Douze ans durant, au milieu des flots déchainés et par gros temps, face aux vents contraires, il a tenu solidement la barre du frêle esquif socialiste, conscient que la moindre fausse manœuvre pouvait le fracasser sur les rochers. Après la perte du pouvoir survenue en 2000 en effet et le traumatisme qui en a résulté, après, surtout, le débauchage massif entrepris dans ses rangs par les nouveaux tenants du pouvoir, les libéraux de Me Abdoulaye Wade en l’occurrence, après les vagues de démissions sans précédents enregistrées dans ses instances, les audits ordonnés par les grands vainqueurs du 19 mars 2000 suivis de l’emprisonnement de directeurs généraux de sociétés nationales proches des socialistes, le PS avait bu la tasse et touché le fond. Par pans entiers, des structures démissionnaient avec leurs responsables.
Le navire socialiste faisant eau de toutes parts et ses passagers le quittant en catastrophe comme des rats, bien rares sont ceux qui croyaient aux capacités de l’alors Premier secrétaire Ousmane Tanor de, non seulement colmater les brèches, mais encore redresser la barre afin de le mener à bon port. D’aucuns parmi les passagers avaient jeté des canots à la mer et tenté de rejoindre la terre férme tandis que d’autres tentaient de rejoindre les prairies bleues libérales. Quelques très rares parmi eux, dignes jusque et y compris dans l’épreuve, avaient choisi de se cramponner solidement à la coque du navire jurant, à l’instar de son capitaine courageux, de couler avec lui plutôt que de le quitter. Et, au vrai, rares étaient à l’époque ceux qui donnaient cher de la vie du Parti Socialiste.
Surtout que, lors des élections législatives de 2001, en pleine tourmente, ce même parti, qui gouverna le Sénégal pendant 40 ans, s’était retrouvé avec dix députés seulement ! Un naufrage quand on sait que, dans la précédente législature, il en alignait plus de 100. La descente aux enfers s’est poursuivie lorsque, aux élections locale suivantes, il a perdu presque toutes les collectivités locales qu’il contrôlait.
C’est au lendemain de cette nouvelle défaite qu’il s’est mis à se réorganiser. Une opération qui a commencé par la vente des cartes aux militants, suivie par le renouvellement de toutes les instances, depuis la base jusqu’au sommet, et qui a été couronnée par la tenue d’un grand congrès à l’issue duquel Ousmane Tanor Dieng, qui ne faisait jusque-là, en quelque sorte, que finir le mandat du président Abdou Diouf, a été élu secrétaire général.
Une légitimité nouvelle qui ne lui a pas servi à grand-chose, malheureusement, au cours de l’élection présidentielle de 2007 puisque, avec 13 % des voix, il se classait à la troisième place derrière le libéral en rupture de ban Idrissa Seck qui réussissait l’excellente performante de se hisser à la deuxième place avec quelque des suffrages, assez loin quand même du Président sortant, Maître Abdoulaye Wade, mais avec un respectable score de 14 % des suffrages exprimés tout de même.
A partir de ce moment, on commença à se poser des questions aussi bien à l’intérieur du Parti socialiste que dans l’opinion nationale d’une manière générale. Ce « Tanor »-là était-il un cheval qui gagne ou, au contraire, un tocard ? se demandait-on mezza voce. Des doutes qui s’estompèrent quelque peu au vu des excellents résultats obtenus par la coalition Benno Siggil Sénégal aux élections locales de mars 2009 lorsque ce regroupement des principaux partis de l’opposition remporta les plus grandes municipalités du Sénégal. En tête, celles de Dakar, Pikine, Guédiawaye, Thiès…Au Parti Socialiste, on recommença à reprendre espoir surtout qu’à la tête de la mairie de Dakar trônait un socialiste pur jus en la personne de M. Khalifa Ababacar Sall. L’heure de la reconquête du pouvoir avait-elle sonné ?
