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Rapports sur l’usine Dangote et la centrale à charbon : Explosif !

Avec la bénédiction des autorités, la cimenterie Dangote use de la nappe souterraine pour satisfaire ses besoins en eau. Des rapports réalisés par des experts révèlent de graves menaces sur les ressources hydrauliques de cette localité et sur la santé des populations locales qui ont d’ailleurs porté plainte. Les germes d’un conflit sont réels.


Rédigé par leral.net le Mercredi 10 Décembre 2014 à 17:43 | | 12 commentaire(s)|

Rapports sur l’usine Dangote et la centrale à charbon : Explosif !
Entre les villageois et la cimenterie Dangote, c’est un pacte de cohabitation rompu. La confiance laisse la place à la méfiance et à la confrontation. La tension a coulé de source depuis que l’usine a commencé à exploiter des forages sur autorisation de l’Etat du Sénégal, à travers une lettre datée du 26 novembre 2012, délivrée par le ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement dirigé à l’époque par Oumar Guèye. Ce recours à la nappe déjà très sollicitée par la Sde pour refroidir sa centrale électrique de 30 mégawatts n’est pas du goût d’une frange de la population locale. Les conséquences d’une telle opération peuvent être dommageables sur l’environnement et notamment sur les ressources hydrauliques. Les dangers encourus par l’écosystème local ont été mis en lumière par Dr Cheikh Hamidou Kane, expert hydrogéologue, enseignant-chercheur à l’Ufr Sciences de l’ingénierie de l’Université de Thiès.
Dans son rapport intitulé Analyse critique des impacts quantitatifs et qualitatifs des prélèvements en eau de la nouvelle cimenterie de Pout sur les ressources en eaux souterraines, l’expert révèle que «pour sa production d’eau, la cimenterie de Pout et les carrières connexes de Tchicky et Pout Est exploitent actuellement 5 forages (sur 6 autorisés) qui se répartissent comme suit : 3 forages pour la centrale à charbon de l’usine, 1 forage dans la concession minière de Pout Est, 1 forage dans la carrière à Tchicky».
Dans le document, il est précisé que «tous ces ouvrages réalisés ont obtenu au préalable l’autorisation du ministère en charge de l’Hydraulique qui permet à l’exploitant de solliciter les forages à un débit ne dépassant pas 80 m3/h». La seule obligation est que la cimenterie doit rendre compte de sa consommation annuelle.

Surexploitation, remontée de la nappe salée

Toutefois, M. Kane fait observer que «dans la zone de Pout, il existe plusieurs infrastructures dédiées à l’Approvisionnement en eau potable (Aep) de Dakar qui exploitent les deux nappes du Paléocène et du Maastrichtien. Il s’agit notamment des centres de captage de Pout Nord, Pout Sud et de Pout Kirène». La Sénégalaise des eaux (Sde) produit 76 024 m3/j dans cette zone.
Les agriculteurs exploitent également les eaux souterraines. Une surexploitation est constatée. Dans le rapport, il est relevé que «bon nombre d’études dans le secteur ont montré que l’alimentation de la nappe du Maastrichtien ne suffit plus à compenser les prélèvements par pompage et il en résulte une baisse progressive, d’années en années, du niveau piézométrique de base qui pourrait à long terme favoriser l’intrusion saline latérale». Pis, «les prélèvements de la cimenterie Dangote vont s’ajouter à ceux de la Sde qui, rien que pour la zone de Pout Nord, exploite neuf forages (…). Cette surexploitation des eaux souterraines risque de créer de la place aux eaux salées». En effet, l’hydrogéologue prévient que «les eaux du Maestrichtien supérieur sont douces et reposent sur les eaux salées à sursalées du Maestrichtien inférieur». Les inquiétudes de l’Association des ruraux et agriculteurs de Notto sont d’autant plus réelles que la consommation en eau de la cimenterie est énorme.
Dans un rapport intitulé Etude de la consommation en eau de la cimenterie de Dangote à Pout, réalisé par Emile Ngom, expert en énergie, les besoins en eau de l’usine ont été passés au peigne fin. La conclusion de l’expert en énergie est la suivante : «Avec une puissance fonctionnelle de 22 Mw (pour une puissance installée de 30 Mw) correspondant à la capacité actuelle de 1,5 millions de tonnes, la consommation d’eau de la cimenterie est estimée à 153m3/h, soit 130m3/h pour la centrale électrique et 23 m3/h pour la l’usine.»
Le document dit que «ces valeurs sont très proches de celles indiquées dans le tome 1 du rapport de l’évaluation environnementale des installations de la cimenterie de Dangote à 120m3/h pour la centrale électrique, 21,15 m3/h pour la cimenterie, complété par 7m3/h pour les autres usages ; soit un besoin total de 148,15 m3/h». Et durant la période de basses températures, «le débit d’eau d’appoint du refroidissement condenseur augmente à 190m3/h». Ainsi, la consommation totale passe à 217m3/h. Selon M. Ngom, «en pleine charge, la consommation de l’usine et de la centrale thermique de Dangote se situera, selon la saison, entre 150 et 200 m3/h environ, soit des besoins entre 3 600 et 4 800m3/jour. La consommation annuelle en eau est estimée à 1 million 277 mille 040 m3».

