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Procès Karim Wade ou les incongruités d’une fable politico-médiatico- judiciaire ! (Suite) - Par Sadikh Diop


Rédigé par leral.net le Mardi 19 Août 2014 à 12:24 | | 1 commentaire(s)|

Procès Karim Wade ou les incongruités d’une fable politico-médiatico- judiciaire ! (Suite) - Par Sadikh Diop
Le pilotage des actes de poursuite.
Le Sénégal est certainement le seul pays au monde où tout marche à l’envers. En effet, le Président Sall a délibérément choisi de laisser de coté l’institution chargée de la reddition des comptes à savoir la cour des comptes avec ses magistrats spécialisés, très bien formés en matière de lutte contre les infractions financières, pour réactiver une cour d’exception.
Inutile de revenir ici sur les conditions de réactivation de cette cour déjà développées dans notre précédente tribune. Le Président Sall (certains soutiennent de plus en plus qu’il a une culture générale très limitée) a donc choisi l’aventure.
Hélas ! le procureur spécial ne lui facilitera pas les tâches. Il ne faut pas se faire aucune illusion : c’est Macky Sall est entrain de rater son rendez-vous avec l’histoire. Comme disent bien les wolofs : « lou way réndi ci say lokho lay nathie ».
Ainsi donc, depuis le début de la procédure contre Karim Wade, le parquet spécial ne semble avoir qu’une seule et unique stratégie : arrachés des aveux aux potentiels témoins ou complices et même au présumé principal auteur, Karim Wade. En vérité, nous n’avons aucun doute, que comme pièces probantes, le parquet spécial ne versera dans le dossier que des déclarations de témoins et complices.
Le procureur spécial, ancien policier, dans la conduite des actes de poursuite, n’a utilisé que des méthodes policières d’obtention d’aveux. Disons même, les pires méthodes. C’est notre intime conviction. Apparemment, le parquet spécial n’a pas voulu comprendre que l’évolution des peuples est accompagnée par une forte mutation de la police qui s’est beaucoup humanisée. La police n’est plus, dans aucune démocratie digne de ce nom, cette force barbare, prête à tout pour atteindre ses objectifs.
Malheureusement, tout au long de l’enquête préliminaire, la défense de Karim Wade n’a cessé de dénoncer (à tort ou a raison) des actes de poursuite indigne d’une police républicaine :
· marché avec de potentiels complices qui, en échange d’une déclaration à charge contre Karim Wade, seraient épargnés de toutes poursuites et recevraient même certains avantages ;
· torture morale et psychologique des potentiels complices qui refuseraient de charger le présumé coupable (avec de longues interrogatoires de police, fuites organisées dans la presse, la déstabilisation de leur famille, la confiscation de leurs patrimoine, arrestations…) ;
Ainsi, le parquet spécial se serait attribué les pouvoirs de police les plus élargis dans le cadre de cette enquête préliminaire. Il faut le dire très clairement, si un homme, fut-il procureur spécial, a autant de pouvoirs dans une république, il n’a absolument rien à envier aux monarques, et on peut bien même se demande si un monarque a autant de pouvoirs sur ses sujets.

Mais le plus grave, c’est l’atteinte aux droits de propriété. Au moment où, à travers le monde entier, nous avons de plus en plus une conception dynamique des droits propriétés, le Sénégal a décidé de porter gravement atteinte aux droits de propriété des personnes morales et physiques.
Aurait-on vraiment besoin de rappeler que le droit de propriété est - à la fois - le fondement de la société et la base de l’économie.
Malheureusement, dans un pays qui s’appelle Sénégal, au moment où de simples idées sont protégées dans d’autres pays, un procureur spécial peut se lever et faire confisquer les biens d’une personne physique comme morale qui n’est en conflit avec une aucune entité de l’administration financière (impôt, douane, trésor) et ne faisant l’objet d’aucune poursuite ou dénonciation des institutions chargées de la lutte de contre les infractions financières (cour des comptes, Centif..).
C’est ainsi qu’un beau matin, une multinationale, D.P. World, s’est retrouvée au centre d’une vaste polémique, sa crédibilité remise en cause, son image fortement entachée, son leadership mondial gravement entamé… Pis encore, on ne s’est pas arrêté à la polémique. Le Sénégal s’est permis de
· dessaisir les administrateurs de cette société,
· faire nommer un administrateur provisoire,
· fouiller les archives de cette société, et retenez votre souffle,
· dévoiler les stratégies de cette multinationale… Le substitut du procureur spécial s’est permis, devant les caméras du monde entier et avec beaucoup de fierté, d’exposer les montages financiers de cette multinationale, toute son ingénierie financière.
Il n y a aucun doute que le jour où D.P. World décidera de poursuivre le Sénégal, ça sera la faillite générale de notre pays. On n’ose pas imaginer le préjudice ! Quand on était dans ces « folies », qu’est ce qui nous dit que le Sénégal n’a pas fait perdre à D.P. World un marché de 10.000 milliards de fcfa.
La seule question c’est comment des hommes sensés ont pu se permettre un tel comportement dans ce monde moderne où l’Etat n’est - de plus en plus - rien d’autre qu’un pauvre justiciable qui, tous les jours, est poursuivi et condamné.

Le président Sall, bien que certains disent qu’il est d’une inculture effarante (vrai ou faut ?), pouvait-il ignorer les règles qui gouvernement le monde des affaires ?
A suivre…

Sadikh DIOP
Citoyen Sénégalais






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