En tout cas, l’espoir était permis, surtout dans le cadre de Benno Siggil Sénégal. Hélas, au moment du choix du candidat devant défendre les couleurs de cette coalition, les vieux démons de la division avaient ressurgi. Surtout que les plaies ouvertes à l’occasion du fameux « Congrès sans débat » du Ps de 1996 et, surtout, lors de la survenue de l’Alternance, lorsque l’ancien Premier ministre socialiste M. Moustapha Niasse avait fait élire le libéral Abdoulaye Wade, ces plaies, donc, n’avaient pas vraiment eu l’occasion de se refermer. D’autant plus que des manœuvriers communistes embusqués ont pris un malin plaisir à remuer le couteau dans ces mêmes plaies.
Bref, à l’heure du choix, OTD fut victime d’un véritable traquenard puisque, en lieu et place du mode de désignation consensuel qui avait été retenu, on lui imposa un vote auquel il ne s’était pas préparé. Résultat : 19 partis s’étaient prononcés en faveur de Niasse contre à peine deux ou trois pour Tanor. L’humiliation ! C’est donc Moustapha Niasse qui défendit les couleurs de la coalition Benno Siggil Sénégal… avec un résultat mitigé à l’arrivée puisque, au soir du premier tour, il n’a pas pu faire mieux que 13, 20 % des voix.
Quant à Ousmane Tanor Dieng, qui était finalement parti sous sa propre bannière, il réalisait un honorable résultat de 11,30 % des voix. Il était certes devancé par Niasse mais ce dernier revendiquait quand même le soutien de 19 partis et organisations ! Quant à Tanor, il ne pouvait compter que sur le soutien de la Fédération des Ecologistes du Sénégal (FES) de M. Ali Haïdar, et celui de Niaxx Jariñu, le petit parti de M. Cheikh Sarr. Ayant tous les deux soutenu le candidat Macky Sall au second tour contre le président sortant Abdoulaye Wade, les deux leaders se sont vu octroyer des portefeuilles ministériels : quatre pour M. Moustaha Niasse et ses alliés, trois pour Tanor et les siens.
Rebelote pour les investitures pour les élections législatives du 1er juillet dernier où Benno Bokk Yaakar s’est basé sur les résultats des candidats au premier tour de la présidentielle pour faire la répartition des sièges. Et c’est là que l’habileté manœuvrière de M. Ousmane Tanor Dieng s’est révélée puisque, à l’arrivée, le Parti socialiste, qui était présenté comme moribond, a réussi le tour de force de faire élire 20 députés à l’Assemblée nationale !
Une performance qui en fait le deuxième parti au sein de l’hémicycle en termes d’effectifs, loin il est vrai derrière l’APR (Alliance pour la République) du Président Macky Sall avec ses 61 élus mais nettement devant l’Alliance des Forces de Progrès (AFP) de M. Moustapha Niasse qui ne comptera que 12 députés à l’Assemblée. M. Moustapha Niasse qui, il est vrai, a préféré servir trop généreusement ses nombreux (et finalement encombrants) alliés en leur donnant… neuf sièges !
Résultat des courses encore une fois : grâce à l’habileté manœuvrière d’OTD, à son génie politique, mais aussi à son courage — il avait choisi d’aller se battre dans son département de Mbour où il a été élu haut la main plutôt que de se réfugier sur la liste nationale —, le Parti Socialiste rebondit spectaculairement. Et dire que d’aucuns contestaient la pertinence de la stratégie adoptée par le secrétaire général du PS ! Grâce à lui, pourtant, le parti de Senghor, de Diouf et de… Tanor revient dans le jeu en faisant entrer à l’Assemblée nationale une nouvelle génération de députés composée pour l’essentiel de responsables qui avaient refusé de transhumer mais aussi de militants qui n’ont pris leur carte que pendant la traversée du désert, autrement dit, après la perte du pouvoir en 2000.
