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Sénégal, de la souveraineté à la soumission alimentaires

Rédigé le Samedi 22 Décembre 2012 à 00:27 | | 0 commentaire(s)

Plus prosaïquement, on peut intituler ce texte « la politique de la main tendue ». Notre fierté prend un sacré coup quand on voit que le régime de Macky Sall n’a d’autres solutions que d’instaurer les bons alimentaires en programme étatique, en collaboration avec le Programme Alimentaire Mondial (PAM).



Que des bénévoles du genre « Resto du Cœur » ou « Marmites du Cœur », conscients des difficultés de certaines couches de la population, distribuent des repas dans certains quartiers. Soit. Aucune gêne n’existe si nous savons tous que l’Etat ne peut pas tout faire. S’il y a des pauvres en France, aux USA et ailleurs, pourquoi pas au Sénégal. Donc le problème ne se situe pas à ce niveau. Il se loge dans le fait qu’un Etat, chargé de veiller à l’indépendance (dans le sens large du terme) de notre pays, institue l’aumône comme politique nationale pour nourrir les populations.
Comme souligné tantôt, l’aide (dans le sens large du terme aussi), encore plus celle alimentaire, ne peut être une fin en soi.
Le Sénégal avait emprunté une voie, celle de la souveraineté dans les domaines clés qui font la force d’une nation. La souveraineté alimentaire, en termes triviaux, manger ce que nous produisons, était devenue le refrain du régime du Président Abdoulaye Wade. Avec cette nouvelle mais prévisible orientation, la devise « On nous tue, mais on ne nous déshonore pas », empruntée à notre vaillante armée, défendue pendant des siècles par d’irrédentistes et d’irréductibles guerriers, caractérisant notre Jom (honneur) et notre Fit (courage), en prend un sacré coup.
Pour qui connaît la politique du PAM, essentiellement tournée vers l’aide alimentaire à vie sans qu’aucune solution à court terme ne soit proposée pour l’éradication définitive de la pauvreté dans les pays où il intervient, a de quoi s’inquiéter de la tournure des événements. Une nouvelle facette du « Yoonu Yokute » voit donc le jour. Le développement dans le déshonneur. Ceux qui arboraient fièrement le drapeau du Sénégal vont devoir le mettre en berne sinon temporairement du moins à vie. Nous avons baissé les bras dans notre volonté de recouvrer notre dignité nationale voire continentale après des années, que dis-je, des siècles de résistance et de victoire face à la politique d’asservissement et d’humiliation de notre peuple entreprise par les négriers et les colons.
Partout où passe le PAM, l’indépendance alimentaire trépasse. Car quoi de plus dangereux pour un pays que de recevoir, sous forme de don, des sacs de riz, des sachets de lait, des poignées de sucre en poudre … importés pour l’essentiel ? Comme le dit l’adage Wolof « Ku ëmb sa sunkuf, ëmb sa kersa », qui donne en français, « Ne mords pas la main qui te nourrit », nous ne pouvons plus contradictoirement dire ce que nous pensons si le PAM et ses partenaires (les pays développés) émettent sur une autre longueur d’onde. Dans le cas contraire, il nous coupe les vivres. Nous sommes à la merci d’un simple représentant régional d’une organisation quelconque qui coiffe notre chef d’Etat. Qu’en est-il des Directeurs Généraux de la Banque mondiale et du FMI plus gradés ?
Abdoulaye Wade gênait beaucoup ce genre d’organisations. Il avait réussi à mettre un terme à la généralisation de l’intervention des institutions de Bretton Wood et des ONG qui déterminaient l’orientation des politiques des pays africains. C’est ce qui soulevait l’ire des salariés sénégalais desdites organisations.
Que des interventions sporadiques se fassent dans des zones reculées, enclavées, pauvres, cela va s’en dire. Mais que dans les villes, notamment à Dakar, nous en soyons réduits à la seule alternative de faire la queue pour manger, montre les limites de la politique de Macky Sall. Adieu les produits frais de la GOANA vendus à des prix défiant toute offre à Liberté V !
