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Procès de Karim : HQ1 et HQ2, des professionnels face à des amateurs ? (Par Sadikh Diop)


Rédigé par leral.net le Vendredi 12 Septembre 2014 à 19:28 | | 0 commentaire(s)|

Procès de Karim : HQ1 et HQ2, des professionnels face à des amateurs ? (Par Sadikh Diop)
Nous disions dans une précédente tribune que des procès comme celui de Karim Wade font avancer le droit. Mieux, plus on avance dans la conduite de ce feuilleton judiciaire, plus on se rend compte de la complexité de l’affaire. Et on ne peut s’empêcher de se demander si les personnes qui ont mené cette enquête ont véritablement les compétences requises pour conduire des enquêtes de cette nature ?

En effet, le parquet spécial s’est dit étonné de voir que les principaux actionnaires de AHS Sénégal se faisaient désigner par les codes HQ1 et HQ2. Une petite recherche sur Google permet de savoir que HQ ne signifie rien d’autre que Head Quarter (quartier général, là où on prend les décisions les plus importantes). Ceux qui ont fait des études en gestion savent l’importance de la notion de quartier général et son évolution suivant les différents modèles d’organisation des entreprises. Même le FMI pour l’identification de ses sièges utilise les abréviations HQ1 et HQ2 (HeadQuarters).

En effet, quand des investisseurs créent une société de droit sénégalais en passant par des sociétés Offshores avec (comme soubassement) une stratégie globale de développement international, ils sont libres de définir la stratégie d’organisation de leurs entreprises…

Ainsi, libres à eux de mettre en place différents QG (quartier Général) ou HQ (Headquarter) pour une meilleure définition et coordination des stratégies Marketings, financières… il s’agit en fait du pilotage du développement stratégique de l’entreprise et ceci relève, en premier lieu, des compétences de l’assemblée générale.

De ce fait, Mamadou Pouye et les deux frères Bourgi qui ont voulu investir au Sénégal, en Afrique et au Moyen-Orient dans différentes activités avaient la liberté d’élaborer leur business plan, dans le but :

- de pouvoir sécuriser leurs investissements

- d’optimiser la gestion fiscale

- rationnaliser le management global de leurs organisations et leurs interventions dans le management stratégique…

- etc…

Et d’après les propos tenus devant la barre de la CREI, ils avaient décidé de créer AHS Sénégal, mais pour sécuriser leurs investissements ils n’avaient pas choisi d’investir directement dans cette entreprise, ils avaient plutôt choisi de créer des sociétés dites offshores, de droit international, qui en vérité détiennent le capital de AHS Sénégal (société de droit sénégalais).

L’intérêt d’un tel choix réside dans le fait que même si la CREI les condamnait pour complicité d’enrichissement illicite, elle ne récupérerait jamais aucun centime de franc CFA. Il faudrait d’abord, après condamnation, que le Sénégal entame d’autres longues procédures dans les paradis fiscaux pour « récupérer » les sociétés offshores qui sont les actionnaires majoritaires de AHS Sénégal. Or, non seulement, Mamadou Pouye et Bibo Bourgi peuvent vendre à tout moment leurs actions dans ces sociétés Offshores, mais mieux, le Sénégal n’aura aucune base légale pour récupérer ces sociétés. Faudrait-il rappeler qu’aucune société Offshore n’est mise sous administration provisoire, pour la bonne et simple raison que ce sont des sociétés de droit luxembourgeois, panamien… donc seuls le Luxembourg et le Panam peuvent les mettre sous administration provisoire et le Sénégal n’a à ce jour conduit aucun acte allant dans ce sens, à notre connaissance.

Et à partir de ce moment, l’affaire Tahibou Ndiaye est intéressante à plus d’un titre. Après sa médiation pénale, l’Etat n’a pas pu reprendre certains biens de Tahibou Ndiaye, faute de base légale. Et la même situation va se reproduire dans l’affaire Karim Wade, en ce qui concerne les différentes sociétés AHS et les sociétés Offshores.

Et pour preuve, seul AHS Sénégal a été mis sous administration provisoire ; ni AHS Niger, ni AHS Ghana, ni AHS Bissau… n’ont été mis sous administration provisoire, pour la bonne et simple raison que la CREI n’a aucun pouvoir pour mettre sous administration provisoire des sociétés non sénégalaises.

Nous pensons que c’est soit de l’ignorance, soit de la mauvaise foi, si on fait croire aux Sénégalais qu’on peut récupérer les sociétés de Mamadou Pouye et des frères Bourgi. On voit là, toute l’importance de l’expression « Sécuriser les investissements ».

Si Pouye et les frères Bourgi n’avaient pas eu recours à des sociétés offshores, ce serait peut-être un peu plus facile pour le Sénégal de récupérer leurs actions dans les différentes sociétés de droit Sénégalais après les avoir condamnés. Mais hélas ! Ils ne sont pas actionnaires directs des sociétés de droit Sénégalais.

Pour le parquet spécial qui s’étonne souvent du fait que Pouye et les frères Bourgi aient préféré créer des sociétés Offshores pour prendre le contrôle des sociétés de droit sénégalais, voila la réponse. Et j’aimerais savoir quel investisseur ne ferait pas la même chose.

Peut-être les puristes sénégalais, très fans de la traque des biens mal acquis vont demander au législateur sénégalais de ne plus permettre à des sociétés Offshores d’être actionnaires majoritaires de sociétés de droit sénégalais. C’est un choix… mais je crains dans ce cas qu’il faille bien mettre une croix sur l’investissement direct étranger. Même s’il est vrai que l’amateurisme risque de nous coûter très cher.

Et pour conclure, disons que les débats devant la CREI ont fini de montrer que Pouye et les frères Bourgi sont de vrais professionnels ; et ce n’est pas mon regard que vous suivez si vous pensez que le parquet spécial a fait preuve d’amateurisme dans la conduite de ce dossier.

En définitive, malgré tout le tapage, même si on condamne Karim Wade et compagnie, on ne récupérera rien ou du moins pas grand-chose… et on dira peut être, un jour, TOUT ça POUR ça !

L’Etat du Sénégal a été plus ou moins incapable de récupérer les biens de Tahibou Ndiaye, qui sont ici au Sénégal, je me demande comment il pourra récupérer des sociétés de droit international ? Mais puisque nous sommes dans un pays où nous préférons vivre d’illusion… attendons de voir.



Sadikh DIOP

Citoyen Sénégalais

Administrateur de Limedia




Ibrahima Racine Kane






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