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Serigne Modou Bousso Dieng, Pdt du Cercle des intellectuels soufis du Sénégal

- «Wade veut organiser la bataille de sa succession à l’intérieur du Pds»

- «Macky Sall doit des comptes sur les fonds taïwanais»

Il est connu pour ses positions tranchées, parfois dures à avaler par les hommes politiques et religieux. Serigne Modou Bousso Dieng dresse déjà le bilan d’une année d’exercice du nouveau Khalife général des Mourides, Serigne Bara Mbacké à travers les réformes et les chantiers de Touba. Dans cet entretien, le président du Cercle des intellectuels Soufi du Sénégal met, également, un pied dans la marre politique polluée ces derniers jours par Wade et ses «fils». Par conviction, le petit-fils de Bamba attribue un rôle à tous les tenants du régime libéral, dans le feuilleton «Macky, le blanchisseur»


Rédigé par leral.net le Mercredi 4 Février 2009 à 11:33 | | 0 commentaire(s)|

Serigne Modou Bousso Dieng, Pdt du Cercle des intellectuels soufis du Sénégal
LES INNOVATIONS DE SERIGNE BARA
«En l’espace d’un an, le Khalife général des Mourides a réussi dans beaucoup de domaines. Il a, d’abord, mis fin au repli que les talibés mourides manifestaient à l’égard des autres confréries par rapport à beaucoup de choses. C’est pourquoi, depuis son avènement, la lancinante question du Croissant lunaire à l’approche des fêtes musulmanes est quasiment résolue. Il est en contact direct avec les autres familles religieuses. Il s’informe directement auprès de Serigne Abdoul Aziz Sy Junior, par exemple. Ensuite, il impose à tous ses visiteurs de se rendre chez son petit-frère Serigne Mor Maty Lèye. On peut dire, par là, qu’il est soucieux de l’héritage du Khalifat mouride. Contrairement à Serigne Saliou Mbacké, il a entrepris beaucoup de travaux sur fonds propres, sans appeler solennellement à une contribution volontaire de façon incitative. Il a investi sur le pavement de l’esplanade de la mosquée de Touba plus de 900 millions et la réfection de trois artères de la ville sainte. C’est un grand bâtisseur. Il ne possède pas un grand champ comme Xelcom où il peut appeler les talibés à travailler. Il a mis en place un comité qui regroupe des techniciens et les autres familles qui ne sont pas des descendants directs de Khadim Rassoul.
Mais, son exercice œcuménique du pouvoir n’en est pas moins émaillé de tares. Un réel problème de transparence se pose dans l’attribution et l’exécution des marchés. D’habitude, le Khalife choisit lui-même l’entrepreneur. Je pense que les experts qui siègent dans le comité qu’il a quand même instauré pour des raisons de bonne gouvernance doivent l’aider à lancer des appels d’offres publics pour que l’exécution soit soumise à un contrôle strict d’une commission qui, en dernier lieu, apprécie la qualité des travaux. Il manque encore une structure chargée, exclusivement, des travaux à Touba. Beaucoup de rumeurs circulent à propos du chantier du pavement de la mosquée. Mais, pour éradiquer à jamais le mal, je propose qu’on mette sur pied une entreprise de Serigne Touba qui aura pour mission de centraliser les investissements et d’effectuer tous les travaux. La communauté mouride a une forte potentialité financière. Je peux même dire, il lui est plus facile de mobiliser des fonds que l’Etat. Nous avons un capital de main-d’œuvre incommensurable, sans oublier les innombrables bonnes volontés près à soutenir l’œuvre de Serigne Touba. On recrute des ingénieurs capables de conduire les projets. La création de cette entreprise est urgente. Il faut rendre public les marchés.»

