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Révélation sur les circonstances de la mort de Amadou Koumé : "Il s’est affaissé dans les bras des policiers et a commencé à suffoquer"

Le 6 mars, Amadou Koumé décédait au commissariat du Xe arrondissement de Paris, après une interpellation tumultueuse. Libération a eu accès à un nouveau témoignage faisant état de la violence de l'intervention policière.


Rédigé par leral.net le Vendredi 11 Septembre 2015 à 10:57 | | 0 commentaire(s)|

Six mois après son décès, son visage reste visible dans les rues du Xe arrondissement de Paris. Quand on déambule autour de la gare de l’Est, les affichettes interpellent : « Vérité pour Amadou Koumé ». L’enquête ouverte pour « homicide involontaire » suite à la mort de cet homme de 33 ans, survenue dans la nuit du 5 au 6 mars au commissariat du Xe arrondissement, est toujours au stade préliminaire au parquet de Paris. Aucun juge d’instruction n’a été désigné et l’IGPN, la police des polices, n’a pas ouvert d’enquête administrative. « Le mépris de l’institution judiciaire pour les proches de M. Koumé est effarant et révoltant », déplore Me Eddy Arneton, l’avocat de la famille. Un nouveau témoignage joint à la procédure judiciaire, dont Libération et Mediapart ont eu connaissance, vient à nouveau alimenter le trouble sur les circonstances du drame (Libération du 11 mai 2015).

Le témoin, un jeune homme d’une vingtaine d’années, était au bar Hide Out ce soir-là quand Amadou Koumé s’est retrouvé confronté aux forces de l’ordre. Il fait le récit d’une interpellation particulièrement tumultueuse. Tout commence vers 23 heures 30, quand Amadou Koumé entre dans le bar, situé à une cinquantaine de mètres de la gare du Nord. Debout au comptoir, l’homme au physique massif (1,90 m pour 107 kilos) est d’abord « seul, stoïque, silencieux ». C’est vers minuit qu’il commence à « parler fort, à faire du bruit ».

Le vigile de l’établissement lui demande à plusieurs reprises de sortir sans succès. Mais, insiste le témoin, Koumé « avait l’air davantage mal dans sa tête que dangereux pour les autres ». « Il semblait penser de manière décousue et ne s’adressait pas directement au vigile, comme s’il était agressé par une personne imaginaire », raconte-t-il. Une version qui corrobore celle des policiers présents, qui faisaient état, comme Libération l’avait rapporté, de « propos incohérents ».

« Des cris d’agonie et d’étouffement »
Alertée par le barman, la police arrive sur place entre 00 heures 15 et 00 heure 30, selon le témoin. Les trois hommes, « en uniforme », se montrent « cordiaux ». Au moment de quitter les lieux, Amadou Koumé aperçoit l’arme automatique d’un des agents. Semblant être « pris d’un accès de paranoïa, mettant en doute le fait que ce soient de vrais policiers », il résiste aux forces de l’ordre. « La tentative de le maîtriser a duré assez longtemps, raconte le jeune homme. Amadou Koumé n’a pas donné de coups, même s’il se débattait et essayait de les maintenir à distance ».

Des renforts policiers sont alertés : trois ou quatre voitures débarquent, dont une banalisée de la Brigade anticriminalité (BAC). C’est à ce moment que la situation dérape, selon le témoin. « Il n’y a qu’un seul policier de la BAC qui est entré en courant et a crié : "Mets toi par terre, enculé !" ». L’agent, en civil, attrape Koumé par le cou « en plaçant son bras sous son menton et en le serrant contre son torse ». L’homme ne résiste pas. « Il s’est affaissé dans les bras des policiers et a commencé à suffoquer. L’agent de la BAC l’a accompagné dans sa chute en continuant de l’étrangler ». A terre, le policier « se trouvait sur lui avec un genou sur son dos, lui tenant toujours la tête dans le pli de son coude ».

Selon le témoin, Koumé « donnait l’impression d’avoir peur de mourir », « il émettait des cris d’agonie et d’étouffement ». Toutefois, c’est debout et en marchant « de lui-même » qu’il est escorté vers la sortie du bar. Le jeune homme qui a assisté aux faits n’a, à ce moment, plus de vision directe sur la scène. « Je n’ai pas vu comment les policiers se sont comportés avec Amadou Koumé entre la sortie du bar et son placement dans le véhicule de police, ni entre le départ du véhicule et son arrivée au commissariat ». Il conclut : « Personne n’a imaginé à ce moment qu’Amadou Koumé pouvait mourir, on pensait qu’il serait juste placé en garde à vue ».

Plusieurs hématomes
Pourtant, à minuit et demie, Koumé arrive inanimé au commissariat de l’arrondissement, rue Louis-Blanc, situé à 900 mètres du bar. Le trajet a duré moins de trois minutes. Appelé en urgence, le Samu arrive sur place peu après. Pendant près de deux heures, les secouristes tentent de réanimer Amadou Koumé. En vain. A 2 heures 30, son décès est constaté. Huit jours plus tard, le corps est rapatrié au Sénégal, dans le village d’origine des parents d’Amadou Koumé, arrivés en Picardie dans les années 70.

Selon le rapport d’autopsie, la mort résulte d’un « œdème pulmonaire survenu dans un contexte d’asphyxie et de traumatismes facial et cervical ». Les médecins légistes ont fait état de plusieurs hématomes sur le visage, dans le cou et au niveau du dos. Des analyses sont toujours en cours à l’Institut médico-légal, pour croiser l’autopsie avec le rapport toxicologique et l’étude des tissus. Et comprendre pourquoi un trentenaire « en bonne santé » a pu décéder ce soir-là.

Liberation.fr






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