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Québec : la demi-victoire des séparatistes

le 6 Septembre 2012 à 15:21 | Lu 525 fois

Vainqueurs des législatives, les souverainistes vont former un gouvernement minoritaire.


Québec : la demi-victoire des séparatistes
«Une mince victoire qui freine l'ordre du jour du PQ», a titré en une le quotidien anglophone montréalais The Gazettemercredi matin. Le Parti québécois (PQ) a obtenu 32 % des voix, contre 31 % au Parti libéral, 27 % à la CAQ (Coalition avenir Québec) et 6 % à Québec solidaire (gauche). Sur 125 sièges à l'Assemblée nationale, Pauline Marois ne pourra compter que sur 54 députés et sur le soutien de deux députés de Québec solidaire. Pas assez pour obtenir la majorité, fixée à 63 parlementaires. Lors d'un vote de confiance, les 50 députés libéraux, alliés aux 19 députés de la CAQ, pourraient aisément défaire le gouvernement souverainiste.


Au cours de son discours de victoire, la future chef du gouvernement a compris le danger. Elle a assuré qu'elle «dirigera un gouvernement à l'écoute». Plusieurs de ses promesses de campagne seront mises à mal. La chef souverainiste aura du mal disait-on à abolir la hausse des frais de scolarité, qui ont mené les étudiants à l'une des plus grandes grèves de l'histoire du Québec. La présidente de la Fédération universitaire du Québec, Martine Desjardins, a confié au quotidien La Presse, au soir des élections: «Il va falloir mettre de la pression pour que le PQ ne se défile pas devant ses promesses.» Mercredi, Mme Marois a pourtant confirmé qu'elle annulait bien la hausse des frais scolaires.

Pas de vote sur l'indépendance
Pauline Marois peinera aussi à faire voter une loi renforçant l'usage du français au Québec, ainsi qu'une charte de la laïcité. Elle devra rassurer la communauté d'affaires, «inquiète», selon le président du conseil du patronat, Yves-Thomas Dorval. Pauline Marois a promis de taxer les «riches»­­ gagnant plus de 130.000 dollars (105.000 euros) par an. «Il y a eu nombre de promesses faites durant cette cam­pagne. Ils (les souverainistes) vont réaliser assez rapidement qu'il n'y a pas assez d'argent dans les coffres», a commenté l'économiste en chef de la Laurentian Bank Securities, Carlos Leitao, à La Presse.

Dans ce contexte, un référendum sur l'indépendance est repoussé aux calendes grecques. En rendant hommage au vote démocratique des Québécois, le premier ministre Stephen Harper a d'ailleurs déclaré: «Nous ne croyons pas que les Québécois veuillent rouvrir les vieilles chicanes constitutionnelles du passé.»

Enfin, Pauline Marois devra gérer les ego de certains de ses futurs ministres et tenir d'une main de fer un parti politique connu pour les querelles internes qui épuisent ses chefs. La patronne du PQ devrait disposer d'un an à 18 mois avant que son gouvernement ne soit renversé, la durée de vie moyenne des gouvernements minoritaires. Si le premier ministre sortant, Jean Charest, n'a pas annoncé son retrait de la vie politique, il pourrait le faire prochainement. Les libéraux devront alors élire un nouveau chef avant de déclencher des élections.

Pour l'instant, les souverainistes savourent leur victoire. Gilles Duceppe, l'ancien chef du Bloc québécois (le pendant fédéral du PQ) a conclu, optimiste: «Mieux vaut une minorité que perdre.»

Par Ludovic Hirtzmann