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Salif Sadio, un radical en diable, vendeur d’illusions


Rédigé par leral.net le Vendredi 20 Juillet 2012 à 20:19 | | 2 commentaire(s)|

Salif  Sadio, un radical en diable, vendeur d’illusions
Dans une interview accordée à Binta Diagne correspondante de RFI à Dakar, Salif Sadio bien mis dans un grand boubou blanc, coiffé d’un bonnet tout aussi immaculé, avec un petit miroir en triangle sur le patrimoine, débite un discours brut, guerrier, direct : « Le droit immémorial de la Casamance à l’indépendance nationale, est un droit réel, absolu, inaliénable, imprescriptible, non négociable ».

Cette profession de foi, est le propre de ce chef rebelle, autoproclamé, enfermé dans un carcan doctrinaire pour lequel le chemin de l’histoire est déterminé par la violence. Il manque surtout de prise sur le réel des mutations géopolitiques d’une part, et, sur les transformations sociologues d’autre part. Il ajoute à la douleur de son peuple qu’il prétend libérer.

Les exactions de ses hommes sur les voyageurs dépouillés ou tués avaient conduit l’abbé Diamacoune Senghor à prendre ses distances.
Son rêve chaotique, c’est la désintégration de son pays : « chasser le Sénégal de la Casamance ».

Mais de quelle Casamance ?

Au Fouladou, en Haute Casamance, les peulhs largement majoritaires, soumis aux razzias des rebelles sur leur bétail et aux braquages de leurs boutiques, payent un lourd tribut pour leur refus de l’irrédentisme.
Au Pakhao, en Moyenne Casamance, les paisibles Mandingues, tournés vers la spiritualité, cultivent plutôt la sagesse de la compréhension mutuelle, tout comme les Balantes dans le Balantacounda qui récusent la violence comme forme de revendication.

La Basse-Casamance-Bignona, Oussouye et Ziguinchor le cosmopolite, coincée entre la Gambie au Nord et la Guinée –Bissau au Sud souffre plus que les autres de la discontinuité territoriale. Le Bac de Farafégni, au lieu d’être une solution, est le problème, avec les tracasseries, l’humiliation, la petite corruption, le tout aggravé par des lenteurs coupables. Malgré tout, elle est l’une des régions les plus ouvertes sur les échanges où le taux de scolarisation est l’un des plus élevés. Sans ce brassage ethnique, ces échanges, ces migrations, le Sénégal né des cendres des anciens petits royaumes, n’eût pas existé en tant que nation.

Ceci n’est pas uniquement propre à nous.

Les nations européennes, au Moyen Age, ne se sont-elles pas aussi constituées à partir d’entités féodales ?
Et le capitalisme dans sa phase impérialiste n’a-t-il pas imposé au reste du monde, notamment en Afrique, des Etats-nations avec un pouvoir central= armée, police, infrastructures, écoles hôpitaux ?

Depuis le monde a évolué, la mondialisation impose la globalisation. Et le monde s’unifie. L’heure est au regroupement, aux grands ensembles. Les pays du sud où la souveraine nationale parait problématique, cherchent désespérément à s’intégrer comme le fait l’Amérique du Nord où l’Union Européenne avec la Méditerranée.

Ainsi on comprend mieux la disparition des organisations séparatistes en Europe comme l’IRA (l’Armée Républicain Irlandaise).
L’ETA espagnol et sa branche armée Herri Batasuna.
Le FNLC (Front National de Libération Corse) en France.

Au Sri Lanka en Asie méridionale, les tigres Tamouls de libération.
C’est en Afrique que sévissent en particulier les mouvements irrédentistes animés par des seigneurs de la guerre plus préoccupés des gains qu’ils tirent des richesses du sous-sol de leur pays que du devenir de leurs peuples.
Le Congo démocratique est là pour nous le rappeler.

Pour parler de la Casamance, c’est en 1947 date de la création du MAC (Mouvement Autonomiste de la Casamance) dont Assane Seck, un nordiste, fut un grand animateur. Il se posait surtout en alternatif du puissant parti dominant, BDS (Bloc Démocratique du Sénégal) Seck finira par rejoindre Léopold Sédar Senghor avec ses camarades sous l’étiquette du PRA EN 1966.

Les racines du mal

Sous la colonisation, la Casamance comme le reste du pays, avait connu les rigueurs de l’occupation étrangère. Le travail forcé, les réquisitions pendant les deux guerres mondiales, et j’en passe.
Cheikh Anta Diop, en tournée électorale à Ziguinchor en 1983, lançait en direction de la toute jeune rébellion : « Il se fait tard, restons ensemble ». Manière d’insister sur notre communauté de destin.

