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Si le Président est Charlie, quid des Citoyens, du Gouvernement, de l’Assemblée nationale et de la Nation ?


Rédigé par leral.net le Mardi 13 Janvier 2015 à 20:40 | | 4 commentaire(s)|

Si le Président est Charlie, quid des Citoyens, du Gouvernement, de l’Assemblée nationale et de la Nation ?
1. Introduction

Si le Président est Charlie (en son for intérieur), il n’y a pas vraiment à redire. Car, après tout, la clause de conscience lui en donne le droit et la légitimité. Mais pour autant, n’est-il pas extravagant et saugrenu de le manifester publiquement, au risque de prendre à contrepied, et presque avec désinvolture, voire cruauté, les croyances profondes d’une République de croyants à presque cent pour cent ? Qui plus est si caricaturer Xadiim Rassóol, Seydi El Hadj Malick, Mgr Thiandoum ou Seydina Limamoulaye ou Mgr Théodore Adrien Sarr à la mode Hara Kiri – Hebdo est inadmissible à Dakar ou Banjul, Rabat ou Yaoundé et Libreville, ou Ndjamena est inadmissible, je ne vois guère pourquoi la chose serait tolérable, acceptable et licite à Paris, Copenhague ou Washington ou Bruxelles.

Soyons clairs ! Un Président s’appartient-il vraiment, qui demeure quelque part un symbole de toute une Nation dont il est la vitrine, en même temps qu’il reste la clé de voûte des institutions ? Du moins sommes-nous fondés à le croire, jusqu’à un certain point et jusqu’à nouvel ordre, par fonction et par sacerdoce.

Toutefois, en supposant que le Président Charlie soit fondé de s’engager, selon sa conscience et d’officier au nom de la République, jusqu’où cette participation remarquée à la Marche parisienne du 11 janvier 2015, pour la Défense des Droits à la Caricature du Sceau des Prophètes et la Protection des Libertés des Caricaturistes du Prophète Mahomet (PSL) a-t-elle été mûrement réfléchie, judicieusement instruite, dûment évaluée et rigoureusement jaugée, d’après les principes, le contexte et les antécédents, de même que les conséquences probables prévisibles au Sénégal même ou dans le monde au regard de la tradition sénégalaise en matière de lettres, de religion, de démocratie et de diplomatie ?

2. Président Charlie, Institutions… Charlot ?

Parlons net. La République n’est pas, jusqu’à présent tout au moins, une série d’états d’âme que l’on étale, ni des sujétions (personnelles) que l’on vante ou des obédiences (privées) que l’on revendique, mais une chose Collective Vitale qui, dans cette mesure exacte, ne devrait pas aller à Canossa, pour ces motifs-là précisément, dans ces circonstances-ci et à cette échelle ! Surtout lorsque nos priorités semblent se situer très paradoxalement ailleurs, indiscutablement.

Une Marche internationale aux côté de Benyamin Netanyahu d’Israël qui tue en permanence en Palestine occupée, aux côtés des tombeurs saccageurs de la Libye, de l’Irak, puis la Syrie à l’encontre de toute espèce de droit et de bon sens, ne serait-ce qu’au regard des situations navrantes de ces pays tantôt stables et prospères, mais aujourd’hui tragiques ! Du fait de l’égoïsme de ces mêmes impérialismes occidentaux récidivistes et goguenards qui osent nous faire encore la leçon en matière de Liberté et de Démocratie !

Et plus près de nous encore au Mali, qui n’a pas remarqué ces groupes armés qui occupent le Nord de ce pays frère avec le soutien actif des impérialismes qui convoitent nos richesses stratégiques ? Idem pour le Nigeria voisin, lorsque plus de deux cents lycéennes innocentes furent enlevées par des milices drapées du manteau de l’Islam, où donc étaient ces Cœurs Vaillants, Ames Vaillantes des Droits de l’Homme ?