Pour se convaincre du danger des institutions comme le PAM, il suffit d’apprécier leurs interventions dans les pays pauvres. Qu’on me donne un seul pays où le PAM s’est installé et intervient pendant ces cinquante dernières années et qui soit sorti de la misère ? La RDC (Goma, Kivu), le Soudan (Darfour), Erythrée, ou ailleurs dans le monde.
Après le Mali où les réfugiés (mot très prisé par le PAM) commencent à affluer vers les pays limitrophes permettant à cette organisation spécialisée dans l’assistanat d’étaler ses tentacules dans la sous région, le tour est arrivé pour le Sénégal.
Dans ce pays encore épargné par les turbulences, l’objectif final visé est de tuer dans l’œuf tout l’engagement de nos agriculteurs qui s’orientaient résolument vers l’autosuffisance et, de plus en plus dans un futur qui n’était plus lointain, vers la souveraineté alimentaires. Ce qui éloignait toute possibilité de nous réduire à la dépendance.
En mettant en place le programme des bons alimentaires, devenu gouvernemental au passage (quelle honte !), le peuple sénégalais sert donc de moyen d’absorption des surplus des producteurs des pays développés. Après le « fëgg jaay », les voitures « venant », voici les bons alimentaires. Nos industries textiles ont été asphyxiées par « les puces » (habits de seconde main) et, depuis longtemps, aucune perspective ne s’offre à elles et ne se présentera à elles tant que nous porterons les habits d’autrui usagés. En autorisant l’importation des voitures de huit ans d’âge, c’est l’industrie automobile naissante qui va trinquer. Pour s’en convaincre, voyez la promotion des voitures montées au Sénégal ! Ses prix vont baisser progressivement et à un certain stade, elle fermera ne pouvant plus soutenir la concurrence. En substituant l’offrande au travail à la sueur de notre front, c’est l’agriculture, le moteur du développement qui est en ligne de mire. Comme quoi, il n’y a pas de hasard, tout est planifié.
Notre avenir, en tant que nation indépendante et « pays en voie d’émergence » (A. Wade) s’en trouve forcément compromis. Il s’agit tout simplement d’un retour par la fenêtre des Accords de Partenariat Economique (A.P.E.) que nous avions réussi à chasser par la porte. Le Sénégal, pays leader dans ce combat, avec à sa tête un homme conscient des enjeux planétaires, était la bête à abattre. Mort définitive ou repli stratégique ?
En parcourant le lexique des organisations comme le PAM, on ne peut qu’être choqué par l’emploi répétitif des mots : conflits, assistance, aide, famine, action humanitaire, alimentation, nourriture, distribution, ration alimentaire. On dirait qu’elles traitent du bétail. Vous mangerez à votre faim grâce à l’aide alimentaire fournie par le PAM. C’est l’idéologie Programme Alimentaire Mondiale. Les conflits sont leur fonds de commerce. Elles les suscitent, provoquent et entretiennent, lesquels désagrègent le tissu économique et provoquent la famine. Ensuite, c’est la distribution aux populations affectées des rations alimentaires. Ce qui limite la vie des personnes au manger (mise en bouche, masticage, avalement, rot et la suite) : une existence de bête de somme éternellement assistée.
Partout où elles passent, les organisations identiques au PAM mobilisent des fonds et mettent en œuvre leur idéologie avec ou sans le consentement des pays concernés. En général c’est plutôt avec le consentement des dirigeants des pays où elles interviennent car elles auront réussi à faire plier la résistance.
Au Sénégal, nous n’en sommes pas encore au largage des vivres, le processus démarre doucement puis s’accélère. Les bons d‘achat vont se généraliser et se transformer en réflexe. L’assistanat devient la règle, le travail productif l’exception. En instituant la politique de la main tendue, nous perdons définitivement notre dignité.
Qu’il me soit permis de dire que je n’ai rien contre l’aide alimentaire de secours à une politique qui tend à mettre fin à la vie d’assisté.
Sahnoun Ndiaye




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