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Scandale: Le parking du Stade Léopold Sédar Senghor vendu aux promoteurs immobiliers

Les scandales fonciers se suivent et se ressemblent. Et ce n’est pas un changement de régime qui arrêtera les loups aux dents langues qui font florès dans le secteur immobilier. Le Populaire puis le Quotidien révèlent que le Parking du stade Léopold Sédar Senghor est au cœur d’un litige entre un promoteur immobilier et des responsables d’auto-école.


Rédigé par leral.net le Mardi 15 Septembre 2015 à 14:32 | | 4 commentaire(s)|

Scandale: Le parking du Stade Léopold Sédar Senghor vendu aux promoteurs immobiliers
Ces derniers ne voient pas clair dans la cession de ce site qu’ils occupent depuis des décennies pour les besoins des examens de leurs élèves et qui aurait été vendu à un promoteur immobilier. Qui, à les en croire, a remis aux mécaniciens qui étaient sur les lieux une enveloppe de 40 millions pour qu’ils décampent.

Pour leur part, ils se disent incorruptibles et entendent tenir la dragée haute pour empêcher au promoteur immobilier de faire main basse sur ce qu’ils ont compris, faire partie de « la réserve foncière du stade Léopold Sédar Senghor ».

Leur protagoniste en ce qui le concerne privilégie l’action à la parole. A preuve, les travaux en cours pour clôturer l’espace litigieux. Les enjeux financiers ne sont pas négligeables, indique Le Quotidien. Le journal de Madiambal Diagne tient d’une « source au fait du dossier » qu’avec ses 54 parcelles, le promoteur a toutes les chances de se frotter les mains. Compte tenu du bon emplacement du site, il peut facilement se faire une bonne santé financière en vendant chaque parcelle à 30 millions au minimum. En multipliant 54 fois 30, on obtient 1,6 milliard FCFA. C’est vrai que le jeu en vaut la chandelle.


Abdou khadr Cissé Buzz.sn

LE SCANDALE EN CHIFFRES


Le pillage organisé sous l’ère Abdoulaye Wade ne semble pas avoir freiné leur ardeur. Des promoteurs immobiliers s’activent encore pour s’accaparer d’une autre partie de la réserve foncière du stade Léopold Senghor. Un terrain très convoité car composé de 54 parcelles. Et pour y arriver, près de 40 millions Cfa ont été mobilisés pour faire déguerpir les principaux occupants : les mécaniciens et les moniteurs d’auto-école.

Le stade Léopold Senghor étouffe. N’ayant presque pas d’issue de secours, l’infrastructure sportive, inaugurée en 1986 et construite grâce à la coopération chinoise, n’a que peu d’espace qui s’offre à elle. Pour autant cela ne fait pas reculer les promoteurs qui cherchent à avoir une emprise sur la dernière réserve foncière du parking.

Déjà agressé du temps du régime de Abdoulaye Wade, le parking du stade Léopold Senghor continue donc d’être la proie des promoteurs immobiliers, comme révélé hier par le Populaire.

Un site de 54 parcelles fait aiguiser les appétits

Mais ces promoteurs affamés après avoir convaincu... financièrement les mécaniciens à vider les lieux, doivent faire face à un autre front, celui des responsables d’auto-école. Ces derniers tiennent à conserver l’espace où se déroulent les examens pour se faire délivrer un permis de conduire. Et ce n’est pas la manne financière annoncée qui va les faire reculer.

A notre passage sur les lieux samedi matin, il y avait de la tension dans l’air lorsqu’un entrepreneur (un certain M. Thiam) était venu pour tenter d’ériger un mur de clôture sur le site sur instruction dudit promoteur. Les moniteurs des auto-écoles s’y sont opposés déployant des gorges chaudes avec l’entrepreneur.