3. Valeurs, Croyances et République

En République sénégalaise, et cela, depuis les pères fondateurs Senghor, Dia Mamadou, Lamine Guèye, Abdoulaye Ly et Cheikh Anta Diop, etc., les valeurs, les croyances et les mœurs sont indissolublement liées. L’économie et le matériel, le gain et le profit, le capital et l’intérêt, etc., sans l’Ethique sont les sources principales du déclin et de la division de toute nation intégrée. Tout attentat qualifié contre les valeurs basiques est pire qu’une agression économique, une catastrophe naturelle ou une guerre commerciale. En effet, afin que nul n’en ignore, notre Nation n’est pas seulement croyante, elle est pratiquante, ce qui est très différent.

C’est pourquoi cette Manif du Président Charlie à Paris aux côtés des tenants de ce Laïcisme athéiste, récurrent et invétéré des Loges et des groupes de pression de toutes sortes connus pour leur commune hostilité à la Foi en général, et à la Religion musulmane en particulier, fait effectivement désordre au pays de Ndiadiane et de Thierno Souleymane Baal.

Mieux, à l’analyse, il y a des raisons de penser que le Sénégal aura cautionné sans y avoir regardé à deux fois, une opération anti-abrahamique et antimusulmane et anti-islamique, qui est aux antipodes de nos valeurs et de nos croyances, comme de notre Tradition républicaine en ce domaine depuis les Indépendances. Sans compter notre rôle historique mondialement reconnu dans la lutte contre l’Apartheid et pour la Défense des Droits inaliénables du Peuple Palestinien, et ce, du fait de notre ancrage stratégique dans les valeurs islamiques, négro-africaines et chrétiennes qui nous ont permis jusqu’ici d’endiguer les extrémismes symétriques d’Occident et d’Orient, l’Intégrisme démocratique euro-américain de fondement judéo-chrétien et l’intégrisme monocratique d’inspiration islamique.

4. Quid du Gouvernement, de l’Assemblée Nationale et du CESE ?

Visiblement, le Président n’a pas raison. Mais, quid du Gouvernement, de l’Assemblée Nationale et /ou du CESE ? Telles sont les questions auxquelles il sera difficile d’échapper ou de se dérober, et auxquelles il faudra répondre un peu plus tôt ou un plus tard. Et ce, d’autant que pour le Sentiment des Citoyens, la République qui peut et doit rester Démocratique et égalitaire, indépendante et sociale, est interpellée par l’Opinion, et comme telle, tenue de se dissocier clairement, par des prises de position explicites sans calembours, des actes autocritiques sans naxanté et des mesures correctives sans tarder, de rétablir le cours normal des choses : La signature du Livre de condoléances de l’Ambassade de France à Dakar était largement suffisante, en lieu et place de cette participation improvisée qui crée plus de problèmes qu’elle n’en résout, ainsi que la suite des événements ne manquera pas de le montrer. Wait and see !

Partant, il serait cohérent et logique, prudent et approprié, de la part des organes essentiels de la République (Conseil des Ministres, Assemblée Nationale, CESE) et de l’Opinion intellectuelle et civile, que ces errements manifeste du Président Charlie soient redressés, le plus tôt sera le mieux, dont la violence symbolique équivaut à un affront délibéré aux croyances et aux valeurs collectives les plus profondes du Sénégal - toutes religions confondues.

Des Sénégalais qui, après s’être élevés solennellement contre le film de triste mémoire : « La dernière tentation du Christ », puis contre Salman Rushdie et ses « Versets sataniques », puis contre les « Caricatures danoises » contre le Prophète Mahomet (PSL), ne sauraient cautionner, ni de près ni de loin, les attaques en règle contre la religion musulmane et les symboles religieux islamiques ou chrétiens et abrahamiques de manière générale par des lobbies « Judéo-maçonniques et Sionistes », « Goor Jigéen / Homosexuels», etc. Sans oublier toutes ces « Associations pour le Mariage Gay » ainsi que les Ligues du « Mariage pour Tous », etc., dont l’Agenda ne souffre d’aucune équivoque, encore moins le Projet Social terrible : la Déchristianisation et la Dés-Islamisation de la planète avec toutes les conséquences en matière domestique et matrimoniale ou dans le domaine des relations morales et politiques aux fondements de notre civilisation négro-africaine.


