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REFERENDUM AU NIGER : Le silence complice des chefs d’Etat africains

Rédigé par leral .net le 3 Août 2009 à 03:14 | Lu 477 fois

A moins d’un tremblement de terre, les Nigériens iront aux urnes demain dans le cadre du référendum constitutionnel, après avoir célébré aujourd’hui le 49e anniversaire de l’accession de leur pays à la souveraineté internationale. Contre vents et marées, le président Tandja est en train de voir se concrétiser son projet de référendum au cours duquel le peuple est amené à se prononcer pour ou contre la nouvelle Constitution dont il veut doter le pays.


REFERENDUM AU NIGER : Le silence complice des chefs d’Etat africains
Une Constitution taillée sur mesure avec, d’une part, le bonus de 3 ans qu’elle accorde à Mamadou Tandja pour « terminer ses chantiers » et, d’autre part, la suppression de la limitation du mandat présidentiel qui va donc permettre à l’actuel n°1 nigérien, dont le 2e mandat s’achève en décembre prochain, de se représenter autant de fois qu’il veut. Tandja est donc resté sourd et inébranlable face à la fronde interne et aux avertissements de l’extérieur. Le défilé des sages de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) et des émissaires de toutes sortes à Niamey ne l’a pas non plus dissuadé.

Toutefois, le ballet et le concert de condamnations ont un goût d’inachevé au regard du silence ou de l’indifférence des chefs d’Etat tant de la sous-région que du continent tout entier. Comme s’ils s’étaient passé le mot, aucun chef d’Etat africain ne s’est publiquement prononcé sur ce qui se passe au Niger se cachant sans doute derrière le doigt de la CEDEAO. Leurs excellences semblent n’avoir pas de point de vue sur le sujet. Pas même ceux dont on dit qu’ils n’ont pas la langue dans la poche comme Abdoulaye Wade du Sénégal ou Laurent Gbagbo de la Côte d’Ivoire qui n’hésitent pas à dire haut ce que beaucoup pensent tout bas. En plus de ne rien dire, on a rarement entendu qu’un chef d’Etat a envoyé un émissaire auprès de son homologue nigérien. Idem concernant une médiation pour rapprocher les positions tranchées. Pourtant, ce ne sont pas les médiateurs et autres facilitateurs qui manquent, même s’il est vrai que l’on ne peut pas proposer ses services à celui qui ne les veut pas.

Le syndicat des chefs d’Etat dont on parle tant doit avoir un règlement intérieur bien curieux. Les membres peuvent tout se permettre sans se faire rappeler à l’ordre. A vrai dire, ils se comptent sur les doigts d’une main ceux qui peuvent donner, sans gêne, des leçons de démocratie ou de bonne gouvernance. Tandja a bien compris cela et n’hésite pas à dire à ses homologues de balayer d’abord devant leurs portes.

Il faut aussi dire que dans la situation nigérienne, la fameuse loi de la non ingérence dans les affaires intérieures d’un Etat s’est à nouveau imposée. Chacun se retranche derrière ce principe, en attendant d’aller jouer les pompiers. Et c’est à ces dirigeants qui pratiquent la politique de l’autruche que le Forum des organisations de la société civile de l’Afrique de l’Ouest, réunies la semaine écoulée à Abuja au Nigeria, a lancé un appel afin qu’elles ramènent leur homologue du Niger à la raison. Après avoir donc jugé timorée la réaction des chefs d’Etat africains face à la situation au Niger, le Forum, par la voix de son secrétaire général, Omar N’Dongo, a appelé ces derniers à « dénoncer publiquement le président nigérien ». Le président de la puissance sous-régionale, Umaru Yaradua du Nigeria, a même été invité à conduire une délégation comprenant quelques-uns de ses pairs de l’ouest africain auprès de Mamadou Tandja pour lui dire de vive voix de suspendre son référendum qualifié d’ailleurs de menace pour le Niger et la sous-région. La question qui se pose est de savoir si les organisations de la société civile ouest-africaine seront entendues par Umaru Yaradua interpellé en sa qualité de président en exercice de la CEDEAO. Et même si par extraordinaire, ces organisations sont entendues, on se demande comment arrêter la machine du référendum à quelques heures, de la tenue de la consultation. L’appel, s’il a le mérite de mettre les dirigeants devant leur responsabilité, est tardif. Il est semblable à un écho qui finit par mourir dans un grand vide faute de reprise.

Par Séni DABO

Le Pays