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Purge en Corée du Nord : le chef d'état-major limogé

le 16 Juillet 2012 à 12:20 | Lu 582 fois

Le départ soudain du général le plus gradé de Pyongyang «pour cause de maladie» signalerait la mainmise du jeune Kim Jong-un sur le pouvoir.


Purge en Corée du Nord : le chef d'état-major limogé
De Séoul.

Kim Jong-un sort ses griffes. Sept mois à peine après son accession au pouvoir suprême, le nouveau leader nord-coréen impose son autorité en écartant brutalement le chef de l'armée, le maréchal Ri Yong-ho, qui avait joué un rôle de clé dans son ascension.

La chute du plus haut gradé de Pyongyang, annoncée comme un couperet dimanche soir, a pris par surprise les chancelleries et semble marquer une nouvelle étape dans le processus de transition dynastique qui s'était déroulé jusqu'ici sans accroc.

Dimanche, le bureau politique du Parti a décidé «de relever Ri Yong-Ho de toutes ses fonctions pour cause de maladie», a annoncé KCNA, l'agence de presse nord-coréenne, dans un communiqué aussi lapidaire qu'inhabituel. En un instant, le chef d'état-major qui jusqu'ici suivait comme son ombre le jeune héritier sur chaque cliché officiel, siégeait au présidium du bureau politique, l'instance la plus puissante du système et était vice-président de la commission militaire centrale du parti, n'est plus rien.

Ce militaire chevronné âgé de 69 ans avait pourtant été désigné par Kim Jong-il pour chaperonner son héritier et l'aider à mettre dans sa poche les généraux à la tête de cette armée de 1,2 million d'hommes, dont le poids politique est essentiel à la survie du régime. Signe de son influence, il avait eu l'insigne honneur de marcher aux côtés du jeune Kim Jong-un lors des funérailles grandioses du défunt leader mettant en scène le nouveau pouvoir, en décembre.

Une femme au côté du jeune Kim
Son limogeage semble marquer le début d'une nouvelle séquence orchestrée par le metteur en scène Kim, qui affirme son pouvoir face à la vieille garde et à l'armée. L'explication officielle d'un retrait pour raison de santé ne convainc pas les experts, qui penchent pour une décision politique. La rapidité de l'annonce et l'absence de considération pour Ro laissent à penser qu'il s'agit de la plus grosse purge depuis le début du règne du nouveau «leader suprême». «Cela montre qu'il y a des dissensions au sein de l'entourage de Kim», juge Chon Hyun-joon, chercheur au Korea Institute for National Unification (KINU), centre de recherche financé par le gouvernement sud-coréen.

Pour les experts des partis communistes asiatiques, cette purge est au contraire le signe de la réussite de la succession dynastique. En purgeant son mentor, le jeune héritier indique que la phase de transition politique avec l'ère de son père se clôt. «Ro n'était utile que pour assurer le processus de succession. Désormais, Kim n'a plus besoin de lui et affirme son identité», explique Kim Young-soo, de l'université Sogang à Séoul.

Ce modèle s'inscrit dans la tradition des partis communistes asiatiques, où l'héritier doit souvent attendre des mois, voire des années, avant de pouvoir placer ses hommes au sommet. «Kim travaille encore avec l'équipe choisie par son père», note Zhang Langui, professeur à l'École du Parti à Pékin, afin de rappeler l'ampleur du chemin qu'il lui reste à parcourir.

Cette prise d'autonomie coïncide avec l'apparition depuis quelques semaines d'une mystérieuse jeune femme aux côtés du leader. Elle serait son épouse, selon les experts et diplomates sud-coréens. La présentation de la «première dame» serait une autre façon d'installer l'héritier, dont la jeunesse est perçue comme un handicap.

La chute de Ro peut également obéir à des considérations de politique extérieure, à l'heure où le dialogue avec Séoul et Washington est rompu. En écartant un «faucon», Kim pourrait se donner une marge de manœuvre afin de négocier un retour à la table des négociations une fois passées les élections présidentielles américaines et sud-coréennes.

Par Sébastien Falletti