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Sahby Ben Mansour, chef de la délégation tunisienne à Touba écrit sur le Magal de 2014, après son retour au pays

Le Grand Magal de Touba est la plus grande manifestation religieuse du continent africain. Cheikh Ahmadou Bamba, Khadimou Rassoul fut un héros national et un chef religieux. De son vivant, il a combattu les colons. A sa disparition, il ne cesse de guider les Sénégalais.


Rédigé par leral.net le Vendredi 2 Janvier 2015 à 14:22 | | 0 commentaire(s)|

Sahby Ben Mansour, chef de la délégation tunisienne à Touba écrit sur le Magal de 2014, après son retour au pays
Malgré l'existence dans le continent africain d'héros et d'illustres personnalités qui reflètent la progression de la pensée humaine, de son ingéniosité, l'histoire de ce continent a été toujours marginalisée quelque soit la couleur ou le pays d'origine de ses acteurs.

Lorsque les étudiants sénégalais qui, suivent des études supérieures dans les universités tunisiennes comme Mouhammad Niasse, me parlaient du Saint Homme, Cheikh Ahmadou Bamba, et du phénomène du Grand Magal de Touba, je n'y croyais même pas. Je n'imaginais pas ce que je venais de voir de mes propres yeux, alors que je vis les festivités religieuses de ce Magal à la dimension nationale, voire continentale. A cette occasion, les Sénégalais ne commémorent pas seulement, l’anniversaire du jour de déportation d’un guide spirituel, d’un penseur islamique, ou d’un pionnier de la libération du pays, mais ils manifestent aussi leur attachement aux préceptes de l'Islam, sans tenir compte de l’indifférence notoire de avoir des deux communautés que sont la communauté arabe et la communauté musulmane.

Cheikh Ahmadou Bamba, Khadimou Rassoul:

Les appellations sont nombreuses alors la personne est unique. On l'appelle Cheikh Ahmadou Bamba, Cheikhoul Khadim ou alors Khadimou Rassoulil lâh. Il est dans la représentation des africains une singularité à la dimension plurielle, mais aussi un homme à la dimension de toute la Oumah. Ils le classent parmi les grands plus réformateurs et novateurs de la pensée islamique, à la fin du 19 siècle et au début du 20 siècle, à l’instars de Jamâl al-Dîn al-Aghfânî et Muhammad 'Abduhû à Paris puis à Istanbul et en Egypte, Muhammad Rachîd Ridâ en Egypte, 'Abd al-'Azîz al-Tha'âlibî en Tunisie et Muhammad Iqbâl en Inde.

La Oumah islamique a besoin de se reconstituer et de se reformer en mettant à l'écart la discorde, le dogmatisme et l'attachement aux mythes. Cheikh Ahmadou Bamba a débuté son projet de réforme dans son propre pays, le Sénégal tout en élevant l’ambition des hommes par le biais du réarmement par Iradah , ou la volonté. Pour lui la reforme et changement passent nécessairement par Iradah . C'est pour cette raison qu'il nomma sa confrérie "al-Murîdiyya", d’ou vient le mot Mourid qui signifie celui qui veut. Ceci a gêné l’Administration coloniale française dont était de réduire la population sénégalaise en esclave tout en leur faisant renoncer à leur conscience et leur à liberté.

Se rendant compte de la dimension de l'influence du Cheikh sur les Sénégalais, ainsi que sur les rois qui se sont convertis à l'Islam grâce à lui, le gouvernement français n'a pas hésité à le déporter au Gabon (de 1895 à 1902), puis en Mauritanie (de 1907 à 1912). Après les déportations, c’était le tour des résidences surveillées, d’abord à "Théyéne" (de 1907 à 1912), puis à Diourbel (de 1912 à 1927). Les colons n'avaient qu'un seul et unique objectif: tuer le Cheikh dans la forêt gabonaise. Il a vécu pendant plusieurs années au Gabon sans domicile, vivant avec des animaux nocifs et des reptiles venimeux.