87% de hausse en cas de 3 millions de tonnes

La cimenterie envisage de produire trois millions de tonnes de ciment. Le prélèvement de ressources hydrauliques sur la nappe phréatique risque de connaître une hausse importante. «En cas de réalisation du doublement de capacité prévue (passage de 1,5 à 3 millions de tonnes avec extension de la puissance consommée de la centrale de 22 Mw à 44 Mw), la consommation annuelle en eau passera de 1 million 478 mille 520 à 2 million 755 mille 560 m3, soit une augmentation de d’environ 87%», souligne M. Ngom.
Le rapport recommande à la cimenterie Dangote d’améliorer le design de la centrale thermique en remplaçant l’aéroréfrigérant par un aérocondenseur. Cette modification supprimerait le plus gros consommateur d’eau de la cimenterie et préserverait une nappe phréatique déjà très déficitaire dans cette zone. Ce système existe au Sénégal. L’eau de mer est utilisée en lieu et place de la nappe souterraine. «Cette technologie de refroidissement demeure la plus adaptée à nos zones sahéliennes où la rareté des ressources en eau nécessite leur préservation», selon le rapport. Pour l’ingénieur environnementaliste Ibrahima Diaw, les préoccupations liées à l’eau se rapportent notamment au pompage, à l’eau de refroidissement, au traitement de l’eau, au traitement des eaux usées et à la pollution des sols. L’auteur de l’Analyse de conformité de la procédure et examen du rapport d’évaluation environnementale du projet de cimenterie de Dangote à Pout renseigne qu’il est fait état de «deux autorisations ministérielles pour deux forages de 80 m3/h datant du 30 avril 2008, puis de quatre forages de 80 m3/h maximum datant du 5 octobre 2012 (Annexe 1 du rapport)».

Le ministère de l’Hydraulique incriminé

Ces autorisations, mentionne M. Diaw, vont à l’encontre des éléments d’une étude de Gkw Consult de 2009. Celle-ci avait été commanditée par la direction de la Gestion et de la planification des ressources en eau et avait déjà préconisé «des mesures conservatoires», dont le refus pour la réalisation de tout nouveau forage dans les secteurs de Pout et Sébikhotane, la réduction significative des débits de pompage imposée à la Sde dans le secteur, entre autres. Il y avait déjà constaté une surexploitation de la nappe pour alimenter Dakar en eau. Cela montre la contradiction dans la démarche de l’Etat qui a autorisé la cimenterie Dangote à forer. Quant au système de refroidissement, l’expert s’appuie sur la description de l’installation des aéroréfrigérants pour apprendre que «l’on a affaire ici à un système de refroidissement en circuit ouvert». Par conséquent, «il y a bien contact entre l’eau de refroidissement et le milieu ambiant via l’air».

Risques d’une infection respiratoire

Son étude révèle que les risques de biocides n’ont pas été clairement mentionnés dans le rapport d’évaluation environnemental. Au-delà, détecte-t-il, la légionellose qui est une infection respiratoire provoquée par les bactéries vivant dans l’eau douce, appelées légionelles, risque de voir le jour dans la zone. «L’infection se fait en général par inhalation de l’aérosol (gouttelettes sorties en tête des tours aéroréfrigérantes). C’est une infection qui peut être mortelle.» Le document montre que «la seule approche technique pour maîtriser le risque de développement des légionelles dans ces systèmes s’appuie sur la mise en œuvre d’un suivi rigoureux et de procédures d’alerte en cas de franchissement de certains seuils». En étudiant l’évaluation faite de l’environnement de la localité d’implantation de l’usine, il est découvert que «ce risque n’a jamais été mentionné dans le rapport d’Eies (Etude d’impact environnemental et social) et les moyens de suivi et de contrôle de la qualité des eaux d’appoint de chaudière et du circuit de refroidissement ne sont pas explicités». Sa prise en compte demande un investissement supplémentaire.

Lequotidien






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