Une chose est sûre, en tout cas, et cela, nul n’osera le contester : le PS est, aujourd’hui, le deuxième parti du Sénégal. Et quand on sait que le PDS qui l’avait envoyé dans les cordes il y a 12 ans n’a plus que… 12 députés, et que ses propres responsables doivent à leur tout faire face à des audits, on se dit que la roue de l’Histoire tourne, décidément !
Mamadou Oumar NDIAYE Le Témoin N° 1092 –Hebdomadaire Sénégalais (juillet 2012)
Le navire socialiste faisant eau de toutes parts et ses passagers le quittant en catastrophe comme des rats, bien rares sont ceux qui croyaient aux capacités de l’alors Premier secrétaire Ousmane Tanor de, non seulement colmater les brèches, mais encore redresser la barre afin de le mener à bon port. D’aucuns parmi les passagers avaient jeté des canots à la mer et tenté de rejoindre la terre férme tandis que d’autres tentaient de rejoindre les prairies bleues libérales. Quelques très rares parmi eux, dignes jusque et y compris dans l’épreuve, avaient choisi de se cramponner solidement à la coque du navire jurant, à l’instar de son capitaine courageux, de couler avec lui plutôt que de le quitter. Et, au vrai, rares étaient à l’époque ceux qui donnaient cher de la vie du Parti Socialiste.
Surtout que, lors des élections législatives de 2001, en pleine tourmente, ce même parti, qui gouverna le Sénégal pendant 40 ans, s’était retrouvé avec dix députés seulement ! Un naufrage quand on sait que, dans la précédente législature, il en alignait plus de 100. La descente aux enfers s’est poursuivie lorsque, aux élections locale suivantes, il a perdu presque toutes les collectivités locales qu’il contrôlait.
C’est au lendemain de cette nouvelle défaite qu’il s’est mis à se réorganiser. Une opération qui a commencé par la vente des cartes aux militants, suivie par le renouvellement de toutes les instances, depuis la base jusqu’au sommet, et qui a été couronnée par la tenue d’un grand congrès à l’issue duquel Ousmane Tanor Dieng, qui ne faisait jusque-là, en quelque sorte, que finir le mandat du président Abdou Diouf, a été élu secrétaire général.
Une légitimité nouvelle qui ne lui a pas servi à grand-chose, malheureusement, au cours de l’élection présidentielle de 2007 puisque, avec 13 % des voix, il se classait à la troisième place derrière le libéral en rupture de ban Idrissa Seck qui réussissait l’excellente performante de se hisser à la deuxième place avec quelque des suffrages, assez loin quand même du Président sortant, Maître Abdoulaye Wade, mais avec un respectable score de 14 % des suffrages exprimés tout de même.
A partir de ce moment, on commença à se poser des questions aussi bien à l’intérieur du Parti socialiste que dans l’opinion nationale d’une manière générale. Ce « Tanor »-là était-il un cheval qui gagne ou, au contraire, un tocard ? se demandait-on mezza voce. Des doutes qui s’estompèrent quelque peu au vu des excellents résultats obtenus par la coalition Benno Siggil Sénégal aux élections locales de mars 2009 lorsque ce regroupement des principaux partis de l’opposition remporta les plus grandes municipalités du Sénégal. En tête, celles de Dakar, Pikine, Guédiawaye, Thiès…Au Parti Socialiste, on recommença à reprendre espoir surtout qu’à la tête de la mairie de Dakar trônait un socialiste pur jus en la personne de M. Khalifa Ababacar Sall. L’heure de la reconquête du pouvoir avait-elle sonné ?
En tout cas, l’espoir était permis, surtout dans le cadre de Benno Siggil Sénégal. Hélas, au moment du choix du candidat devant défendre les couleurs de cette coalition, les vieux démons de la division avaient ressurgi. Surtout que les plaies ouvertes à l’occasion du fameux « Congrès sans débat » du Ps de 1996 et, surtout, lors de la survenue de l’Alternance, lorsque l’ancien Premier ministre socialiste M. Moustapha Niasse avait fait élire le libéral Abdoulaye Wade, ces plaies, donc, n’avaient pas vraiment eu l’occasion de se refermer. D’autant plus que des manœuvriers communistes embusqués ont pris un malin plaisir à remuer le couteau dans ces mêmes plaies.