Le Cheikh sortit de toutes ses épreuves sain et sauf. En Mauritanie aussi, les français avaient tenté de détruire le le Cheikh. mais, vus son savoir et sa bonté, le Cheikh fut soutenu, respecté et vénéré par toute la population mauritanienne. Mieux, au Sénégal, comme en Mauritanie et dans plusieurs pays africains, il devient de plus en plus populaire et a plus d'influence sur la population. Ce qui poussa ces derniers à maintenir résidence surveillée et réduire le de ses visites quotidiennes à six groupes seulement. Au moment de son incarcération, il écrivit plusieurs livres et poèmes qui demeurent toujours. Il construisit en même temps la grande mosquée de Touba. Ceci n'est pas surprenant si l'on sait que Cheikh Ahmadou Bamba est issu d'une famille sénégalaise noble, d'une mère Diâra al-Allâh connue pour sa bonté et sa crainte révérencielle et d'un père connu pour sa piété, Cheikh Mame Mor Anta Saly.

En premier lieu, le Cheikh Ahmadou Bamba avait adopté comme doctrine la confrérie Qâdiriyya, puis la Châziliyya et enfin la confrérie Tijjâniyya. Après avoir s'abreuvé dans l'immense étendue des sources de ces confréries précitées, il délaissa tout pour se référer seulement au Coran et à la Sunnah du Prophète (Paix et Salut sur Lui). Il proclama son amour et son attachement envers le Prophète, mais aussi de son aptitude de rendre service à sa Sunnah. Puis, on le nomma Cheikh al-Khadîm (le Cheikh serviteur), Cheikh Khâdim al-Rassûl al-Allâh (le Cheikh serviteur du Prophète).
Touba, la ville vertueuse:

On la nomme aussi la ville sainte. Ses résidents et ses visiteurs se soumettent aux enseignements du fondateur du Mouridisme qui se fondent sur l'obéissance aux ordres du Seigneur et se démettent des péchés. C'est pour cette raison qu'il est interdit d'y fumer, de s'y regrouper dans les rues entre hommes et femmes. Lors du grand Magal, même avec le bain de foules constitué d''hommes et de femmes dans la rue principale de la ville qui s'étend sur sept kilomètres, j'ai pu faire ce constat durant tout mon séjour à Touba. On n'y constate pas d'agressivité et rien n'y sert d'ordonner le bien ou d'interdire le mal, car tout le monde est libre de ses comportements et de ses actes. Les policiers n'interviennent que pour les besoins de la circulation. Tous les visiteurs de la ville ont la ferme conviction qu'ils retourneront chez eux tout en étant comblés de bénédiction que renferme Touba. En plus du rôle religieux prépondérant, la ville se distingue aussi par son commerce et ses édifices culturels remarquables.

L'aspect religieux y est visible, de même que la richesse de sa population. Désirant le bonheur et l'honneur de résider dans la ville sainte de Touba, de nombreuses familles sénégalaises y construisent leur maison familiale. Il n'échappe pas à notre esprit la corrélation entre la dénomination de cette ville "Touba" et la parole du Seigneur à savoir : " Ceux qui ont cru et qui font de bonnes actions entreront au Paradis. Quelle merveilleuse demeure!". Le Prophète (Paix et Salut sur Lui) dit à ce propos: " l'Islam a connu des débuts difficiles et étranges. Il arriva un jour où il connaîtra le même sort. A cette période le Paradis est garanti à tout ceux qui s'y accrocheront. On lui demanda: "oh! Le Prophète qui seront ces gens? Il répondit : " Ce sont ceux qui réparent au moment où les autres abîment."

La célébration du grand Magal de Touba:

Le Magal marque le départ de Cheikh Ahmadou Bamba au Gabon,. Même avec les dispositions tyranniques envisagées par les colons, les sénégalais sont toujours restés attachés à leur religion. On nomme cette déportation le voyage en mer de Cheikh Ahmdou Bamba. Deux semaines avant le jour de la célébration du grand Magal de Touba, le colloque portant sur des thèmes intellectuels et religieux en rapport avec le soufisme. Il a été organisé par le commuté d’organisation de Magal. Après ceci, on assiste à la réception des hôtes qui viennent de plusieurs pays sous l'égide de Ckeikhouna Mbacké, fils du défunt Khalife, Serigne Mouhammadou Lamine Bara, et responsable chargé des relations extérieures du Magal. C'est une personnalité respectueuse. Il fit ses études en Tunisie où il eut de beaux souvenirs. Ceci avec la coordination d'Ahmet Saloum Dieng, président de l'Union de la Jeunesse Musulmane du Sénégal. C'est une personnalité très dynamique qui se distingue par ses relations internationales et même avec certains chefs d'Etat.