WADE ET TOUBA
«Les chantiers légués par son prédécesseur (le défunt Serigne Saliou Mbacké : Ndlr) dont Wade est le maître sont encore dans un état embryonnaire bien que certains dénotent une progression. Les travaux traînent. Pour des considérations électorales, le président s’était engagé à les réaliser en augmentant le montant arrêté par le défunt Khalife. C’est uniquement pour bénéficier du vote mouride. C’est tout ! Une fois son objectif atteint, il est entre le marteau et l’enclume ou le fait d’honorer ses engagements et les impératifs républicains. Mais est-ce que les habitants de Touba s’acquittent de leurs devoirs citoyens ? Moins de 10% paient l’impôt. Et si Wade y réalise des infrastructures, il devra faire de même à Tivaoune, Ndiassane, à Popenguine, etc. Nous savons que l’Etat est actuellement dans une situation d’insolvabilité. Il ne peut pas tenir ses promesses, sinon il suscitera des rivalités confrériques. Il y a bel et bien une crise des chantiers. Aussi, s’il laisse le Khalife tout réaliser, le problème de l’autorité de l’Etat va se poser.
Heureusement que je viens d’apprendre que Serigne Bara a décidé de confier la présidence du Conseil rural à un apolitique pour les élections locales. Contrairement à son prédécesseur Serigne Saliou qui validait une liste unique composée de militants du Parti démocratique sénégalais (Pds). N’empêche que le hic demeure, car tous les autres conseillers qu’il aura à choisir seront des libéraux. Cela pose problème. Pourquoi, les autres formations politiques ne seront pas représentées ? N’oubliez pas que Touba regorge de 20% de la population électorale. Or, il n’existera que la liste des libéraux ; c’est ce que j’appelle un détournement de votes, parce que les militants des autres partis ne sont pas représentés. J’espère qu’il poursuivra les réformes pour améliorer la situation démocratique de Touba. On peut dire que Serigne (Bara) s’est affranchi de Wade. Il n’y aura pas de Ndiguël. L’activité politique est interdite dans la ville sainte. Par contre, à Darou Mouhty, le Khalife local a réconcilié Modou Diagne Fada et Thierno Lô.
J’ai entendu dire que Serigne Bara a donné un Ndiguël (consigne) pour un vote mouride massif en faveur de Moustapha Sourang à Thiès. Cela m’étonne ! C’est une incohérence dans sa démarche.»

LE FEUILLETON MACKY SALL
«En tant que Soufi, toute action tendant à faire valoir les valeurs démocratiques et de bonne gouvernance, à redonner un contenu respectable aux principes républicains, à régénérer les repères axiologiques, nous engagent. Parce que tout religieux est tenu d’œuvrer à restaurer l’éthique, à anéantir la pègre, la corruption et l’injustice. Mais Macky (l’ancien président de l’Assemblée nationale, actuel leader de l’Apr/Yaakaar : Ndlr) nous doit des comptes. Quand le scandale financier dit des fonds taïwanais a éclaté, Macky était le metteur en scène du show en brandissant de grosses enveloppes à l’écran pour montrer aux Sénégalais que l’argent a été bien distribué dans le programme du gouvernement. Et donc, il doit nous éclairer en nous indiquant où et comment cet argent a été effectivement investi.
Pour revenir aux accusations de blanchiment d’argent. Je dis que le phénomène est réel dans le pays. Je suis convaincu que tout le régime libéral est trempé dans le blanchiment d’argent. En ce qui concerne les accusations de blanchiment d’argent portées contre Macky Sall, j’ai un avis différent de celui des Sénégalais. Je dirai même que mes compatriotes ont la mémoire très courte, voire une cécité intellectuelle. Il ne faut pas qu’on tombe dans le piège de Wade. Tout le monde sait que le blanchiment d’argent est la moindre accusation qu’on peut porter sur le régime libéral. Tout le monde s’étonne de ses nouveaux riches. Et par conséquent, les gens doutent des origines de leurs fortunes. Au lieu d’accuser Macky Sall, on devrait essayer d’élucider les cas de tous les acteurs impliqués dans cette affaire. Parce que ma conviction est que tout le régime libéral est trempé dans le blanchiment d’argent. Pas seulement des responsables du Pds, mais également des alliées ! Il faut qu’on remonte la chaîne de responsabilités. Ce n’est pas une accusation, mais le constat est qu’ils sont tous riches et de manière vulgaire d’ailleurs. Macky est riche comme tout le monde. Ses souteneurs le sont aussi. Mais le blanchiment d’argent est un terme qui en dit long. Il faut que les Sénégalais cessent d’être hypocrites. On doit tirer cette affaire au clair. Il faut faire très attention. Wade veut mettre en orbite ses probables successeurs. Il règle sa succession juridiquement et politiquement. Si vous analysez bien les actes posés par le président de la République en direction de Idrissa Seck et de Macky Sall, c’est une stratégie bien réfléchie pour pérenniser le règne des libéraux à la tête du pays en reléguant dans le débat politique l’opposition classique. Il fait ombrage à Ousmane Tanor Dieng. Il veut que toute la bataille de sa succession se fasse à l’intérieur de son parti. L’objectif est d’assurer ses arrières afin que personne ne puisse le poursuivre en justice pour toutes les dérives commises par son régime. Modou Diagne Fada en est l’exemple patent. Il n’a pas été retenu comme candidat lors des législatives. Il s’est révolté en créant sa propre liste. Après son élection au Parlement, il a regagné le Parti démocratique sénégalais. Le simulacre de persécution contre Idy avait permis à ce dernier de sortir deuxième à l’issu des élections présidentielles.»