Bref, à l’heure du choix, OTD fut victime d’un véritable traquenard puisque, en lieu et place du mode de désignation consensuel qui avait été retenu, on lui imposa un vote auquel il ne s’était pas préparé. Résultat : 19 partis s’étaient prononcés en faveur de Niasse contre à peine deux ou trois pour Tanor. L’humiliation ! C’est donc Moustapha Niasse qui défendit les couleurs de la coalition Benno Siggil Sénégal… avec un résultat mitigé à l’arrivée puisque, au soir du premier tour, il n’a pas pu faire mieux que 13, 20 % des voix.
Quant à Ousmane Tanor Dieng, qui était finalement parti sous sa propre bannière, il réalisait un honorable résultat de 11,30 % des voix. Il était certes devancé par Niasse mais ce dernier revendiquait quand même le soutien de 19 partis et organisations ! Quant à Tanor, il ne pouvait compter que sur le soutien de la Fédération des Ecologistes du Sénégal (FES) de M. Ali Haïdar, et celui de Niaxx Jariñu, le petit parti de M. Cheikh Sarr. Ayant tous les deux soutenu le candidat Macky Sall au second tour contre le président sortant Abdoulaye Wade, les deux leaders se sont vu octroyer des portefeuilles ministériels : quatre pour M. Moustaha Niasse et ses alliés, trois pour Tanor et les siens.
Rebelote pour les investitures pour les élections législatives du 1er juillet dernier où Benno Bokk Yaakar s’est basé sur les résultats des candidats au premier tour de la présidentielle pour faire la répartition des sièges. Et c’est là que l’habileté manœuvrière de M. Ousmane Tanor Dieng s’est révélée puisque, à l’arrivée, le Parti socialiste, qui était présenté comme moribond, a réussi le tour de force de faire élire 20 députés à l’Assemblée nationale !
Une performance qui en fait le deuxième parti au sein de l’hémicycle en termes d’effectifs, loin il est vrai derrière l’APR (Alliance pour la République) du Président Macky Sall avec ses 61 élus mais nettement devant l’Alliance des Forces de Progrès (AFP) de M. Moustapha Niasse qui ne comptera que 12 députés à l’Assemblée. M. Moustapha Niasse qui, il est vrai, a préféré servir trop généreusement ses nombreux (et finalement encombrants) alliés en leur donnant… neuf sièges !
Résultat des courses encore une fois : grâce à l’habileté manœuvrière d’OTD, à son génie politique, mais aussi à son courage — il avait choisi d’aller se battre dans son département de Mbour où il a été élu haut la main plutôt que de se réfugier sur la liste nationale —, le Parti Socialiste rebondit spectaculairement. Et dire que d’aucuns contestaient la pertinence de la stratégie adoptée par le secrétaire général du PS ! Grâce à lui, pourtant, le parti de Senghor, de Diouf et de… Tanor revient dans le jeu en faisant entrer à l’Assemblée nationale une nouvelle génération de députés composée pour l’essentiel de responsables qui avaient refusé de transhumer mais aussi de militants qui n’ont pris leur carte que pendant la traversée du désert, autrement dit, après la perte du pouvoir en 2000.
Une chose est sûre, en tout cas, et cela, nul n’osera le contester : le PS est, aujourd’hui, le deuxième parti du Sénégal. Et quand on sait que le PDS qui l’avait envoyé dans les cordes il y a 12 ans n’a plus que… 12 députés, et que ses propres responsables doivent à leur tout faire face à des audits, on se dit que la roue de l’Histoire tourne, décidément !
Mamadou Oumar NDIAYE Le Témoin N° 1092 –Hebdomadaire Sénégalais (juillet 2012)





