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Qui se souvient de Blaise Diagne ? (Contribution d’un Guinéen à la mémoire d’un grand Africain)

Il y a juste 141 ans, c’était un vendredi, que naissait dans l'île de Gorée, le 13 octobre 1872, un grand Africain au destin particulier. Il s’appelait Gaiaye M'Baye Diagne. Il sera plus connu sous le nom de Blaise Diagne.


Rédigé par leral.net le Mercredi 9 Octobre 2013 à 10:47 | | 3 commentaire(s)|

Qui se souvient de Blaise Diagne ? (Contribution d’un Guinéen à la mémoire d’un grand Africain)
Enfance et scolarité

Fils de pêcheur Lebou, Gaiaye M'Baye Diagne est adopté très tôt par une famille de métis : les Crespin qui lui donnent le nom de Blaise Adolphe Diagne.
Il entre, dès son jeune âge, à l’école française. Il fait ses études primaires à l'Ecole des Frères de Gorée. Puis à l'Ecole Laïque de Saint-Louis. Brillant élève, il est le seul Noir, le terme n’a rien de péjoratif, qui figure au palmarès de la distribution des prix de ladite école en août 1884.
Boursier du gouvernement français, il part poursuivre ses études à Aix-en Provence. N’étant préparé au déracinement, si l’on veut à l’exil culturel, il ne s’accommode pas à son nouvel environnement. C’est alors qu’il retourne précipitamment au Sénégal et s’inscrit à l’Ecole Secondaire des Frères de Ploërmel.

Entrée dans la fonction publique coloniale

Blaise Diagne opte pour une carrière de douanier et prépare en 1891 le concours d’accès. En 1892, il entre aux services des douanes.
Le jeune fonctionnaire est affecté en premier poste au Sénégal. Puis au Dahomey (actuel Bénin) jusqu’en novembre 1892. Au Congo Brazzaville (1892-1898), à la Réunion (1898-1902), à Madagascar (1902-1903), en Guyane (1910-1914) où il sera nommé Contrôleur des Douanes en 1914.

Entre 1903 et 1910, Diagne travaille en France métropolitaine. Il se marie en 1909 à une Française qui lui donnera 3 enfants. L’un de ses petits-fils est actuellement maire de Cambo-les Bains (Midi-Pyrénées).

Fonctions et carrière politique

La carrière politique de Blaise Diagne remonte à 1899. Cette année-là, il est condamné à 2 mois de suspension pour « insubordination » du fait de son « caractère indiscipliné et frondeur » dont l’accuse l’un de ses supérieurs.

A Madagascar, ses prises de positions politiques se heurtent à celles du gouverneur des colonies, Gallieni.
En 1919, il est élu président du premier congrès panafricain à Paris. Sa rencontre (lors de ce congrès) avec William Du Bois et Marcus Garvey, avocat du panafricanisme et du « Back to Africa » constitue les premiers pas du rapprochement entre Africains et Africains-Américains.
Ce fut également un nouveau tournant politique qui le conduit à être autocritique vis-à-vis de lui-même. En un mot, c’est un début d’émancipation face à la politique d’assimilation de l’époque, pourrais-je dire.

Premier Noir à siéger au palais Bourbon

Blaise Diagne s’engage réellement en politique en 1914 en se présentant dans la circonscription des "Quatre communes" du Sénégal : St-Louis, Rufisque, Dakar et Gorée qui jouissaient d'un statut spécial.

Il est élu député le 10 mai 1914 et entre au Palais Bourbon en juillet. Il devient le premier Noir à siéger à l’Assemblée Nationale. Il sera réélu sans interruption de 1914 à 1934.

Il se rallie à plusieurs groupes parlementaires. A la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO-Parti Socialiste) en décembre 1917, au « Parti républicain-socialiste ».

Sa longévité à l’hémicycle en fait l’un des plus importants et les plus influents députés de la classe politique française de l’époque. Ses prises de positions en faveur des colonies lui vaudront le surnom de « La Voix de l'Afrique ».

Le député noir fut aussi membre de plusieurs commissions parlementaires. Entre autres les commissions : « du commerce et de l'industrie, des pensions civiles et militaires, des douanes ; Commission de l'Algérie, des colonies et des protectorats ; du suffrage universel ; président de la commission sur les colonies, en 1921.

Premier Africain dans un gouvernement français

En 1914, la France coloniale a besoin de l’appui de ses colonies d’Afrique et d’Outre-mer pour combattre l’ennemi allemand. Elle leur fait appel. Mais des mouvements de protestation éclatent et en métropole et dans les colonies pour dénoncer l’enrôlement d’Africains dans l’armée française.

Face à cette situation, Georges Clemenceau, président du conseil, crée en 1917 un portefeuille spécial dans son gouvernement. Celui de « Commissaire Général des Troupes Africaines avec rang de sous-secrétaire d'État aux colonies ». Il y nomme le député sénégalais le 11 octobre 1918.