WADE- IDY : LA MORT
DE LA VERTU
«Les retrouvailles entre Me Abdoulaye Wade et Idrissa Seck n’est que le dernier signe du dévergondage des hommes politiques sénégalais qui souffrent de la même maladie qui atteint le militant sénégalais. Je fais allusion à la cupidité, à l’égoïsme et à la fainéantise. Donc, cette déchéance morale a fait que le militantisme est devenu plus alimentaire dans le jeu politique actuel. Il est mis sous perfusion par les politiciens. Toute action qu’un militant mène répond au souci du gain personnel. Etant donné qu’il vit dans une société où les termes de références sont pervertis pour ne pas dire mercantilisés, la politique rime aujourd’hui avec gagne-pain. Qui parle de politique sous nos tropiques sans une forte assise financière, ne dit rien d’intéressant dans ce pays. La preuve est que tous les leaders qui drainent les foules roulent avec des milliards. Il faut distribuer des chèques pour gagner des élections. C’est ce que Wade fait. En vérité, les chefs religieux ont échoué dans l’éducation du citoyen. Ce n’est pas surprenant de voir des imams leur ravir la vedette. Les marabouts constituent une clientèle politique pour Wade. Ils vendent des voix. La preuve est que des Gamous (fête religieuse célébrant la naissance du prophète Mohamet : Ndlr) ont lieu tous les jours où Wade injecte des millions. Les chefs religieux ont failli à leur mission. Et les plus en vue sont les Cheikhs plus portés vers les spectacles qu’au travail pour une conscience citoyenne. Le mal est exacerbé par la Justice sénégalaise. Elle doit se regarder dans une glace. Elle continue d’essuyer des contre-performances, si bien qu’elle n’inspire plus confiance à ses justiciables. En tout cas, ses aveux répétitifs d’incompétence et la nouvelle refonte de la carte judiciaire au gré des inconvenances totalitaires ont énormément terni l’image de marque de notre Justice qui affiche désormais un décor peu amène dans lequel est venu se greffer ce que j’appelle le honteux protocole de Rebeuss qui met en évidence sa faiblesse et sa dépendance. Même si une justice totalement indépendante est quasiment impossible. Avant qu’on ne nous parle de retrouvailles, Wade doit nous éclairer sur le détournement dont il accusait l’ancien maire de Thiès. Encore que c’est lui que les Sénégalais ont élu. Malheureusement, du fait des coupes claires, des restrictions, des complots et des lois scélérates, la Justice sénégalaise est collaborationniste. Sous l’impulsion du favoritisme et d’un couperet de sanctions injustes, la liberté de la presse et la liberté d’expression d’une manière générale sont maintenant largement hypothéquées au Sénégal par les menaces de citations directes et des sommations interpellatives.







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