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SENEGAL : Macky Sall ou l’éthnicisme au Palais ? (MALAO KANTE)


Rédigé par leral.net le Lundi 20 Janvier 2014 à 17:17 | | 2 commentaire(s)|

SENEGAL : Macky Sall ou l’éthnicisme au Palais ? (MALAO KANTE)
L’arrivée de Macky Sall au pouvoir est certes le fruit d’une large coalition mais l’organisation de son Parti suscite beaucoup d’interrogations. Dès les premières heures de la création de l’APR, certains avaient monté au créneau pour signaler une dérive « éthiniciste » du nouveau mouvement. A l’époque, l’affaire était minimisée car c’était des propos qui sortaient de la bouche d’un président que plus personne n’écoutait en l’occurrence Abdoulaye Wade. Par la suite de plus en plus d’analystes et de journalistes interpellent Mr Sall sur cette question. Etant dans une dynamique de ratisser large, ce dernier nia complètement les faits afin de mettre fin à la polémique.
Toutes fois, durant les élections voire la période précampagne, on assista à une grande mobilisation des partisans de Mr Sall qui étaient essentiellement Peulhs. C’est un fait et il faut oser le dire : une grande première pour une élection présidentielle. A l’intérieur comme à l’extérieur du pays, Sall bénéficiait d’un soutien inconditionnel de ses « frères ». Partout en France (Mantes la jolie, côte d’Azur etc.…), aux Etats-Unis, au Gabon et j’en passe la « communauté » s’organise comme pour  voir dans l’élection de Macky Sall une fierté ethnique. Ce qui est ridicule en soi et est une insulte pour les autres compatriotes. A cela s’ajoute le soutien des personnalités halpuular telles que certains milliardaires ou chanteurs. Tout ceci a une odeur qui déplaît pour un si grand pays. En Mauritanie, l’arrogance et le mépris des maures à l’égard des négro-africains peuvent pousser une communauté à se replier ou en Guinée on peut comprendre cela (sans le cautionner) avec le candidat Diallo compte tenu de l’histoire du pays et de la souffrance de ces derniers mais pas au pays de la Téranga.
Si Sall et ses proches continuent à démentir (puisque le contraire serait inadmissible), il se trouve que les faits sont réels et dommageables. De même que les observateurs politiques ont constaté cela (ce qui lui a amené d’ailleurs à y répondre personnellement devant les journalistes comme on l’a mentionné au début), de même que les services de renseignement ont soulevé cet état de fait. C’est ce qui poussa l’ancien président et son parti à pointer du doigt les agissements de Mr Sall à l’époque. Aujourd’hui, il est président et rien dans sa politique (pour l’instant) ne justifie une démarche ethnocentriste. Ce qui est regrettable, c’est que désormais la dimension ethnique risque de jouer considérablement durant les futures élections ; ce qui, à long terme, peut installer dans le pays un climat de suspicions et de tensions.                
Aussi, Il est vrai de signaler qu’au Sénégal, le problème ethnique est jusqu’ici très bien géré politiquement parlant. Cela paraît même être un tabou au sein de l’administration. C’est un problème qui est réel mais la maturité des dirigeants politiques (à laquelle s’ajoute celle des guides religieux) a joué un rôle capital dans la neutralisation du sujet. On continue d’en parler et à y réfléchir mais plutôt dans les cercles universitaires ou durant certains séminaires. Ainsi, de nombreux sociologues sénégalais ou autres avaient décelé le problème et avaient tenté de l’expliquer. D’ailleurs, c’est ce qui amène certains d’entre eux à expliquer la rébellion en Casamance par des motivations ethniques. Les groupes qui constituent cette partie du pays (Diolas, mandingues, Bassaries, Ballantes, Diakhankés etc…) se sentent plus ou moins exclus de la sphère du pouvoir.
Jusqu’à une époque récente, seules six ethnies étaient reconnues comme officiellement sénégalais (Soninké, Wolof, Peulh, Sérère, Diolas, Mandingue) les autres n’avaient pas une existence administrative. Il a fallut l’avènement de l’alternance (sous Wade) pour que le gouvernement prenne en compte ceux qui revendiquent une certaine reconnaissance. Finalement, on est passé de six à une trentaine de groupes reconnus par l’Etat. Mais ce qui est nouveau dans cette affaire, c’est la politisation de l’appartenance. Les politiciens irresponsables sont en grande partie responsables de cette atmosphère nauséabonde. Le Sénégal bénéficie d’une très bonne réputation en matière de cohésion sociale : chrétiens, musulmans, noirs, maures et même blancs partagent une vie quotidienne paisible avec une langue unificatrice qui est le wolof. Ce qui est une chance inouïe. Mais lorsque Ch. A. Diop et d’autres ont voulu élevé cette langue en langue officielle de l’administration pour des raisons qu’ils ont si bien développées, d’autres y ont vu de la suprématie identitaire et toutes sortes d’âneries dont je ne souhaite même pas rappeler ici. D’ailleurs, c’est à la suite de la codification de la langue wolof que les autres (comme par hasard) ont commencé à inventer leurs écritures. D’un côté, ce n’est pas mauvais en soi mais de l’autre, les ambitions qui étaient portées sur la langue wolof étaient de loin plus salutaires.


MALAO KANTE          






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