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Psychose terroriste : « Dakar by Night » s’éteint, nuit après nuit

L’arrestation d’imams au Sénégal, les attentats à Paris (Bataclan) et à Bamako (Radisson) ont des retentissements à des milliers de km. En effet, à Dakar, les contrecoups se font ressentir dans le monde du showbiz.


Rédigé par leral.net le Vendredi 27 Novembre 2015 à 09:34 | | 2 commentaire(s)|

Choqués et hantés par la psychose de ces tueries, les Sénégalais fuient, de plus en plus, les nuits torrides de la capitale dakaroise. Au grand dam des tenanciers de ces lieux, jadis, très fréquentés.

En semaine comme les week-ends, la capitale sénégalaise ressemble, depuis quelques jours, à une ville morte. Côté festivité s’entend. Les bars-restaurants, les boîtes de nuit où tous les établissements avaient l’habitude de recevoir du monde sont quasi-vides. La menace terroriste est prise très au sérieux au Sénégal. Actusen.com a fait un tour dans quelques coins de Dakar, pour vous tâter le pouls.

L’arrestation d’imams supposés avoir des relations avec les terroristes et les récents attentats de Paris et de Bamako donnent du vertige aux amoureux du « Dakar by Night ». C’est comme si une alerte générale s’était abattue dans les boîtes de nuit, restaurants et bars très fréquentés de la capitale du Sénégal. Depuis quelques jours, les affaires battent de l’aile. Les gérants tournent les pouces.

La psychose terroriste gagne du terrain. En attendant le retour à la normale. Du centre-ville au quartier résidentiel des Almadies, en passant par la banlieue lointaine où les nuits sont d’habitude rythmées, tout au long de l’année, le constat est le même : calme plat.

Cependant, quelque rares clients sont visibles dans certains endroits de la capitale. Esseulés au milieu de tables quasi-vides, les inconditionnels des lieux lèvent tant bien que mal le coude à souhait et sirotent quelques verres de vin ou de boisson sucré. Se remémorant sûrement, les moments intenses de partage, de goûter, d’un bon plat entre amis ou en couple qui, jadis, rythmaient ces lieux avant la psychose terroriste.

”Il y a des terroristes au Sénégal. Je peux l’affirmer. Ils sont sans cœur”
Au centre ville, la vie semble s’arrêter. La psychose de la menace terroriste gagne du terrain. Dans un restaurant visité par Actusen.com, les clients sont réticents. La peur de l’inconnu s’empare des populations. Interpellé, un couple venu prendre son petit-déjeuner donne son avis sur la menace terroriste.

«Le monde est alarmé. Aucune capitale n’est à l’abri. Les populations sont dans l’insécurité. Au Sénégal, il y a des cellules en dormance. Leurs cibles pourraient être les lieux publics. Alors, vaut mieux rester chez soi, jusqu’à ce que les tensions se tassent », alerte Ramatoulaye Sarr, avec l’acquiescement de son compagnon qui tenait une tasse de café.

« Il y a des terroristes au Sénégal. Je peux l’affirmer. Ils sont sans cœur. Ils peuvent tuer tout le monde sans le moindre regret. C’est la raison pour laquelle, les gens fréquentent de moins en moins les places publiques pour éviter les regroupements de foules », indique-t-il.

En revanche, le gérant trouve que les restaurants sont moins exposés par rapport aux boîtes de nuit et les hôtels. « Les restos sont toujours fréquentés. Les gens viennent manger et rentrer, tranquillement, chez eux », affirme-t-il. Même s’il reconnait que « l’affluence n’est plus ce qu’elle était, depuis un certain temps à cause de la menace terroriste qui plane sur toutes les capitales de la planète ».