Distant de 180km, nous avons été transportés par un cortège mis à notre disposition par le gouvernement sénégalais de l'hôtel King Fahd Palace à Dakar. Nous avons dû durant tout notre trajet confronté à une ligne indienne de voitures, de bus et de trains remplis de passagers même sur les portes bagages. Officiellement, le voyage était prévu pour deux heures de routes, malheureusement avec la circulation, nous sommes arrivés à Touba après quatre heures et demie de route. Malgré toutes les difficultés rencontrées lors de ce voyage, les gens sont contents dès leur arrivée dans la vie sainte sous une chaleur ardente.

Tout au long de la route, des croisements et des carrefours, on aperçoit des bienfaiteurs distribuant des sachets d'eau minérale aux pèlerins. Dès l'arrivée dans la ville sainte, les commerçants, étalant leur marchandise sur les trottoirs, transforment la rue principale qui s'étend sur sept kilomètres en marché. Si certains portent leur plus beaux et plus jolis bijoux le jour du Magal, d'autres égorgent dans les rues des bœufs pour nourrir les pèlerins. Car, ce jour est considéré comme un jour de fête pour les sénégalais. Selon une source sûre, on raconte qu'un homme fit un don de mille bœufs contenant des bovins réservés seulement aux pèlerins. Chez les autochtones, on constate aussi une conviction solide que toutes les actions entreprises seront rétribuées et multipliées par la grâce d'Allah et la bénédiction de Cheikh Ahmadou Bamba.

Comme toutes les confréries de ce pays, la confrérie mouride a elle aussi une ville qui lui est propre. Mieux, toute personne désirant devenir un jour le président de la République doit impérativement solliciter la bénédiction du Khalife général des mourides. De même, s'il plaît à Dieu, tout ministre ou toute haute personnalité désirant accéder aux plus hautes fonctions doit aussi solliciter les prières des mourides, prendre la route de Touba, la prière des Cheikh. Nous avons tous entendu dans toutes les télévisions du monde le ministre de l’Intérieur a prononcé devant les invités, ambassadeurs résidents à Dakar la volonté du Président de la République du Sénégal de construire l'autoroute Dakar-Touba.

La confrérie mouride a ses propres édifices semblables à celles qui se trouvent dans tous les Etats du monde comme des mosquées, des immeubles, des écoles et des sociétés économiques et une résidence au cœur de la ville en face de la grande mosquée aux sept minarets. Cette mosquée est la plus grande en Afrique même s'il elle est toujours en construction.

Le jour de la cérémonie officielle du Magal, il est prévu selon l'ordre protocolaire que le Khalife Général doit s'asseoir sur son fauteuil, sous une tente gigantesque. A côté de lui, s'assoit le représentant du Président de la République et tout au tour de lui des fidèles et la délégation du gouvernement. Les ministres s'assoient sur des fauteuils et les fidèles sur des nattes. Quant aux plus hautes personnalités du Mouridisme, ils s'assoient devant le Khalife, les ambassadeurs à sa gauche, et à sa droite, les plus hautes personnalités et les invités étrangers. Pour filmer l’événement, des caméras des chaînes de télévisions nationales et internationales sont biens plantés devant le Khalife.

Pour cette année, nous avons assisté à l'entrée de Cheikh Sidy Moukhtar, Khalife Général des Mourides dans cette assemblée spectaculaire après le ministre de l'Intérieur du Sénégal. Durant toute sa présence, il garda le silence en écoutant aux allocutions. Il écouta un homme qui fit les éloges du fondateur du mouridisme en rappelant ses luttes et ses mérites. Puis, il écouta attentivement un deuxième homme qui souhaitait la bienvenue à tous les invités étrangers. Après le discours éloquent et impressionnant prononcé par Cheikh Muhammad Mountakha Mbacké, il a aussi écouté au discours de son porte parole Mouhammad Bachir Abdul khadre Mbacké. Ce dernier symbolise la montée d'une nouvelle génération des guides du mouridisme. Lors de la cérémonie officielle, il fit un discours méthodique en arabe et langue wolof qui a impressionné toute l'assistance. Même si nous avons quitté cette ville, nous savons sans doute que les pèlerins comme d'habitude sont restés à Touba pour être comblé d'avantage de la bénédiction de cette ville sainte.







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