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Renouvellements politiques, réorientation stratégiques

le 16 Novembre 2012 à 18:08 | Lu 502 fois

Xi Jinping et B. Obama, les défis d’un changement d’époque


Renouvellements politiques, réorientation stratégiques
La quasi-simultanéité, en ce mois de novembre 2012, des renouvellements au sommet de la hiérarchie du pouvoir politique aux États-Unis d’Amérique et en République populaire de Chine, n’est pas qu’un fait calendaire anecdotique.
En effet, l’élection présidentielle américaine connait un retentissement incomparable, en raison du statut hégémonique de Washington, de son poids économique et de son influence culturelle, qui lui confèrent depuis la Deuxième Guerre mondiale une prépondérance ininterrompue dans les affaires du monde. La Chine, pour sa part, a commencé d’émerger à la suprématie économique depuis que son capitalisme sous bannière communiste en a fait le champion solitaire de la croissance à deux chiffres, le challenger de l’Amérique, le partenaire privilégié de presque tous les États, le nouveau champ privilégié de l’analyse et de la prospective en tout genre. Il s’ensuit que le changement ou la continuité politique qui a lieu chez de tels géants possède un potentiel de répercussion globale qui justifie l’intérêt, naturel et marqué, du monde entier.
Mais la concomitance desdits événements politiques apparait encore plus significative, parce que la réélection du président Barack Obama et le choix de la nouvelle direction chinoise interviennent à un moment critique, à la fois de l’évolution intérieure et de la présence au monde, de chacun des deux pays. Mieux encore, ces mutations, que les nouvelles équipes dirigeantes vont devoir gérer, témoignent d’un changement d’époque à l’échelle planétaire. L’illustrera plus encore, très prochainement, le ravalement à la seconde place de la puissance économique américaine par celle de la Chine, un dépassement qui se produira dès 2016, selon les prévisions de l’OCDE, organisation regroupant les plus grandes économies du monde.
Ce tournant et ses implications gigantesques constituent évidemment un défi universel. Il convient d’en prendre toute la mesure à notre niveau local, puisque l’avenir et la place au monde de l’Afrique vont se jouer aussi durant ce palier historique, en un temps où le dynamisme de notre continent force l’attention et où le boum sans précédent de la coopération avec la Chine, modifiant profondément la compétition économique et politique internationale, induit un changement de perspective de toute première importance.
Le poids de la Chine est écrasant à l’échelle globale. L’ogre économique asiatique boit du pétrole, lamine du fer, consomme du cuivre, dévore les produits agricoles, achète des terres sur tous les continents, s’adonne au troc de matières premières contre infrastructures, fait tourner ses usines à une cadence effrénée, prête de l’argent et accumule les devises comme aucun autre État au monde, devient le garant de fait des finances mondiales, co-gérant du dollar, bailleur de l’Amérique et banquier-sauveur de l’Europe. Tant et si bien que les bourses financières battent au rythme cardiaque de Beijing, que les prix s’affolent au moindre choc politique et à la moindre catastrophe naturelle dans l’Empire du Milieu. L’état du monde en est modifié.

On passera donc à la loupe la liste des membres du bureau politique et surtout de son noyau suprême, qui sera publiée ce jeudi ou vendredi à Beijing, à l’issue de la 18 ème session du comité central du Parti communiste chinois (PCC), instance où s’amorce le renouvellement décennal du pouvoir, consacrant cette année l’arrivée aux commandes de la cinquième génération de dirigeants depuis Mao Zedong. Le pouvoir dictatorial du Grand Timonier, puis l’autorité solitaire de Deng Xiaoping, architecte de la Chine capitaliste triomphante, et l’influence durable de Jiang Zemin ont fait place à une collégialité dont l’équilibre demeure fragile et générateur d’immobilisme. En l’absence de leaders charismatiques, capables d’imposer les grandes décisions pour négocier les virages délicats, la composition du collège, c’est-à-dire les intérêts qui y sont représentés, détermine les orientations politiques.
LA CHINE DOIT CHANGER DE MODÈLE

