Leral.net | S'informer en temps réel



Quand le président des Philippines siffle une journaliste

le 3 Juin 2016 à 15:53 | Lu 805 fois

Le président élu des Philippines Rodrigo Duterte a été accusé jeudi de harcélement sexuel et de manquer de respect aux femmes après avoir poussé un sifflement admiratif à l'intention d'une journaliste pendant une conférence de presse retransmise à la télévision.


Rodrigo Duterte, 71 ans, a interrompu mardi soir Mariz Umali pendant qu'elle l'interrogeait sur les personnes désignées pour faire partie de son gouvernement: après avoir dit qu'elle cherchait à attirer son attention, il a poussé ce sifflement, puis entamé une courte sérénade.

La journaliste, qui travaille pour la chaîne de télévision GMA, ne s'est pas démontée et a continué à essayer de poser sa question, tandis que le président élu souriait et que quelques-uns de ses confrères riaient carrément.

Dans un entretien jeudi avec GMA, Mariz Umali s'est bornée à qualifier d'"impropres" les remarques faites par Rodrigo Duterte, auquel elle ne veut pas réclamer d'excuses, assurant refuser d'envenimer la controverse.

"Siffler ma femme est mal..."
Son mari n'a en revanche pas hésité, sur Facebook, à s'indigner du comportement du président élu: "Siffler ma femme est mal à bien des égards", "certaines plaisanteries sont drôles et devraient faire rire, mais manquer de respect aux femmes n'en fait certainement pas partie", a écrit Raffy Tima.

Lors d'une nouvelle conférence de presse, jeudi, Rodrigo Duterte a quant à lui estimé qu'un sifflement admiratif n'avait "rien de sexuel". "Si je ne fais que siffler, ce genre (de critiques) est une intrusion dans la liberté d'expression", a-t-il insisté.

Rodrigo Duterte, qui a remporté l'élection présidentielle le mois dernier, est un habitué des propos vulgaires, voire outranciers, notamment sur les femmes.

S'exprimant en avril au sujet du viol et du meurtre d'une missionnaire australienne pendant une émeute en 1989 dans une prison de la ville méridionale de Davao, dont il est le maire, il s'était ainsi exclamé: "J'ai vu son visage et je me suis dit, 'putain, quel dommage. Ils l'ont violée, ils ont tous attendu leur tour'. J'étais en colère qu'ils l'aient violée mais elle était si belle. Je me suis dit, 'le maire aurait dû passer en premier'".

Le même mois, il avait raconté devant les principaux hommes d'affaires des Philippines l'histoire suivante: "J'étais séparé de ma femme. Je ne suis pas impotent. Qu'est-ce que j'aurais dû faire ? La laisser pendre à jamais ? Lorsque je prends du viagra, elle se lève".

Consternation
Rodrigo Duterte avait fait un autre "dérapage" mardi lorsqu'il avait jugé que les meurtres de journalistes coupables de corruption pouvaient se justifier. "Ce n'est pas parce que vous êtes journaliste que vous êtes exempté d'assassinat, si vous êtes un fils de pute", avait-il répondu comme on lui demandait ce qu'il comptait faire après le récent meurtre d'un reporter à Manille.

L'Union nationale des journalistes s'était dite "consternée" par ces propos.

"Je ne peux pas protéger les journalistes partout aux Philippines", a encore commenté jeudi à ce sujet le président élu.