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Quand on aime Abdoulaye Wade moins que d’autres… (Par Madiambal Diagne)

Le 27 novembre 2014, le Président Abdoulaye Wade avait tenu à m’inviter «personnellement» à assister à une conférence de presse qu’il donnait à sa résidence à Fann. A mon arrivée sur les lieux, je trouvai qu’un fauteuil avait été aménagé pour moi, pour m’installer à sa droite, face à la presse. Je déclinai l’offre en indiquant à Monsieur Amadou Tidiane Wone, le directeur de cabinet du Président Wade, mes regrets de ne pouvoir accepter cela pour éviter toute confusion dans les rôles.


Rédigé par leral.net le Dimanche 14 Décembre 2014 à 16:29 | | 12 commentaire(s)|

Quand on aime Abdoulaye Wade moins que d’autres… (Par Madiambal Diagne)
Ma remarque avait semblé désappointer mes interlocuteurs. N’empêche, je tenais à le faire savoir à toute l’assistance pour que nul n’en ignorât. Je mettais du prix à rester un journaliste parmi tant d’autres à être invités à la conférence de presse. A ce titre, j’avais interpellé le Président Wade en lui demandant s’il n’avait pas le sentiment que la polémique qu’il a engagée au sujet de la propriété de la société pétrolière Petro Tim, le poussait à descendre de son piédestal. En effet, Abdoulaye Wade avait consacré plus de 40 minutes de sa déclaration liminaire, qui aura duré au total 65 minutes, à répondre à Aliou Sall, le jeune frère du Président Macky Sall. Non ! Abdoulaye Wade n’avait pas ce sentiment, nous avait-il répondu ; comme il répondra à ma seconde question que soit-il ancien chef de l’Etat, qu’il ne regrettait pas aussi ses déclarations incendiaires du 21 novembre 2014 au cours d’un meeting selon lesquelles, il préconisait une élection présidentielle anticipée en 2015 après la mise en place d’une commission de transition politique. L’homme s’était cependant montré courtois et assez délicat mas on ne pouvait s’empêcher d’être déçu par tant de maladresses dans le discours. Le spectacle était pitoyable de voir Abdoulaye Wade se faire coincé et confondu par de jeunes journalistes. Il avait cafouillé à faire pitié par exemple quand il venait de découvrir sa propre signature au bas d’un décret pris en faveur de la société Petro-Tim. Comme nombre de ses proches, on sortait de cette conférence de presse avec une certaine tristesse que cet homme puisse arriver ainsi à se donner en spectacle de cette façon. Abdoulaye Wade ne pouvait pas être satisfait de sa communication ce jour-là.
On comprend alors pourquoi, quelques jours après, il se lancera dans une autre opération de communication qu’il pensait certainement mieux maîtriser. Il a accordé un entretien exclusif aux chaînes de télévision 2 Stv et Walf Tv. Mal lui en a encore pris. Abdoulaye Wade a sans doute fait de la peine à ceux qui «l’aiment». Il s’est montré pitoyable, se contredisant dans ses propos et révélant des trous de mémoire ahurissants. Mais Abdoulaye Wade s’est montré si déroutant qu’on a fini par se demander s’il avait encore tous ses esprits surtout quand il remettait en cause la sincérité du scrutin de 2012 qu’il avait perdu avec quelque 65% de votes défavorables. On en connaît des militants et compagnons qui éprouvaient une gêne, une véritable peine. Des membres de cette «génération 88» qui avaient humé les gaz et autres grenades lacrymogènes, qui avaient été aspergés par des canaux à eau et subi les coups des forces de police ou même avaient été arrêtés et emprisonnés pour porter Abdoulaye Wade au pouvoir. Oui, ce sont ces gens qui avaient été arrêtés et parqués des jours et des nuits durant, à la belle étoile et sous le soleil du terrain de football du Camp Abdou Diassé, qui nous ont confié leur supplice, qu’ils avaient eu mal de voir Abdoulaye Wade, vendredi dernier à la télévision. L’un d’entre eux me rappelait que j’étais un veinard pour avoir pu être sauvé de la prison de Rebeuss par ma carte professionnelle de greffier que j’avais par devers moi au moment de mon interpellation. Où étaient ceux qui disent aujourd’hui l’aimer tant, bien plus que ceux qui avaient consenti autant de sacrifices ? Nous autres qui avions payé ce tribut pouvons dire avoir mal devant ce spectacle pitoyable. Il est vrai que chez Abdoulaye Wade quand la table est dressée, ce sont toujours les invités qui passent avant la famille. Quitte à ce que la famille dorme le ventre vide ! Abdoulaye Wade a aussi ce mauvais trait de caractère de l’ogre qui dévore toujours ses enfants. Il est aussi sensible à la flagornerie venant de nouveaux courtisans qui se font de la place à ses côtés en lui trouvant des ennemis partout. Ceux qui expriment une opinion différente de celle de Abdoulaye Wade passent automatiquement pour le diable avec des cornes. On sait où de tels courtisans ont mené Abdoulaye Wade et sa famille en envisageant les relations avec les autres que sous un prisme manichéen. Pourtant, son actuel directeur de cabinet, Amadou Tidiane Wone, semblait bien percevoir le danger quand il lui écrivait, le 2 août 2004, en le mettant en garde contre «les faucons du Palais chargés d’isoler le Président de tous les patriotes et républicains pour des intérêts bassement politiques». Fort justement, Baba Wone s’offusquait notamment de l’arrestation du journaliste Madiambal Diagne en juillet 2004. Il a lui-même rappelé cet épisode dans son livre publié en 2013 et intitulé «Résistance». L’auteur m’avait envoyé un exemplaire de son livre avec une dédicace touchante. Dommage que la curiosité du lecteur ne pourra être satisfaite car une dédicace reste «personnelle et strictement privée». Entre-temps, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et on pensait également qu’après la tragédie de 2012, Abdoulaye Wade et son fils Karim Wade avaient assez appris.
Il y a des personnes qui avaient cessé d’être en phase avec les méthodes de gouvernance hérétiques de Abdoulaye Wade et qui avaient, elles, décliné d’être membres de son gouvernement. Pour autant, ces mêmes personnes avaient permis à Abdoulaye Wade, pour l’intérêt supérieur du Sénégal, de dénouer, en toute discrétion, des crises ou de tirer son épingle du jeu dans des situations diplomatiques importantes. Abdoulaye Wade lui-même ne semblait pas s’y tromper. Il est heureux que de nombreux témoins de tout cela, tous proches, à un moment ou un autre, de Abdoulaye Wade ou qui avaient été à des positions importantes au sein de l’appareil d’Etat, avaient été acteurs et sont encore en vie. Aussi, Abdoulaye Wade et Karim Wade ont eu à se mordre les doigts pour n’avoir pas voulu écouter ces personnes qui étaient bien disposées pour leur éviter l’humiliation. Sans doute qu’ils estimaient que ceux-là les aimaient moins que d’autres ! Un roi de mon Cayor natal, qui n’avait certainement pas connu l’histoire du roi Philippe VI de Valois, disait : «Qui m’aime me suive !» Un de ses lieutenants aura la gorge tranchée pour avoir osé ajouter : «Sur le chemin du devoir et de la vérité.»

mdiagne@lequotidien.sn






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