Car le Parti communiste s’est transformé en rassemblement de factions et d’intérêts conflictuels. Cheng Li, directeur de recherche à la Brookings Institution et responsable du comité national des Relations États-Unis-Chine à Washington, distingue au sommet de la hiérarchie du PCC deux camps en compétition pour le pouvoir. D’un côté, une coalition dite élitiste, rassemblant la noblesse rouge issue des familles des vétérans de la révolution maoïste, implantée dans les centres urbains développés, soutien des entreprises et milieux d’affaires. De l’autre, une coalition populiste, d’origine moins privilégiée, ayant gagné ses galons politiques dans les zones de l’intérieur défavorisé, plus sensibles aux préoccupations des populations rurales et autres « groupes vulnérables ». Les lutte d’influence traversent d’autres grandes factions : l’armée, qui s’est enrichie fabuleusement et a gagné en autonomie vis-à-vis de la hiérarchie civile ; les entreprises publiques, soucieuses de leur auto-conservation ; les pouvoirs locaux, engraissés par leur culture ancrée, que l’on pourrait appeler celle de la dîme, prélevée sur la profusion de crédits faciles déversés par l’administration centrale pour fouetter la production manufacturière et augmenter le PIB.

Tous ces groupes, forcément minés par la corruption, sont uniquement soudés par la peur de perdre les immenses fortunes et privilèges amassés à la faveur des performances phénoménales de l’économie, sous la férule d’un parti à la compétence jusqu’à présent avérée. Or, précisément, cette compétence, l’autorité, la légitimité et la garantie de survie qu’elles donnent au PCC, sont remises en cause par la neutralisation des factions les unes par les autres, favorisant une corruption devenue endémique, produisant l’inertie relative qui a caractérisé le leadership consensuel et mou de Hu Jintao, le secrétaire général sortant, en dépit de son énorme succès économique. Longtemps différées, les mesures douloureuses semblent pourtant indispensables. Et d’abord, la lutte contre la corruption, un fléau dont Hu Jintao lui-même a reconnu, dans son discours devant le comité central, qu’il risquait de provoquer la chute du parti et de l’État communistes.

Il ne suffira pas de moraliser, cependant. La Chine doit en effet changer de modèle, en entreprenant les réformes qui la dégagent du piège dit de l’impasse classe moyenne, ce palier où la croissance s’essouffle puis s’étiole, frustrant les aspirations populaires, exacerbant les tensions sociales qui se multiplient, favorisant l’instabilité. Elle doit résoudre les inégalités scandaleuses entre les villes et les campagnes, entre une élite à l’opulence stupéfiante et une masse terrifiante de centaines de millions de pauvres. Elle doit également ouvrir son économie, réunir les conditions d’une nouvelle rentabilité en tournant le dos aux financements directifs et en faisant une plus large place au secteur privé, en s’intégrant davantage dans une mondialisation dont elle est devenue un acteur principal. Elle doit préserver le fonctionnement optimal de la machine qui a développé le pays et amélioré la vie des gens avec un succès aussi éclatant. Elle doit sauvegarder la confiance dans l’État, notamment en coupant les branches mortes de la corruption, des scandales impossibles à étouffer et des déviations individualistes ― une répression sans merci dont le flamboyant Bo Xilai, star déchue de l’aristocratie rouge, fait actuellement les frais.