Tentant de se dédouaner, ce dernier de déclarer : «Je n’y suis pour rien. On m’a demandé de boucler le 4e mur. Vous avez affaire avec le promoteur mais pas avec moi. Je ne suis qu’un simple exécutant», s’est défendu le promoteur. Avant de s’engouffrer dans sa voiture pour quitter le parking.

40 millions Cfa pour convaincre les déguerpis

Des explications qui n’ont guère convaincu ces moniteurs d’auto-école qui tiennent à rester sur les lieux. «Si c’est pour l’intérêt public, on est prêts à faire des concessions. Mais si c’est pour entretenir un privé, nous ne sommes pas prêts à céder», a indiqué Alioune Badara Daffé, un des moniteurs. «Ça fait une semaine qu’un promoteur s’est pointé pour dire que ce site lui appartient. Tout le monde doit déguerpir. Qu’il ne compte pas sur nous pour nous déguerpir sur son injonction. Il a amené des nervis. Et ils ont commencé à déplacer les pneus qui constituent les créneaux pour le passage du permis de conduire. On dit non !», a-t-il pesté.

Avant de faire des révélations : «Si le site en question lui appartient, pourquoi le promoteur s’entête-t-il à dédommager les mécaniciens à hauteur de 40 millions Cfa pour les faire quitter ?», s’interroge M. Daffé. «Si le site m’appartient, je n’ai pas besoin de dédommager qui que ce soit. Je viens et je prends mon site. Donc cela prouve que les choses ne sont pas claires», ajoute t-il.

Ne disposant d’aucune information concernant le ou les promoteurs, qui semblent évoluer dans l’ombre, Alioune Badara Daffé de souligner que lorsqu’ils aménageaient là-bas on leur avait fait comprendre que le site fait partie de la réserve foncière du stade. «Alors si cette réserve foncière doit être octroyée à une seule personne, ça pose un réel problème. 120 auto-écoles font passer les permis de conduire à leurs clients ici», s’offusque le responsable de la structure regroupant les moniteurs d’auto-école.

«Nous ne sommes pas des vat-en-guerre ni des jusqu’au-boutistes. Mais on ne va pas se laisser marcher sur les pieds», prévient-il. «Ça fait des décennies qu’on est là. On n’a jamais eu de problèmes. On a fait une cohabitation paisible avec les mécaniciens jusqu’à qu’on les déguerpisse en les dédommageant avec une enveloppe de 40 millions. Nous sommes des agents de l’Etat par transversalité. C’est l’Etat qui doit délivrer le permis aux Sénégalais. On demande un peu de respect quand même», a-t-il conclu.

Une seule parcelle évaluée au moins à 30 millions Cfa

Hier, nous avons fait une nouvelle descente sur les lieux. Le même entrepreneur continuait à ériger le mur de clôture sous les yeux des moniteurs d’auto-école. Ces derniers ont donné rendez-vous ce mardi matin, aux candidats pour l’examen du permis de conduire. «Ils seront près de 800 personnes. On va voir si on va leur interdire l’accès. En tout cas, on est déterminés», a lâché notre interlocuteur.

Il faut dire que l’enjeu financier est réel concernant ce site. En effet, selon diverses sources, avec ces 54 parcelles, le promoteur va se frotter les mains. «Le site est très bien situé. Du coup, une parcelle dans cette partie de Dakar ne coûte pas moins de 30 millions Cfa. Et amusez-vous à multiplier 30 millions par 54... », lance un de nos interlocuteurs bien au fait du dossier. Des chiffres qui donnent le tournis. Reste à savoir si l’Etat va laisser faire...



MOR DIAGNE, MONITEUR AUTO-ÉCOLE

«L’Etat doit réagir !»


«Je suis prêt à être enterré dans ce site. Mais nous n’allons pas être déguerpis d’ici», a confié Mor Diagne, moniteur auto-école et responsable politique du Rp de Mamoune Niasse à Ngaye Mékhé. C’est sur son cadavre qu’il faudra passer, souligne-t-il, pour faire sortir de terre ces 54 logements.

