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Rajoy veut restreindre l'accès à l'avortement

le 24 Juillet 2012 à 09:08 | Lu 362 fois

Le gouvernement espagnol veut exclure le recours à l'IVG en cas de malformation du fœtus.


Rajoy veut restreindre l'accès à l'avortement
À Madrid

L'avortement thérapeutique est en passe d'être considérablement limité en Espagne. Le ministre de la Justice, Alberto Ruiz Gallardón, a annoncé son intention de réviser la loi sur l'interruption volontaire de grossesse et d'exclure la possibilité d'avorter en cas de malformation du fœtus. «Je ne comprends pas que l'on ne protège pas l'enfant conçu, que l'on permette l'avortement parce qu'il souffre d'un handicap ou d'une malformation», a-t-il expliqué dimanche au journal La Razón.

Les déclarations de Gallardón ont immédiatement réveillé un débat qui ressurgit régulièrement depuis plusieurs années. Les associations féministes et les partis de gauche dénoncent une attaque des conservateurs contre les droits des femmes et mettent en garde contre un retour aux avortements clandestins. À l'inverse, les partisans du «droit à la vie» célèbrent le triomphe inattendu de leurs arguments.

Une soupape sociale
La législation encadrant la pratique a connu trois étapes en Espagne. Jusqu'en 1985, l'avortement était purement et simplement interdit. Puis la loi a ouvert trois exceptions: en cas de viol, en cas de malformation du fœtus et en cas de danger pour la santé physique ou psychologique de la mère. La malformation du fœtus ne représentait que 3 % des 113.000 IVG réalisées en 2010. Le risque de troubles mentaux pour la femme, lui, était invoqué dans plus de 90 % des cas. En interprétant très largement la définition du «danger psychologique», les médecins avaient rendu l'avortement légal de facto. Une soupape sociale, selon certains, une hypocrisie, selon d'autres.

En 2010, le gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero a souhaité libéraliser pleinement l'IVG. Aujourd'hui, les femmes peuvent avorter jusqu'à la quatorzième semaine sans avoir à fournir d'explication. La loi permet également aux jeunes femmes de 16 et de 17 ans d'accéder à l'IVG sans l'accord de leurs parents, lorsque le médecin émet un avis conforme.

Cette dernière disposition avait suscité à l'époque une levée de boucliers dans les milieux conservateurs. Pour les socialistes, la réforme représentait en revanche un marqueur idéologique, au même titre que le mariage homosexuel. Un gage de progressisme, alors que la gauche imposait l'austérité aux classes moyennes. De fait, la portée de la loi est essentiellement symbolique, puisque le nombre d'IVG n'a pas augmenté depuis son adoption.

Peu après l'arrivée au pouvoir de Mariano Rajoy il y a six mois, Gallardón avait annoncé son intention de revenir à une loi similaire à celle de 1985. Les Espagnols imaginaient alors un retour à la situation antérieure à la réforme des socialistes. Une autre loi symbolique, mais en sens inverse. Gallardón affirme son désir d'aller plus loin. Les anti-avortement le poussent à franchir une nouvelle étape: ils souhaitent interdire l'avortement en cas de danger pour la santé psychologique de la femme… La raison la plus fréquemment citée par les Espagnoles lorsqu'elles ont à justifier leur choix.



Par Mathieu de Taillac