« Je sortais tous les soirs, mais plus maintenant, parce que… »

Dans les rues à Dakar, la population trouve normal l’abandon des espaces publics. La dame Diop confesse : « Je sortais tous les jours. Soit pour aller en boîte ou pour aller au restaurant avec des amies. Mais, depuis ces menaces d’attentats, je suis devenue casanière, car je ne suis en sécurité que chez moi. Ceux qui ont attaqué le Mali, peuvent frapper, à tout moment, le Sénégal. Rien ne vaut la vie. Il vaut mieux rester chez soi, jusqu’à ce que la psychose se dissipe », préconise-t-elle.

Fall Ndiaga, taximan de son état, abonde dans le même sens. Au volant de son véhicule et à la quête d’un client, Fall Ndiaga estime que c’est bien une bonne idée que ces lieux publics soient abandonnés, à cause de ce qui s’y passe. "La place de l’homme et de la femme n’est pas dans une boîte de nuit ou un restaurant”, prêche-t-il.

“L’Islam interdit ces lieux qui n’ont pas bonne presse. C’est pourquoi les terroristes en font leurs cibles privilégiées", professe le chauffeur de taxi. Cependant, comme Mamadou Djigo, les gérants de boites croient dur comme fer que c’est juste une psychose. Rien de grave. Trouvé dans une grande boite de nuit de la place et derrière les comptoirs d’un bar, notre interlocuteur confirme la baisse des chiffres d’affaires.

« Nous ne pouvons pas nier que nos chiffres d’affaires sont en baisse. Les choses ne sont plus comme il y a 15 jours. A part quelques habitués, nous ne recevons, pratiquement, plus de clients », déplore-t-il avant de renchérir : « Les gens ont peur à cause des attentats récents au Mali. L’ambiance sur la route des Almadies est morose. Ce sont quelques rares personnes qui se baladent dans les rues et se dirigent vers les places chaudes de la capitale », renseigne-t-il. « Les choses doivent changer avant les fêtes de Noël ; sinon, c’est la faillite qui frappe à nos portes », s'alarme Mamadou Djigo .

‘‘Y’en a marre de ces terroristes”

Les hôtels ne sont pas en reste. Ces lieux où se rassemblent énormément de personnes de diverses nationalités, sont ceux qui souffrent le plus de ces risques d’attentats. Selon le propriétaire de l’hôtel ”Le Djollof” presque réservé à la couche étrangère (occidentaux), on ergote que ce vacarme doit vite prendre fin. « Y’en a vraiment marre de tout ce qui se passe dans ce monde. Y’en a marre de ces terroristes », s’indignent les employés.

«A l’hôtel ”Le Djollof”, avant ces menaces terroristes, on avait plusieurs réservations pour les fêtes de décembre et l’ouverture de la saison touristique qui s’annonce. Mais depuis les attentats du Mali, nos clients ont presque tous déprogrammé leur séjour, prétextant les menaces terroristes. Cela gâche notre travail. C’est vraiment inquiétant, mais nous prions que tout revienne très vite à la normale », implore-t-il.

Sur la terrasse de l’hôtel, Nicolas Iris, une tasse de thé entre les mains, s’impatiente de retrouver les siens, à cause cette affaire de menace terroriste. "On pensait vraiment qu’en allant dans un pays islamique, on pourrait être à l’abri. Mais après ce qui s’est passé au Mali, on a le sentiment de ne plus être en sécurité”, théorise-t-il.

Poursuivant, il ajoute : “je suis venu en vacances, mais je ne peux pas visiter la capitale et le pays par peur. J’avais hâte de découvrir Dakar malheureusement, avec cette situation, ce n’est pas possible”. Peut-être qu’après cet orage, tout ira mieux. Sinon, je vais interrompre mon séjour et retourner chez moi comme ça. Car, si je dois mourir d’une bombe, vaudrait mieux que je le sois auprès des miens », philosophe Nicolas Iris.

En tout état de cause, plus la psychose terroriste continue, plus le calvaire des gérants des boites de nuit, restaurants, et hôtels demeure avec une baisse drastique des chiffres d’affaires à cause du manque de la clientèle.

Nafissatou Dièye (Actusen.com)






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