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Quand " Mame " l'africaine vole le coeur du fils de " Yaye "

Beaucoup de gens les prennent pour des enfants gâtés, des privilégiés de la société... On les stigmatise très souvent parce qu'ils ont des " avocats " inflexibles, leurs grands-mères ...On les traite souvent de capricieux et d'éternels enfants. Autant de qualificatifs plus ou moins flatteurs pour cette frange d'enfants. Eux, ceux sont les enfants élevés par leurs grands parents.


Rédigé par leral.net le Vendredi 1 Juin 2012 à 16:28 | | 0 commentaire(s)|

Quand " Mame " l'africaine vole le coeur du fils de " Yaye "
Il est de coutume chez certains peuples comme les Soninkés, Peuls, Wolofs, Bambaras ... de confier son fils ou sa fille à sa mère. Ils sont souvent adoptés à bas âge. Dès leur tendre enfance, ils partent vivre avec leurs grands-mères qui retrouvent une seconde maternité.

Ils sont couvés, choyés, dorlotés et très protégés. Qu'il pleuve ou qu'il vente, les grands parents sont à leurs petits soins. Ils sont parfois intouchables. Qui les touche s'attire les griffes de leurs grands-mères, fût ce une tante/oncle ou proche parent. Leurs grands-mères sont promptes à aller au charbon pour les défendre et peuvent même se fâcher éternellement avec leurs " agresseurs ". Quand ils ne mangent pas, Grand-mère est chagrinée. Petit bobo, blessure, maladie... grand-mère devient elle aussi maladie et perd sa bonne mine. Quand ils boudent le repas, ils ont l'intime conviction et l'assurance de trouver des mets dans la chambre de leur grand-mère.

Cette relation fusionnelle éclipse la mère biologique au point qu'elle se sente souvent oubliée. Ils appellent leurs mamies " Maman " et éprouvent d'énormes difficultés à "considérer" leur mère biologique. Bon nombre d'entre eux ne peuvent sortir ce simple mot " Maman " à l'endroit de leurs vraies mères. D'ailleurs, ils se froissent et se braquent quand on leur désigne une autre mère que la grand-mère chérie.

Les années passent. La réalité fait surface. Ils la fuient mais elle les rattrape. Ils doivent un jour ou l'autre se rendre compte de leur condition d'adopté. Quel choc de savoir que la grand-mère, cette dame qui lui a tant apporté, n'est pas sa mère ! L'homme qu'il est devenu doit affronter la réalité des choses. Le retour à la source aux cotés de ses parents. Une situation très insolite. Ils doivent réapprendre à vivre et se familiariser avec ces " étrangers ". Ce retour s'accompagne souvent d'une grande mélancolie surtout si cela s'est fait brutalement à la mort de la grand-mère par exemple.

Revenir à la case de départ n'est pas chose aisée pour ces hommes et ses femmes. Comme dit le proverbe " L'habitude est une chemise de fer ". Ces grands enfants ont du mal à se séparer de leurs anciennes vies. Même mariés, ils s'obligent des moments de solitude avec leurs grands-mères au point de choquer le commun des mortels. Ils s'adressent rarement à leurs mères. Bon nombre d'entre eux mettront des années pour appeler leurs mères " Maman ". Ils fuient leurs regards et s'arrangent à s'évader dès la moindre occasion. Un réapprentissage très gênant mais obligatoire.

Ces anciens privilégiés deviennent les victimes de la société. Leurs confidences se font dans un cadre privé entre eux. " J'ai fait 22 ans sans voir ma mère. Je ne l'ai jamais considérée comme telle. Ma grand-mère m'a adopté à l'âge de trois ans. Pour moi, c'est elle ma mère et personne d'autre. Ma mère en souffrait. Il a fallu plusieurs conseils de famille pour que je sois obligé à l'appeler mère " disait un adopté. C'est dire que cette facette sociétale n'est pas toujours très bien vécue à la fin. Très souvent, c'est la honte qui inhibe leur volonté. " J'avais très honte de dire " Mère " à ma véritable mère. Je ne l'appelais point. Et quand je lui parlais, j'usais de subterfuges " confesse un autre.

Ce retour à la case de départ s'accompagne très souvent de souffrance sourde. Une rupture qui installe mélancolie et nostalgie des deux cotés. On les catalogue très souvent de gaillards " pourris " mais rarement on s'attarde sur leurs souffrances. Ils sont souvent victimes de railleries mais on ignore leur mal-être. Ils regrettent leurs anciennes vies auprès de leurs grands parents. Malheureusement, ils sont devenus hommes et femmes, pères et mères de famille. Ils voient la vie sous un nouvel angle. Mais, le retour à la réalité ne sera pas sans heurts pour bon nombre d'entre eux. Maintenant, grand-mère redevient grand-mère et mère devient mère même si les grands-mères s'occupent d'eux de la même manière dès qu'ils ont l'occasion. Une autre femme viendra par la suite mettre fin à toutes ses relations fusionnelles : Une épouse. Elle devient rivale de la grand-mère " africainement" parlant.



Samba KOITA dit EYO






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