Après l’indépendance, et la sécheresse des années 1970, Ziguinchor connait un fort exode venu du Nord. Avec la poussée démographique, les conflits fonciers d’abord latents, se sont vite exacerbés. L’émergence d’une classe moyenne « Ouofolisée » domine la vie politique et l’environnement des affaires = la construction, le commerce et le trafic du bois.

Parallèlement, les jeunes ne trouvant plus de travail à Dakar, où l’économie est plombée par une politique d’ajustement structurel imposée par la Banque Mondiale et le Fond Monétaire International, avec comme corollaires la déstructuration de notre industrie naissante et le blocage des salaires, retournent au bercail.

Les frustrations nées de cette crise aggravée par les inégalités sociales, ont débouché dans la nuit du St Sylvestre, du 25 au 26 décembre 1982, sur un mouvement de révolte conduit par des éléments du MFDC (Mouvement des Forces Démocratiques Casamançaises) exigeant l’indépendance de la Casamance. Ils sont pour la plupart des jeunes urbanisés, instruits, et influencés à l’occasion par le gauchisme dont la faiblesse doctrinale est l’impatience à réaliser les objectifs politiques.

A la place d’une réponse politique intelligente, le président Abdou Diouf opta pour le riposte, certes mesurée, mais tout de même musclée.
C’est le commencement d’une spirale de violence avec comme substrat l’identité casamançaise pour porter le drapeau, avant d’être réduite avec les réalités sur le terrain, en appartenance ethnique.

Absence de légitimité historique et vide d’idéologique

Le rapport Sharpy commandé par l’Abbé Diamacoune avec l’assentiment du président Abdou Diouf, a balayé d’un revers de main l’argumentaire historico-juridique. L’expert en droit international a battu en brèche la revendication nationale.
Pour autant le mouvement a continué à briller par sa spontanéité.

Sa direction politique ne parlant pas d’une même voix, peine à développer un argument idéologique comme vecteur de mobilisation des masses. Pour se dédouaner Mamadou Krumah Sané affirme : « Nous n’avons pas d’idéologie, le plus important c’est d’abord libérer le pays ».
Alors les cadres du Sud ont vite fait de se démarquer de ces positions maximalistes. La boutade de Pierre Goudiaby Atepa, un intellectuel, respecté, est à cet effet révélateur « Je ne mange pas de leur pain ».

Le nouveau mouvement qu’il a créé, le MFC (le Mouvement des Forces Casamançaises) entend participer à la paix et au développement de la région.
Depuis la disparation de l’abbé Diamacoune, l’aile politique dite l’aile extérieure n’a qu’une existence virtuelle. Mamadou Sané le plus en vue balance des communiqués et fait des déclarations incendiaires pour se rappeler à l’attention de l’opinion.

Ousmane Diatta en Suisse ou la cellule dormante en Allemagne, toutes les trois, censées charrier des fonds dans le maquis ont échoué à internationaliser le conflit qui reste sous-régionale. Alors l’aile militaire Atéka, ne peut fonder son économie de guerre que sur la rapine.
Dés lors, toute négociation en dehors du continent serait une bonne farce.

La pluralité des chefs rebelles qui s’entendent pour ne jamais être d’accord, rend les négociations d’autant plus difficiles que ce monde qui prétend représenter la Casamance, est englué dans des querelles de boutique.
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Sadio, l’éternel rebelle

Après la mort d’Assoumana Mané, l’armée Bissau-guinéenne qui ne supportait plus la montée en puissance de la faction armée commandée par Salif Sadio, lance une offensive pour chasser les rebelles de leur fief de Baraka Mandiola. C’était le 13 octobre 2006. Sadio trouvera refuge en Gambie, auprès de son ami Yaya Jammeh qui accorde toutes les facilités. Une zone de repli pour l’entraînement de ses troupes et par laquelle se fait le trafic d’armes (attesté par le cargo d’armes iranien capturé à Lagos). Le défunt journaliste Elimane Fall du Sud quotidien qui l’a rencontré révèle que le rebelle ne supporte pas la contradiction.

L’homme s’est donné un destin national. Celui de libérer la Casamance. Ceux qui le connaissent disent que le Coran est son livre de chevet. Dés lors on est tenté de se demander lequel du Coran ou du fétiche prédomine en lui. On lui prête des pouvoirs mystiques comme son mentor, le président gambien qui guérit du sida. En difficulté dans les combats, Sadio se ferait invisible. La légende déforme sa vraie personnalité, qui de tous les gladiateurs de la rébellion, est le plus intransigeant. Avec ses frères ennemis du maquis, il est impitoyable. Léopold Sagna, qui s’était rapproché de Coumba Yalla( un balante initié, reconverti à l’islam) hostile à la rébellion, l’a appris à ses dépends.
Capturé par les hommes de Sadio, il est exécuté.

