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Quand Wade se fâche à tort…

C’est à la fois impressionnant et intéressant de voir le président Abdoulaye Wade piquer ses colères noires dès qu’on parle de l’existence de la corruption au plus profond de la justice sénégalaise. La dernière rentrée des cours et tribunaux a été le théâtre de sa dernière croisade contre ceux qui osent lever le ton pour en parler. Or, quelques soient les humeurs de Wade sur la question, la réalité de la corruption et de la concussion dans les sphères de la justice sénégalaise est là et crève les yeux.


Rédigé par leral.net le Samedi 16 Janvier 2010 à 02:32 | | 3 commentaire(s)|

Quand Wade se fâche à tort…
Tout en reconnaissant que des magistrats honorables et d’autres personnes intègres exercent dans l’appareil judiciaire de ce pays, tout en reconnaissant que ces maux ont aussi existé pendant l’ère socialiste, admettons l’évidence qu’avec l’avènement d’Abdoulaye Wade, le niveau de ce mal a atteint des proportions jamais égalées dans l’histoire du Sénégal alors que paradoxalement, les moyens mis en oeuvre pour le juguler reflètent une complaisance manifeste du pouvoir en place. Que le président de la république en arrive à admettre l’existence de la corruption dans tous les pays du monde et à montrer le Sénégal comme l’exception qui confirme cette règle est à la fois hilarant et une nouvelle fuite en avant comme il sait toujours le faire avec habileté. Au demeurant, ce n’est pas la première fois que Wade se met en colère lors d’une rentrée des cours et tribunaux et Me MameAdama Guèye savait ce qui l’attendait en abordant ce no go area du président de la république.

En 2006, lors de la rentrée des cours et tribunaux, Me Wade est dans tous ses états quand le bâtonnier de l'Ordre des avocats, Me Moussa Félix Sow, se permet d'effleurer le sujet de la corruption dans la justice. A l'instar de son ancien ministre de la Justice, Serigne Diop qui ne voulait pas en entendre parler, Me Wade, dans une position d’offensé, demande que les preuves des propos de Me Sow soient portées à son attention.

Au mois de Juillet de la même année, un scandale sans précédent est mis à nu aux yeux des sénégalais et du monde. Des magistrats, du siège comme du parquet, sont impliqués dans une affaire rocambolesque de corruption. Le scandale est d'autant plus profond qu'il touche d'importants maillons de la chaîne judiciaire : magistrats, avocats et greffiers dont Aminata Mbaye, avocate générale près la Cour de cassation dans le rôle de corruptrice, ses jeunes collègues Cheikh Bamba Niang, premier substitut du procureur de la République et Théophile Turpin. L’Inspection Générale des Affaires judiciaires instruit puis blanchit Malick Lamotte et renvoie les trois autres prévenus, auxquels est venu s'ajouter Ibrahima Bakhoum, devant le conseil de discipline de la magistrature. Et là, coup de tonnerre, la magistrature choisit de ne pas s'auto-flageller. Une retraite anticipée avec maintien de ses droits à pension pour Aminata Mbaye, une interdiction d'exercer, pendant cinq ans, certaines fonctions à Théophile Turpin et Ibrahima Bakhoum. Et le tour est joué. Au même moment, les présumés corrupteurs que sont Djiby Ndiaye, Mamadou Diop et Rawane Fall sont envoyés par saccade en prison. Les sénégalais sont médusés devant les contradictions d'un système que Wade présentait, aux yeux de l'opinion, comme le plus vertueux. Le justiciable ordinaire confirme les soupçons de déséquilibre de la balance, symbole d'une justice censée traiter les citoyens avec équité. La justice sénégalaise rate l’occasion de montrer une face crédible.

Et pour revenir à Mercredi dernier, il y a de choses que Wade n’encaisse jamais : la vérité, le franc-parler, la critique de ses actes et de sa gestion déconstructive de l’Etat du Sénégal. Même si certains aspects de sa plaidoirie restent discutables, le bâtonnier doit être félicité pour avoir eu le courage et la veine d’affronter Wade sur ce terrain qu’il tient toujours à éviter.

Oui, la plaidoirie de Maître Mame Adama Guèye a été crue et verte mais elle n’est qu’une lecture de l’évidence: «certains acteurs parasites ont fait le choix de se servir de la justice au lieu de la servir », regrette Me Mame Adama Guèye qui constate aussi « l’absence de vision qui mène à un éternel recommencement dans les réformes » tout comme il regrette les « pressions extérieures » des politiques et dignitaires religieux. Et Me Mame Adama Guèye de corser l’addition avec son constat d’une justice sénégalaise « inéquitable, lente, chère, complexe et source d’inquiétude et de désarroi », en définitive « d’une justice qui ne joue pas son rôle » et accuse un « déficit de fiabilité » avec un « niveau d’incertitude élevé » et « certaines carences ». Wade ne pouvait que se fâcher à l’ouïe de ces remarques qui ne l’arrangent pas du tout.