Diagne part en mission en Afrique le 16 janvier 1918 pour le recrutement de « soldats indigènes ». Il réussit à enrôler 63 000 soldats en AOF et 14 000 en AEF. Il en récoltera les retombées bien longtemps. Ainsi, Pierre Laval le fait entrer dans son cabinet comme Sous-secrétaire d’Etat aux Colonies en 1931.

L’héritage politique de Diagne

Blaise Diagne a inlassablement défendu les valeurs de la République Française et s’est efforcé d’être l’avocat des colonies. Il fut l’initiateur de plusieurs lois en faveur de celles d’Afrique Noire et de Madagascar.
En 1914, il œuvre pour la création d'un lycée, d'une école normale et d'une école de médecine à Dakar.
Il est l’auteur, en mai 1915, d’une proposition de loi sur les « obligations militaires des Sénégalais des quatre communes ».

Il est rapporteur en 1916 du projet de loi créant l'emploi d'adjudant indigène pour les militaires indigènes servant dans les unités de tirailleurs et de spahis d’Afrique du Nord.

La même année, il dépose 2 propositions de loi :
-Sur les « obligations militaires des descendants des originaires des 4 communes.
-une autre autorisant « les indigènes et sujets français des colonies à contracter des engagements volontaires dans le corps français de l'armée métropolitaine et coloniale et dans l'armée de mer ».

Le 29 septembre 1916, il dépose la loi conférant la nationalité française aux sénégalais des 4 communes.
En 1917, il fait une proposition de résolution créant une grande Commission permanente des colonies et pays de protectorat.
En 1932, il fait voter la loi de « révision du tarif douanier applicable aux graines et fruits oléagineux ».

Défenseur de la liberté de conscience, fervent avocat de la métropole et de l’Afrique, Blaise Diagne a souvent été l’objet d’intolérance. Soit à cause de sa couleur, soit pour son attachement à la métropole. A ses détracteurs, il répondait par une sorte de boutade : « Je suis Noir, ma femme est blanche, mes enfants sont métis. Quelle meilleure garantie de mon intérêt à représenter toute la population ? »

La fin d’une carrière et le passage de Flambeau

Blaise Diagne meurt en cours de mandat, à 62 ans, le 11 mai 1934 à Cambo-Les-Bains.
Lors de l’éloge funèbre en sa mémoire du 15 mai, le président Fernand Buisson prononce ces mots : « Diagne parlait notre langue avec un art que beaucoup ici même lui enviaient… Il avait 42 ans quand, en 1914, il devint l’élu de ses concitoyens du Sénégal, berceau de la France Afrique ». Il a été le premier représentant « indigène » de nos lointaines possessions (…) dans le gouvernement de ce pays. L’histoire retiendra cet événement chargé de sens ».

Si on peut parler d’une vie remplie, c’est bien celle de Blaise Adolphe Diagne. Mais d’autres hommes combleront le vide. Son exemple a été suivi et son action parachevé par des hommes comme Galandou Diop, Lamine Gueye, Léopold Sédar Senghor et bien d’autres ailleurs en Afrique. Son exemple de parlementaire doit servir de tremplin pour la démocratie dans nos pays.

Je m’étais donné le devoir de rendre modestement hommage à ce grand homme. Il serait prétentieux de vouloir être très original dans un travail de mémoire. En tous les cas, j’espère que ces quelques lignes seront utiles aux jeunes générations. Je voudrais en faire un témoignage d’amitié guinéo-sénégalaise.

Enfin, puisse-t-il qu’un jour je connasse ce pays, le Sénégal, que je n’ai encore pas visité et que je porte dans mon cœur.
Dans tous les cas, je n’oublie pas, certains Guinéens non plus, que ce pays a toujours été aux côtés de la Guinée durant les aléas de son histoire et aussi dans les moments heureux.

Lamarana Petty Diallo lamaranapetty@yahoo.fr
Professeur de Lettres-Histoire, Orléans, France





1.Posté par ndoye le 09/10/2013 13:57 | Alerter
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Excellent témoignage Mr Diallo, en tant que sénégalais, je suis ému et ravi à la fois et surtout avec beaucoup d'espoir que notre générations et les prochaines penseront plus en tant qu'africains ouvert sur le monde que sénégalais, guinéens ou maliens fermés ou pire penser ethnies.
Le grand mérite de Blaise Diagne, en effet c'est principalement d'avoir eu le courage, en tant que noir à cet époque d'avoir un avis différent de celui du blanc et de pouvoir l'exprimer.
Cordialement

2.Posté par A.M.GNINGUE le 09/10/2013 17:20 | Alerter
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Merci,M.Diallo,devoir accompli! Nous vous tirons,sénégalais le chapeau,au nom de l'Afrique et vous souhaitons grand rayonnement dans votre profession.Si d'aventure vous souhaitez visiter un jour le Sénégal informez nous en à cette adresse email:amakhou2@hotmail.fr

3.Posté par Diallo le 18/10/2013 19:18 (depuis mobile) | Alerter
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Lire: Gallaye M''baye Diagne, s''il vous plait. L''auteur L DIALLO

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