En conséquence, le système politique doit évoluer nécessairement. Là se situe peut-être le défi le plus formidable. Le président Hu a souligné devant le comité central l’importance d’ « améliorer le système de démocratie consultative » en expérimentation depuis les années 1994 dans une province. Mais il n’est pas sûr que même cette forme de participation sans vote s’impose, alors que la plus grande ligne de fracture au sommet passe entre ceux qui accordent la priorité absolue à la préservation du rôle dirigeant du parti, garant de l’État et du salut commun, et ceux qui jugent au contraire que le moment est venu d’ouvrir le système et de libéraliser pour prévenir la chute du parti et de l’État. C’est pourquoi il sera intéressant de voir quelles personnalités sont appelées à siéger aux côtés de Xi Jinping et Li Keqiang, annoncés respectivement comme leader du parti et futur président du pays, et futur Premier ministre, chef du gouvernement. Et aussi, de voir si le président sortant Hu a réussi à s’incruster en conservant la direction civile de l’armée, et si l’influence de son prédécesseur et critique, Jiang Zemin, a prévalu dans le débat en faveur d’une ligne plus réformiste.

LE REGARD DE L’AMÉRIQUE RIVÉ SUR LE RÉTROVISEUR

Au-delà des défis économiques et politiques, les impératifs stratégiques imposent à la nouvelle équipe dirigeante d’assumer les responsabilités qui vont avec ses ambitions et avec le nouveau statut du pays. Il faudra qu’elle s’habitue à se retrouver à l’avant, exposée sous les spots de la responsabilité internationale, alors qu’elle cultive une discrétion devenue une marque de fabrique, une aspiration d’autant plus forte qu’elle tient sans doute davantage du réflexe culturel que du souci tactique. En même temps, le régime doit se donner confiance afin d’investir moins dans la sécurité intérieure que dans la mise à niveau de sa puissance militaire. Celle-ci est suffisamment forte en quincaillerie, son arsenal pouvant tenir à distance le rival américain et tout autre adversaire potentiel. Mais, pour accéder au rang de superpuissance, ambition toute naturelle pour le numéro un de l’économie mondiale, de surcroît inscrite dans le psychisme d’une civilisation millénaire tentée par la revanche sur des siècles d’humiliation coloniale, le pays a besoin de reprendre en main et réformer son armée gangrénée par les promotions vénales, vache à lait des officiers qui l’équarrissent comme jadis les seigneurs de guerre le faisaient du pays.

Le moindre des défis ne sera pas d’organiser une coopération intelligente avec les États-Unis et de rassurer les voisins dans l’intérêt bien compris de la Chine, car elle a besoin d’eux plus que par le passé, dans un contexte économique interne plus difficile et un environnement mondial transformé et moins tolérant pour elle. Justement, il faudra bien qu’elle se fasse à la « mentalité de la Guerre froide » qu’elle dénonce dans les barrages pour raison de sécurité érigés par Washington contre l’implantation sur le marché américain de fleurons technologiques privés chinois soupçonnés d’être des chevaux de Troie de l’armée et du pouvoir communistes. Sûrement, les bouffées d’impatience américaine ne disparaitront pas avec les postures tactiques de la campagne électorale aux États-Unis, durant laquelle le géant chinois a joué le rôle du méchant adversaire envers qui aucun candidat ne voulait se montrer complaisant.

C’est que l’Amérique a l’œil fixé sur le rétroviseur, guettant nerveusement l’irrésistible montée en puissance de son redoutable challenger économique. Elle a conscience de devoir combler quelques retards flagrants, dans le domaine des infrastructures par exemple, et cela la met mal à l’aise. Elle n’est plus très sûre de sa capacité à se maintenir longtemps, au-delà d’une génération, en tête dans les derniers retranchements de la suprématie, c’est-à-dire dans les domaines militaires et scientifiques. Sur cette voie, la Chine doit encore surmonter bien des obstacles et cela prendra du temps.

Il n’en demeure pas moins que le dénigrement de la Chine ne peut tenir lieu de politique. Et que la seule perte du statut d’économie numéro un par les États-Unis risque de provoquer une sorte d’électrochoc aux répercussions plus vastes, de dimension culturelle, voire métaphysique, dont se ressentiraient profondément l’identité et les ressorts fondamentaux de l’Amérique. La prise en compte de ce risque majeur dicte déjà un repli contraint de la politique américaine vers le Pacifique, une réorientation stratégique destinée à contenir l’essor de la Chine et qui fait l’objet d’une nouvelle doctrine, celle du « pivotement », énoncée par le président Obama lui-même.

