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Rajoy accusé de mettre au pas l'audiovisuel public

le 7 Août 2012 à 10:56 | Lu 399 fois

Le gouvernement se défend d'avoir joué un rôle dans la mise à l'écart controversée de plusieurs journalistes.


Rajoy accusé de mettre au pas l'audiovisuel public
Au compte-gouttes, quelques-uns des journalistes les plus emblématiques sont écartés du groupe Radio Televisión Española (RTVE). Une «mise au pas» de l'audiovisuel public que dénoncent les professionnels visés, l'opposition de gauche et les syndicats. Une réorganisation de la grille qui n'appartient qu'à la direction, répond le gouvernement.

Petit à petit, la liste des évictions s'allonge: à la radio, deux présentateurs, dont Juan Ramón Lucas, celui qui animait la matinale, la tranche la plus écoutée. À la télévision, une éditrice du journal, l'animateur des débats nocturnes de la chaîne tout info Canal 24h, la directrice d'une émission d'actualité hebdomadaire et la présentatrice vedette des matinales de la première chaîne, Ana Pastor.

Ces changements interviennent sept mois après l'arrivée au pouvoir du Parti populaire (PP, droite) de Mariano Rajoy. Peu après sa victoire électorale, le gouvernement conservateur a réformé le mode de désignation de la direction de RTVE. Au lieu d'une majorité des trois cinquièmes, il suffit désormais de la majorité absolue - soit celle que détient le PP. La droite a ensuite renouvelé la direction du groupe. Et les nouveaux dirigeants n'ont pas tardé à convoquer certains professionnels dans leurs bureaux.

Ana Pastor dénonce une décision politique
«Les journalistes et les présentateurs ne peuvent pas dépendre du gouvernement en place, il doit y avoir une continuité», critique Miguel Angel Curieses, secrétaire d'organisation de la section syndicale de l'UGT à RTVE. «Nous craignons qu'à la rentrée, on passe petit à petit de l'information à la propagande».

L'éviction d'Ana Pastor a fait beaucoup parler. Cette journaliste est connue pour ses interviews sans concessions, tant avec les représentants de la droite qu'avec ceux de la gauche. Sur son plateau, la numéro deux du PP, Maria Dolores de Cospedal, a critiqué la supposée partialité de la chaîne. Excédé par les questions de la journaliste, José Bono, un ténor du Parti socialiste (PSOE) l'a comparée à Mademoiselle Rougemont, la très sévère gouvernante du dessin animé Heidi!

Ana Pastor a appris vendredi dernier qu'à la rentrée elle n'animerait plus «Los Desayunos», une émission d'actualité et de débat, leader d'audience sur sa tranche horaire. Elle dénonce une décision politique. «Ils n'aiment pas les journalistes gênants», déclare-t-elle au téléphone. Sur son blog, Ramón Moreno, porte-parole du PP à la commission de contrôle parlementaire de RTVE, avait critiqué le travail d'Ana Pastor. «“Los Desayunos” existaient bien avant Ana Pastor, ils existeront après elle et leur possibilité de s'améliorer sera infinie», écrivait-il en août 2011. Il considère aujourd'hui qu'«il ne faut pas sortir cette phrase de son contexte. La direction de RTVE prend librement ses décisions. Nous jugerons en temps et en heure de la pertinence de ses choix», déclare-t-il.

La direction de RTVE ne souhaite s'exprimer sur le sujet que par voie de communiqués. À propos d'Ana Pastor, le groupe dit avoir proposé une autre émission à la journaliste. «C'est un mensonge», rétorque-t-elle. «J'ai demandé pourquoi on me retirait l'émission, on ne m'a rien répondu.»



Par Mathieu de Taillac