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Qui faut-il blâmer ? Macky ou son entourage ?

Pendant un trop long moment, le président de la République a laissé certains de ses proches dont le porte-parole du gouvernement préparer les Sénégalais au non respect de ses engagements. Sept ans au lieu des cinq promis. Les « Gor ca wax ja » fusant de partout, Macky jette alors de la cendre sur les flammes, les braises continuant de couver. La seule façon de stopper ce débat superflu est de dire clairement : « J’ai promis cinq ans, donc ce sera cinq ans. »


Rédigé par leral.net le Mardi 14 Avril 2015 à 23:19 | | 4 commentaire(s)|

Qui faut-il blâmer ? Macky ou son entourage ?
Pour rappel, en 2012, voyant l’ire populaire provoquée par Wade qui, après deux élections et après avoir rallongé la durée du mandat présidentiel de cinq à sept ans, voulait toujours rester au pouvoir, le candidat Macky Sall avait promis de réduire ce mandat de sept à cinq ans. Le peuple l’avait cru. Une fois élu, il a réitéré cet engagement. Le peuple a continué de le croire. A mi-parcours, les délices du pouvoir aidant, d’aucuns semblent le pousser à se dédire. Mais il est permis de se demander si ce n’est pas Macky Sall lui-même qui ne veut pas respecter sa parole et a laissé ses proches s’exprimer à sa place pour tâter le terrain.

Signalons que c’est lui qui a lancé ce débat en déclarant, il y a quelques semaines de cela : « Je demanderai l’avis du Conseil constitutionnel et je soumettrai un référendum d’abord sur le mandat (…) Probablement au mois de mai 2016, nous pourrons interroger les Sénégalais sur cette question ». Voyons ! Si les Sénégalais étaient contre la réduction du mandat, 65% des électeurs n’auraient pas voté pour lui, car ils avaient cru à cette promesse et s’attendaient à ce qu’elle soit tenue. Macky n’avait pas dit qu’il allait organiser un référendum pour en décider.

Dans les Républiques bananières, le référendum est la nouvelle formule pour s’agripper « démocratiquement » au pouvoir. Par exemple, au Congo-Brazzaville, Denis Sassou Nguesso, qui est président depuis une trentaine d’années et n’a plus le droit de se présenter à des élections, va organiser un référendum pour se maintenir au palais. Évidemment, même les oiseaux, les insectes et les arbres voteront « oui ». Macky sait qu’il n’a pas besoin d’un référendum pour tenir sa promesse.

Mais il persiste : « Si le peuple refuse, ça veut dire que le peuple a besoin que je fasse sept ans. S’ils disent « oui », ça veut dire qu’ils ont suivi ma proposition et en ce moment si c’est validé, c’est en février 2017 que ce fera l’élection présidentielle, au lieu de 2019 ». Ainsi, il transforme en probabilité ce qu’il avait présenté comme certitude. Il doit dire : « En 2017, comme je l’ai promis, si le peuple est satisfait de mon travail et a encore besoin de moi, il m’élira pour un deuxième mandat. » Dire autre chose, c’est des « tánki buki ». Dix ans de pouvoir, ça suffit pour faire avancer un pays, pourvu qu’on en soit capable.

On se demande aussi pourquoi il remet dans le gouvernement des gens que le peuple avait balayés, forçant les électeurs à ravaler leurs vomissures. Si ces « transhumants » étaient utiles, ils l’auraient montré quand ce fut leur tour. Mais les inviter au « tong-tong », c’est les obliger à fermer les yeux et soutenir la prolongation du mandat, juste pour sauvegarder leurs intérêts personnels. Tous complices, personne n’objectera. Ici, saluons Aïda Mbodj qui a refusé ce « deal » à peine masqué.

Macky reconnait qu’il a été élu parce que les Sénégalais voulaient une rupture d’avec les pratiques indécentes d’avant. En plus de la réduction du mandat, n’avait-il pas promis de réduire aussi le train de vie de l’État ? Wade s’entourait d’une quarantaine de ministres, Macky promit un gouvernement de 25 ministres. Le peuple le crut. Une fois élu, la compétente et prudente Eva Marie Coll Seck lui conseilla de commencer avec 20 ministres et de rajouter progressivement les cinq autres. Macky nomma d’emblée 25 ministres.

Très vite, ça devint une trentaine de ministres, plus une pléiade de secrétaires d’État, de ministres délégués et ministres conseillers aussi inutiles que budgétivores. Voilà déjà du « Wax, waxeet ». Wade faisait d’incessants remaniements. Beaucoup en profitèrent pour se remplir les poches en toute vitesse. On crut que cela allait cesser. Hélas, avec Macky, une cinquantaine de ministres ont déjà été nommés en seulement trois ans, sans compter les conseillers et autres.

Sous Wade, les fonds dits publics avaient suscité l’indignation de bon nombre de Sénégalais. On se souvient encore du feuilleton « Lui et moi ». Des milliards de francs qu’on peut mettre sous son lit ou même brûler sans avoir de comptes à rendre. Ceux qui souhaitaient la suppression pure et simple de ces fonds politiques ont déchanté. Maintenant, il parait d’après Farba Senghor, donc à prendre avec des pincettes, que de huit milliards sous Wade, on en est à onze milliards sous Macky. Et ceux qui peinent à s’assurer un repas par jour se consolent en disant « Dëkk bi da fa Macky ! ».

Sous Wade, on parlait du fils, du père et de la mère. Les Sénégalais s’attendaient à ce que Macky mette fin à cette gestion des affaires de la city. Aïe ! Quelle déception ! Avec lui, c’est carrément la famille élargie, avec frères et beaux-frères, cousins et cousines, oncles et tantes. Et l’on est troublé quand on entend Moustapha Cissé Lô déclarer « que le chef de l'Etat est bien parti pour rempiler à la tête du pays car il “dispose d'un potentiel électoral de 90% de Hal pular et de sérère qui votent en toute circonstance pour lui”, mettant ainsi de l’eau au moulin de ceux qui soupçonnent une ethnisation du pouvoir ? Faudra-t-il donc que chacun vote pour le candidat de son ethnie ? Que Dieu nous en préserve ! Force est de constater que Wade avait son Farba hors du commun, Macky a son Cissé Lô.

Hier, on entendait parler de « Goana, Nepad, plan tákal, plan yakal ma, plan jaxaay, plan Reva… » Aujourd’hui, c’est « Yoonu yokkute », « Plan Sénégal émergent »… Les résultats risquent d’être les mêmes : créer de nouveaux riches parmi les dirigeants et augmenter la détresse du peuple qui entend parler de milliards mais n’en voit pas la couleur. On dit par exemple que 66 milliards de francs ont été débloqués pour aider les victimes des inondations, mais beaucoup d’entre eux se demandent où est donc passé cet argent.

Un autre « débat stérile » est pourquoi des biens de la République sont peints aux couleurs du parti au pouvoir, comme les bus Dakar Dem Dikk et quelques édifices publics dont l’aéroport. Si ce n’est pas Macky qui l’a ordonné, il n’est pas sans le savoir et ne s’y est pas opposé. Qu’on ne nous dise pas que cela a été fait avant lui car on l’a élu parce qu’il a promis de mettre fin à de telles pratiques, lui qui claironne : « La patrie avant le parti ! » On veut bien jeter le blâme sur ses collaborateurs, mais n’est-ce pas lui qui a choisi de s’entourer de ces gens-là ?

Bathie Ngoye Thiam.






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