Et comment pouvait-il en être autrement lorsque pendant longtemps, les sénégalais ont constaté impuissants les tares citées par Me Guèye ? Il était comme un couvercle débordé par la chaleur d’une fusion ce qui est compréhensible car on aura tout vu avec l’arrivée de Wade au pouvoir. Avec Abdoulaye Wade, la concussion est érigée en règle. Il libère en catimini les assassins de Me Babacar Sèye, fait dédommager sa famille sans aucune procédure judiciaire en règle et active sa majorité mécanique qui fait cautionner cette énormité par une loi d’amnistie. De l’autre côté, le juge Cheikh Tidiane Diakhaté qui avait instruit cette affaire et avait dans son réquisitoire chargé Wade des accusations graves de « complot ayant pour but, les crimes de complicité d’attentat, de complicité d’assassinat, manoeuvres et actes de nature à compromettre la sécurité publique », devient subitement la prunelle des yeux de ce régime issu de l’alternance. Cheikh Tidiane Diakhaté est régulièrement promu dans l’échelon judiciaire et dirige aujourd’hui la Cour d’Appel de Dakar non sans avoir auparavant fait couler Idrissa Seck et montré des misères à l’opposition et tous ceux qui affichent leur hostilité à Wade sur tous les litiges qui lui ont été soumis. Son travail est si bien apprécié de Wade qu’il est annoncé à la tête de la cour constitutionnelle avant un recours éventuel de la coalition Benno Siggil Sénégal contre le président pour incapacité à assumer ses fonctions. Et sur la vraie fausse affaire Idrissa Seck, on foule les principes sacro-saints des procédures judiciaires pour fabriquer un protocole dit de Rebeuss et aboutir à un deal qui sacrifie des dizaines de milliards du contribuable sénégalais.

Comment ne peut-il pas y avoir de conflit d’intérêt voire une concussion lorsque des proches de Wade sont embourbés dans des dossiers où les intérêts de l’exécutif tranchent nettement d’avec ceux du droit? Maître Madické Niang avocat d’Hissèn Habré est nommé Ministre de la justice au pic de la pression de la communauté internationale pour qu’un procès confronte l’ancien dictateur tchadien. Jusqu’ici, ce régime ne manque pas d’astuces qui empêchent cette possibilité d’avoir lieu. Maître Ousmane Sèye, conseiller juridique d’Abdoulaye Wade était avocat des familles victimes du Joola. Les interventions tous azimuts de Wade aidant, le dossier du Joola, où officiellement 1863 personnes sont tuées, est rangé dans les placards. Autre acte insolite de Wade passé inaperçu, c’est la nomination de Mame Madior Boye au poste de premier ministre. Cette dame, dont les compétences ne sont pas mises en doute, a sauvé in extrémis la carrière politique de Wade. En 1985, Serigne Diop, actuel médiateur de la république avait chassé Wade, son ancien compagnon, du PDS, exactement comme Mamadou Diop Decroix le fait aujourd’hui avec Landing Savané. A l’époque, Mame Madior Boye qui était la juge de l’affaire, trancha en faveur de Wade. La coïncidence est plus que troublante.

Aujourd’hui c’est un secret de polichinelle de dire que Farba Senghor, court encore et nargue le peuple parce qu’Abdoulaye Wade le veut ainsi, lui qui confie le processus de la vente des cartes de son nouveau parti à ce commanditaire des attaques sur L’As et 24 Heures Chrono. Dans l’affaire de l’agression contre les journalistes Boubacar Kambel Dieng et Karamokho Thioune, le Doyen des juges, Mahwa Sémou Diouf, en charge de l’instruction a saisi le procureur de la République, Ousmane Diagne, depuis Novembre 2009, pour qu’il demande un ordre de poursuite au ministre de l’Intérieur, Bécaye Diop, patron des trois éléments de la Brigade d’intervention polyvalente, incriminés par l’enquête de la section de recherches de la gendarmerie. Il n’y a pas encore de suites sérieuses. L’affaire Talla Sylla est classée sans suite. Les disciples de Serigne Modou Kara Mbacké pris en flagrant délit d’actes de vandalisme et d’agression dans les locaux de Walfadjri courent toujours. Karim Wade après sa gestion monstrueuse de l’ANOCI tout comme son père, qui avoue avoir tenté de corrompre Madiambal Diagne puis Alex Ségura sont libres et non justiciables.

De toutes ces énormités voici la réponse de Wade en conseil des ministres ce jeudi 14 Janvier 2010, « Le chef de l’Etat a invité l’opinion publique, les politiques, la société civile, les institutions internationales et la presse à relativiser la perception décrite par une certaine presse et classe politique ». Pour Wade tout ceci n’est qu’un problème de communication à mettre sur le dos de son gouvernement qui doit encore mieux communiquer pour justifier ses actes déconstructifs.

fredcikaw@gmail.com
Par Frédéric Tendeng



1.Posté par Zazie le 16/01/2010 11:49 | Alerter
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bravo pour le récapitulatif qui corrobore tout ce qu'a dit Me Mame Adama Gueye

2.Posté par Braham le 17/01/2010 23:19 | Alerter
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Il est temps que le peuple sénégalais se léve et dit non
On a vue de toutes les couleurs là ça risque de péter et ça ira mal le jour ou ça va péter

3.Posté par LAYE le 19/01/2010 17:27 | Alerter
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En WADESIE il faut pas revêr, la justice est un luxe innaccéssible.

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