Kamoungué Diatta, son ancien lieutenant, qui a rompu les amarres, après l’assassinat de Magne Diémé, s’en tire mieux. Il est nommé par Macky, ambassadeur de la paix en Casamance. Leur face à face serait homérique.

Salif donne du fil à retordre à notre armée bien plus forte en puissance de feu et en nombre, mais certainement pas suffisamment rompue à la tactique de la guérilla.

De plus est que pour des raisons obscures, elle s’est toujours gardée d’user du droit de poursuite au-delà du territoire national.
L’intransigeance de Sadio demeure, tant est sincère la disponibilité des nouvelles autorités à la négociation, tant est patente la protection du voisin gambien.

L’histoire a sa dialectique, sa ruse et son retournement.
L’homme du maquis le comprendra, si Dieu lui accorde de vieux jours, à moins qu’une rafale de kalachnikov n’interrompe sa folie meurtrière.
Les autres fractions armées ne font pas le poids.

Pendant 12 ans, Wade n’a pas trouvé mieux que d’entretenir leurs dirigeants par des convois de fonds versés par l’intermédiaire de monsieur Casamance, dans la maquis. Wade, un octogénaire atypique, qui faisait de la dilapidation de l’argent du contribuable son passe-temps favori.

Les factions périphériques

César Atou Badiane que Sadio accuse de trahison, a son quartier général à Caselogne en Guinée-Bissau, non loin de la frontière sénégalaise. C’est un bastion entouré de tranchées au milieu d’une forêt dense.

Son pays d’accueil, connait une instabilité politique dangereuse, entretenue en sous-main par des narcotrafiquants colombiens. La fréquence des coups d’Etat et des assassinats politiques ont fini par mettre ce pays sous haute surveillance de la CEDEAO qui a envoyé des troupes pour remplacer la mission technique angolaise de 200 hommes. La montée aux extrêmes dans ce petit Etat, réduit en peau de chagrin les capacités de déploiement des combattants. En vérité le front Sud ne peut livrer que des combats résiduels.

César a reconnu en janvier 2012 que son mouvement travaillait avec le collectif des cadres casamançais pour solder ce conflit déjà vieux de 30 ans.
En direction des négociations de paix, il pose un préalable « on ne peut pas aller en négociations en rangs dispersés.
Je préfère une assise inter MFDF pour nommer un nouveau secrétaire général qui pourra négocier avec le gouvernement du Sénégal ».
Un autre rebelle, Ousmane Natiang Diatta, anime une autre sensibilité née en 2007 de la scission du front du Sud. Il a fait de Mamadou Krumah Sané, un binational exilé en France depuis 1988, le secrétaire général de son mouvement.

Pour autant, Sané est déconnecté des réalités du maquis qu’il croit attiser par ses diatribes sans jamais être inquiété par les autorités françaises promptes à traquer les indépendantistes basques dont le dernier en date, Juan Mariamana Cado du groupe lorsque ETA. Arrêté et menotté, il a été remis en mains propres au gouvernement espagnol. C’était le 10 juin 2012.

Alors qu’attend la France, pour extrader Mamadou Kroumah Sané contre qui le Sénégal a lancé un mandat d’arrêt international?
Jean Marie Biagui, frère de Diamacoune, plus pragmatique, a crée son parti politique ; il a compris que le problème casamançais ne se résoudra que par le dialogue politique respectueux des Institutions.

Conclusion

Macky ne peut pas aller droit aux négociations car le chemin qui y mène, tourne tantôt à Banjul, tantôt à Bissau qui, comme des dunes de sable, tournent au gré de vent.

La Gambie rêve de desserrer « l’étau sénégalais » sur le Sud. Elle ne parle que d’encerclement. Depuis l’expérience malheureuse de la confédération sénégalaise, Banjul voit partout l’hégémonie du Sénégal.

Et par comble, la découverte d’un gisement de pétrole lourd au large de la Casamance dans notre zone économique, a donné l’appé !@#$%^&* territorial à Bissau qui remet en cause le tracé de la frontière maritime qu’il ne s’interdirait pas à pousser jusqu’à Ziguinchor cédé par le colon portugais aux Français en 1886. Bien sûr, la cour Internationale de la Haye dans son arbitrage a donné raison à notre pays, mais comme le reconnaissait Napoléon, la Géographie a toujours raison. Ces deux petits Etats ne pleureraient pas sur la dépouille de la Casamance.