5. Petro Charlie, Daaras TIM, Arcelor APE, Loi Cadre Enseignement Supérieur, Mariage Gay…

S’il se confirme que le Président est Charlie, à coup sûr, demain il signera les APE et promulguera la loi tant décriée sur les Daaras. Ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement la participation d’un Président Charlie à la Marche de Paris, mais le rapport que soutient cette Participation avec le Projet social qui se dessine en filigrane, un Projet de société dont la batterie de mesures qui assaillent le peuple et accablent les élites précise la trame. En l’occurrence les lois relatives à la Dépénalisation de l’homosexualité, les stratégies multiples d’accréditation du Mariage Gay, la Loi-cadre portant suppression de l’autonomie des Universités, de remise en cause de l’autonomie des Daaras et des établissements d’enseignement et d’éducation religieux, l’accaparement du foncier urbain et le partage de Bouki/l’hyène du domaine public maritime, etc.

Et pour cause ! En lieu et place d’une élucidation des questions pendantes : Arcelor Mittal et Petro Tim, par exemple, la Révolution des Comportements et des Mentalités, la Gouvernance vertueuse et sobre tant vantées se métamorphoses à vue d’œil en attitudes et pratiques du type Kumba am Ndey, Kumba Amul Ndey (Mise en otage de Karim Wade et Absolution des Transhumants…), Neddo ko bandum / Népotisme, Familialisme, en lieu et place des principes républicains de recrutement et de sélection des élites, etc.

En un mot, le Plan Yoonu Yokkuté dont on ne parle presque plus ainsi que le PSE qui avaient porté tant d’espoirs jusqu’ici, pourraient se révéler, en l’absence d’une clarification paisible des actes et des mesures, des options et des pratiques du Pouvoir, un nœud coulant autour du cou des Citoyens, qui pourraient être ainsi poussés à entreprendre, dans les délais les meilleurs, une Révolution Citoyenne salvatrice, sans attendre l’option d’une Troisième Alternance pacifique, qui se révèle de plus en plus compromise, au train où vont les choses, c’est-à-dire les Jalgati et les Maa Tey, dont la présence du Président à la Marche Charlie de la République de Paris demeure la …. Caricature ! Alors que le Nigéria et le Nord Mali, de même qu’Ebola sont-là tout prêts, dans l’indifférence quasi universelle des Grands et des moins Grands de ce monde.

Conclusion

Au total, entre la République démocratique prônée par la Seconde Alternance et la République Charlie qui bégaie et pointe le nez, il va falloir édifier les Citoyens. Cela va de soi, le Président est Charlie, manifestement et incontestablement. Aussi, la balle est-elle dans le camp des institutions et du Peuple, c’est-à-dire les Citoyens républicains et les Institutions, les autorités civiles et religieuses, la jeunesse et les syndicats, les partis démocratiques et les associations, les femmes et les jeunes, les immigrés ainsi que les travailleurs des villes et des campagnes. Nul ne sait pourquoi une Alternance si prometteuse multiplie à vive allure les impairs et manques sur les affaires litigieuses (Arcelor Mittal, Pétro Tim) comme sur les questions de simple bienséance (Loi-cadre de l’Enseignement Supérieur) comme sur les équations inattendues (« Président Charlie »). Et, sans doute l’avenir proche nous dira-t-il ce que les silences du présent dissimulent. Mais, en tout état de cause, si nonobstant les rappels à l’ordre du bon sens, de la Raison ou de la simple Citoyenneté active, militante ou discrète, le Virus Charlie devait prospérer, et avec ceci, les questions de société qui vont avec, de même que les méthodes autocratiques et dirigistes de Réforme, alors il ne faudrait pas s’étonner que l’élan, les méthodes et l’inspiration des Journées de Juin 2011 frappent de nouveau à la porte de la République, et empruntent de nouveau les chemins de l’Obélisque et/ou de la Place de l’Indépendance. Dixi et salvavi animam meam ! Magum waxoon naako moo gën Magum Xamoon Naako !


Pr. Malick Ndiaye, Sociologue, UCAD
Coordonnateur du Cercle des Intellectuels – CIIS
Fait à Dakar, le 13 janvier 2015.






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