«On cherche à nous ôter notre pain de notre bouche. On ne se laissera pas faire. L’Etat dispose de 22 400 francs sur chaque candidat qui passe le permis. L’Etat ne doit laisser faire, il doit réagir», souligne Mor Diagne, qui est par ailleurs ancien sapeur-pompier.

Donc assez outillé pour parler de prévention. «Après avoir servi comme sapeur-pompier pendant 20 ans, personne n’est plus outillé que moi pour parler de prévention. Le stade Senghor ne dispose plus d’issue de secours. En cas de pépin, je vous préviens qu’il y aura beaucoup de morts. Parce qu’il n’y a pas assez d’issues de secours autour du stade Senghor. Tout est quasiment obstrué avec la cité Mixta et celle des Damels qui ferment toutes les issues», avertit-il.

«Qui vend le parking est capable demain d’en faire autant avec la pelouse de Senghor», ironise notre interlocuteur. Qui demande à la Fédération sénégalaise de football de sensibiliser l’Etat sur le danger que représente le fait que le stade soit quasiment ceinturé par des habitations. Et Mor Diagne de demander «aux autorités de réagir avant qu’il ne soit trop tard».



IBRAHIMA NDAO, DIRECTEUR DE CABINET DU MINISTRE DES SPORTS

«Nous allons saisir les Impôts et domaines»


Joint par Le Quotidien pour avoir sa réaction, Ibrahima Ndao, le Directeur de cabinet du ministre des Sports, de préciser d’abord qu’il faut requalifier l’acte. «Le mot vendu n’est pas tout à fait approprié. Selon toute vraisemblance, il s’agit d’une aliénation d’une partie de la réserve foncière du stade. C’est une question qui nous préoccupe», a-t-il déclaré ce dimanche, en marge de la rencontre amicale internationale entre les Locaux et la Mauritanie (0-0) qui s’est jouée ce dimanche au stade Senghor.

A la question de savoir ce que comptent faire les autorités pour régler ce problème, Ibrahima Ndao de soutenir que les services compétents seront saisis de la question. «Nous allons saisir les Impôts et domaines. Pour voir cette situation de très près. Nous allons nous informer d’abord et voir s’il y a possibilité de trouver une solution afin que cette partie reste dans l’assiette foncière du stade. Parce que l’assiette du stade fait partie de la zone d’aération du stade. C’est une question que nous suivons de très prés. Nous essayerons de glaner toutes les informations. Et nous aviserons à temps opportun», a tenté de rassurer M. Ndao.



COMMENTAIRE

Où est le ministère des Sports ? Où est l’Etat ?

Décidemment, il y a lieu de se demander : on est dans quel pays ? Est-ce qu’il y a une autorité dans ce pays ? En fait, voilà un pays où on laisse chacun faire ce qu’il veut, même si ce n’est pas dans l’intérêt national.

Ce qui se passe depuis quelques jours sur le parking du stade Léopold Senghor, c’est un vrai scandale ! En effet, comment comprendre qu’au moment où le Sénégal est incapable d’avoir une salle de basket aux normes internationales que des privés se permettent de construire sur le parking d’un stade. Un espace où tout le monde est d’accord qu’une nouvelle salle de basket peut y être construite.

Mais ce qui est incompréhensible, c’est la manière dont la première autorité concernée, le ministère des Sports, gère ce dossier. Contacté par Le Quotidien, le Directeur de cabinet du ministre des Sports, Ibrahima Ndao, avait essayé de se défausser sur l’adjoint de la directrice du stade (en voyage aux Jeux Africains).

Avant de se résigner à communiquer. Mais dans ses propos (voir par ailleurs), on devine que la tutelle, bien qu’étant au courant, n’a jusqu’à présent posé aucun acte concret. Comme par exemple demander l’arrêt des travaux. Pendant ce temps, le promoteur continue de dérouler à sa guise, son plan d’agression du site, au vu et au su de tout le monde.

Le Quotidien et Le Populaire






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