Alors, les groupes terroristes qui se constituent, tuent et détruisent pour installer la terreur, créer la tension, frapper les esprits. La forêt est leur horizon, la Gambie leur zone de repli. Ce qui compte c’est l’effet qu’ils produisent sur l’opinion publique. Ils promettent l’indépendance, mais n’apportent que la désolation. Dans les rizières casamançaises ne résonnent plus les champs des femmes au travail.

Dans les villages non abandonnés, les familles se barricadent dés le soir de peur d’être écumées par des bandes armées formées dans la seule haine des autres.

Nulle bonne parole, nulle intention généreuse ne peut les faire fléchir. Il ya un temps pour la guerre, et un temps pour la négociation.
L’heure est de donner à notre armée sa liberté d’action comme au temps du général Mamadou Dieng.
Il faut à nos soldats un armement offensif et du matériel électronique de défense.

Et pour chaque soldat tué, s’autoriser un droit de poursuite jusqu’à l’intérieur de chez Jammeh si nécessaire, pour débusquer les terroristes.
Quand la vie d’une nation est menacée dans son intégrité territoriale, faire les yeux doux, éveiller les sentiments nobles, est toujours perçu par l’ennemi comme signe de faiblesse Machiavel disait que la politique n’est pas affaire de conduite morale, mais de rapport de forces.

Le moment est venu de nous faire respecter de nos voisins, si nous ne voulons pas être emportés par le tourbillon des agressions par rebelles interposés.

Celui en qui, le Fouta voit l’héritier lointain des guerriers Selbés et en qui le Sine prétend avoir inculqué la vertu de la retenue, pourra-t-il concilier les deux valeurs sans que l’une prenne le dessus sur l’autre ?

Toute la question est là. La politique du spectacle est dépassée. Elle ne tient pas la route.



Email : m.ndiaye33@yahoo.fr








































1.Posté par AFRICAIN le 20/07/2012 23:51 | Alerter
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Restez à dakar et pensez que vous connaissez suffisamment la Casamance et le dossier casamançais. Vraiment trop prétentieux ces gens là comme Alioune Fall. On les entend tout le temps dans la presse entrain de raconter des balivernes. Vos analyses mensongères qui mettent en péril, nos réalités sociologiques avec nos peuples frères gambien, malien, bissao guinéen, guinéen de Conakry...Je vous rappelle que ces réalités sont plus importantes, que vos théories machiavelliennes que vous développez. Vous êtes tellement prétentieux, que croyez, que seuls vous, êtes capables de parler du bien et de faire du bien. Et tout le reste, nada. Sinon le mal. Je ne suis pas convaincu, que vous aimez le Sénégal ou l'Afrique autant que le président Yaya Jammay. Vous êtes champion quand il s'agit de salir l'honneur des gens. Yaya Jammah n'a t-il pas dit ici, qu'il ne ferait jamais rien qui puisse entraver le processus de paix en Casamance? Où bien nous pensons que, nous sommes les seuls croyants capables de dire vrai ; et les autres leurs propos c'est tjours des bla bla? En réfléchissant de la sorte, vous n'aidez pas Cheikh Anta Diop, Nkrumah, Thomas Sankara...Mettez vous dans les rang et arrêtez de saper notre élan. Car nous sommes des panafricanistes. Vos théories graves et dangereuses, ne font qu'en fait, nous clouer au sol. Je suis très loin d'être naîf. Mais dites moi M. Ndiaye, pouvez vous témoigner vos accusations devant Dieu, demain?

2.Posté par Baye Laye Diallo le 22/07/2012 18:16 | Alerter
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Négocier avec qui? Ilm ne revient pas à l'Etat du Sénégal d'organiser des assises inter MFDC, lorsqu'on s'estime assez grands pour réclamer son indépendance ont doit aussi être responsables et être capables de régler tout seuls les problèmes internes au MFDC. En réalité les MFDC ne représentent plus grand chose, sinon des coupeurs de route, utilisés de teps à autre par nos voisins pour régler leurs problèmes avec le Sénégal. Où sont les territoires libérés de la Casamance après trente ans de lutte? Quant à l'option du tout militaire, il faut en mesurer les conséquences: une guerre avec nos voisins. c'est le scénario rêvé pour les MFDC parce que sur le terrain le rapport de forces a toujours été favorable à l'Armée du Sénégal. Les MFDC sont historiquement dépassés, il s'agit d'une guérilla de survie.

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