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Quatre militaires français jugés pour une balle perdue

le 5 Juillet 2012 à 15:02 | Lu 1037 fois

Un footballeur gabonais demande réparation devant un tribunal parisien après avoir été gravement blessé à Libreville par une balle, à 500 mètres d'un champ de tir d'entraînement de l'armée française.


Quatre militaires français jugés pour une balle perdue
Le jeune homme originaire de Libreville au Gabon était courtisé par le club de football italien de Parme, raconte 20 minutes . Mais ce 23 novembre 2007, assis sur le banc de touche d'un terrain de la capitale gabonaise, Khota Junior Moukadi sent soudainement une vive douleur au niveau de sa hanche droite. Une balle de 9mm vient de le toucher. Cinq cent mètres plus loin, dix soldats français s'entraînent dans un champ de tir. Une base militaire française est en effet installée en permanence dans la ville. C'est la fin de la carrière du jeune joueur et le début d'une affaire «complexe».

La blessure est irréversible et «extrêmement importante» affirme au Figaro l'avocat français de Khota Junior Moukadi, Me Grégory Saint-Michel, qui précise: «La balle ne peut pas être extraite. C'est aussi dangereux de la laisser que de la retirer. Elle est placée derrière les reins près de la moelle épinière. Il y a un risque de dégradation de son état de santé du jour au lendemain».

Après l'accident, Khota Junior Moukadi prend contact avec les autorités consulaires françaises de Libreville. Mais aucune enquête n'est menée. Son précédent avocat se dessaisit de l'affaire. «Il n'y a quasiment rien eu de fait. On ne s'est pas trop préoccupé de l'état de M. Moukadi, resté au Gabon. Il n'a pas été convoqué, pas été écouté, pas auditionné. En 2011, on l'a fait venir en France. Mais au moment où il est arrivé, il était sans titre de séjour sur le territoire, donc il a fallu qu'il galère beaucoup pour se maintenir sur le territoire français», raconte Me Grégory Saint-Michel. En France, le jeune homme fait plusieurs dépressions qui nécessitent son hospitalisation.

«Un accident malheureux»
À quelques heures du procès, Me Grégory Saint-Michel reconnaît que le dossier «n'est pas très épais». Il ajoute: «Il y a des difficultés parce qu'il n'y a quasiment pas eu d'instruction sur place ou d'enquête préliminaire digne de ce nom. Ça a été un peu bâclé au Gabon. Effectivement, on n'a pas la preuve de l'identité du tireur et de la provenance. Grâce aux radios médicales, on sait juste que c'est une balle de 9mm, format habituellement utilisé par l'armée française, mais comme elle est encore à l'intérieur du corps, on n'a pas pu faire d'étude balistique», concède l'avocat du plaignant.

Un point sur lequel s'appuie Me Jean Balan, l'avocat de l'adjudant responsable de la cession de tir, cité à comparaître jeudi. Interrogé par Le Figaro, il ironise sur l'impossibilité d'identifier l'arme faute d'étude balistique: «Rien ne prouve que c'est une balle française. C'est à mon confrère de me démontrer le contraire». Ce qui ne pourra être le cas, la balle étant coincée dans le corps du plaignant...

L'avocat d'un colonel poursuivi ajoute: «Il n'y a aucune faute pénale même si personne ne nie la douleur de ce jeune Gabonais. C'est un malheureux accident», insiste Me Benoît Chabert. Ce dernier affirme «défendre quelqu'un qui n'est pas responsable (...): sur les quatre gradés cités à comparaître, seul un était responsable de la cession de tir». Les trois autres n'étaient pas responsables de cet entraînement mais sont dans la chaîne hiérarchique.

L'avocat juge qu'on «ne peut pas reprocher à des responsables hiérarchiques la faute d'un adjudant» chargé de cette cession de tir. Quoiqu'il en soit, aucun des dix soldats qui s'entraînaient - et dont l'un serait donc l'auteur de la balle perdue - n'a été cité dans cette affaire.

Me Benoît Chabert reconnaît toutefois que «la procédure de tir n'a pas été respectée» et parle de «quelques imperfections». Plus que la procédure, l'avocat de Khota Junior Moukadi assure, lui, que c'est le terrain de tir qui n'était pas aux normes. Un argument que réfute Me Benoît Chabert.

L'avocat du jeune Gabonais voudrait voir la procédure prendre fin, jurant que son client vit mal la situation. «Il est temps pour lui que ce dossier se termine, qu'il soit indemnisé et qu'ensuite il se maintienne sur le territoire français ou qu'il retourne au Gabon. Pour l'instant, il est un peu dans le flou. Je pense que les quatre personnes qui sont mises en cause vont obligatoirement plaider la relaxe». 20 minutes cite un général auditionné: «Psychologiquement, la France doit quelque chose à ce jeune».

Par Tristan Quinault Maupoil