aussi en paix avec sa conscience puisqu’il aurait avisé l’une des épouses du président Habré avant de se rendre à l’audience avec son ex ( ?) ennemi juré et lui aurait rendu compte après.

L’ennui, c’est que le son de cloche est légèrement — pour ne pas dire très ! — différent du côté du président Hissène Habré où l’on s’étrangle en évoquant cette "trahison" (le gros mot!) du plus fougueux des avocats du prédécesseur du président Déby. Là, on soutient que l’avocat n’a reçu aucun mandat de son client pour rencontrer l’ennemi.

Pis, dit-on, jusqu’à hier (Ndlr, mardi), il n’avait pas encore rendu compte au président Habré du contenu de cette audience. Il s’y ajoute qu’un des membres du collectif des avocats du président Habré que nous avons joints au téléphone nous a dit être dans l’ignorance totale de cette audience. Laquelle a en tout cas eu un effet coup de massue dans le camp Habré.

De manière générale, on savait que les Chambres africaines — particulièrement le Procureur spécial, M. Mbacké Fall — roulent ouvertement pour le président tchadien et que les autorités sénégalaises, notamment l’ancien Premier ministre, Mme Aminata Touré, et l’actuel Garde des Sceaux, ministre de la Justice, Me Sidiki Kaba, sont très bien disposées à l’endroit de Déby, mais de là à ce que l’avocat qui portait l’essentiel, du moins une bonne part, de la défense du président Habré soit retourné par le président tchadien ainsi que le prétendent les proches de ce dernier, cela montre que Déby est vraiment fortiche !

Pauvre président Hissène Habré : entre un ancien Premier ministre accusé d’avoir commis un faux pour signer une convention avec l’Union Africaine afin d’organiser son procès, son principal adversaire qui non seulement finance l’organisation de ce même procès mais aussi refuse de livrer ses complices présumés à lui Habré avant d’organiser un procès parallèle à Ndjamena, et la Cour suprême du Sénégal qui refuse de se prononcer sur les requêtes de ses propres avocats, il doit se dire — à juste raison ! — que le fléau de la balance des chambres africaines extraordinaires penche outrageusement du côté de l’Accusation.

Et si maintenant Déby réussit à retourner son principal avocat avec l’aide des autorités sénégalaises, alors c’est à désespérer de la justice des hommes !

Le Témoin






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