À l’évidence, le redéploiement réactif des Etats-Unis affectera les relations internationales, la distribution du pouvoir dans le monde, l’accès aux ressources indispensables au développement, jusqu’à la paix en maintes régions. Ces développements resteront tributaires, cependant, de l’équation fondamentale de l’économie américaine, qui est celle du budget. Le pays dépense trop sans en avoir les moyens. Le déficit est abyssal et chronique. Tous les gouvernements ont échoué à le combler. Aussi, le débat politique porte-t-il presque exclusivement sur les taxes, qu’Obama et les Démocrates veulent augmenter en faisant davantage payer les plus riches, alors que les Républicains et leurs extrémistes du Tea Party s’y opposent avec la dernière énergie. Sortir de l’impasse budgétaire, voilà la priorité absolue pour une Amérique en transition, qui ne peut contrer la Chine rivale en continuant à dépendre d’elle pour garantir la santé du dollar.

On peut se demander dans quelle mesure une remise en ordre serait facilitée par le désarroi du Parti républicain, traumatisé par l’inefficacité électorale et l’anachronisme de son arsenal conceptuel et idéologique. Moins d’État, pas de programmes sociaux, que chacun se débrouille, les pauvres n’ont qu’à se bouger pour devenir riches, ce n’est pas aux riches de payer la note de la crise : tout cela ne peut guère construire la permanence de la superpuissance américaine. Et ne correspond pas au désir des Américains. Le pays a changé en effet. La traditionnelle majorité blanche est en passe de devenir la minorité, face aux Afro-Américains, aux Hispaniques et autres, ce qui va consolider les fractures caractéristiques entre les ethnies, les races et les générations. D’ores et déjà, le basculement démographique a des répercussions politiques considérables, puisqu’il a affecté l’élection présidentielle. Environ 80 % des Afro-Américains, Hispaniques et autres minorités, 63 % des jeunes (18-34 ans) et la majorité des femmes, ont voté pour Barack Obama, tandis que les blancs les plus âgés choisissaient Romney.

LE BASCULEMENT DE LA PUISSANCE, UNE CHANCE POUR L’AFRIQUE

La réélection du premier président noir des Etats-Unis constitue ainsi une confirmation sans équivoque du caractère non accidentel de son arrivée au pouvoir en 2008. Loin d’être éphémère, elle procédait d’un mouvement général de la société, de la montée en puissance des minorités longtemps tenues à l’écart par l’« ordre ancien » de la majorité blanche. Ce retournement, l’équivalent d’une autre révolution américaine incarnée par Barack Obama et combattue par le Tea Party et par les Républicains les plus à droite, donne à l’Amérique une chance de vaincre les pesanteurs politiques et sociologiques pour engager les réformes nécessaires, notamment en matière fiscale. financière et sociale, énergétique et envir

S’étant déjà propulsée au rang de premier partenaire de l’Afrique, la Chine y a programmé des investissements d’ampleur sans précédent, qui creuseront davantage l’écart avec les États-Unis et les anciennes puissances coloniales européennes, réduisant les capitales occidentales aux mises en garde contre les visées exclusivement mercantilistes délibérément ignorantes des préoccupations de développement durable, de démocratie et de bonne gouvernance de la Chine.

IBRAHIMA GAYE
Le Témoin N° 1104 –Hebdomadaire Sénégalais ( NOVEMBRE 2012 )



1.Posté par ama le 17/11/2012 07:13 (depuis mobile) | Alerter
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thiey obama

2.Posté par sidy le 17/11/2012 07:15 (depuis mobile) | Alerter
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ki moy gande dou moromou wade

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