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Signature des APE : au-delà du feu de paille d’une opposition populiste - Par Mamadou Ndione


Rédigé par leral.net le Mercredi 18 Mai 2016 à 15:57 | | 0 commentaire(s)|

Signature des APE : au-delà du feu de paille d’une opposition populiste - Par Mamadou Ndione
Dans sa contribution écrite sur les APE, Monsieur Idrissa Seck leader du parti Rewmi a fait un texte avec une forte référence sur l’histoire de l’Afrique et un gout de réchauffé sur des idées reprises par les organisations civiles en lutte contre les APE. Idrissa y a ajouté aussi son jeu favori d’attaques contre le Président Macky Sall. Le leader de Rewmi n’a hélas parlé dans son texte ni de la Côte d’Ivoire ni du Ghana alors qu’il est sensé savoir que dans l’espace CEDEAO, ces deux pays ont la particularité d’être actuellement dans des logiques concrètes d’ACCORDS INTERIMAIRES avec l’Union Européenne et envisagent même un plan B qui consisterait à aller éventuellement vers un Accord de Partenariat Economique UE/Ghana Côte d’Ivoire.

Il est clair que réduire les APE à une question strictement nationale découle d’une courte vue populiste. Il est tout aussi vrai que demander de « déchirer et réécrire » les APE (titre du texte d’Idrissa Seck) est une formule médiatique de recherche de buzz par un acteur politique en déphasage avec la réalité du pouvoir depuis douze ans. Il est important de noter que depuis 2004, Idrissa Seck n’est plus dans une station de pouvoir à caractère national.

Idrissa n’est pas sans ignorer que réunis à Accra le 10 juillet 2014, les chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO avaient dans un communiqué décidé d’engager rapidement le processus de signature de la version améliorée du compromis sur les APE obtenu lors du sommet de Dakar le 24 janvier 2014. En juillet 2014, Idrissa Seck « le nouveau révolutionnaire déchireur d’APE » n’avait certainement pas eu le temps de donner un avis par presse interposée sur le communiqué de la CEDEAO qui saluait le travail de leadership du Président Macky Sall. Il est trop facile de demander deux ans plus tard au gré des soubresauts politiques nationaux au Président Macky Sall de ne pas se conformer à la décision communautaire.

Il sait Idrissa que la CEDEAO n’a pas « bu » à l’aveuglette la première version des APE proposés par l’UE. Les experts de la CEDEAO ont négocié et trouvé un COMPROMIS sensé engager la communauté régionale. Par exemple, par apport à la première proposition de l’Union Européenne, il y a eu des acquis notamment sur l’offre d’accès à 75% alignée sur le Tarif extérieur commun (TEC) de la CEDEAO, l’adoption de règles d’origine plus favorables pour nos exportateurs et l’engagement de l’UE à soutenir le projet d’accords de partenariat pour le développement.

Aujourd’hui, il est qu’au lendemain de la défaite du Non au referendum, des membres de l’opposition ruent dans les brancards, dans une logique de prédation d’un combat civil pour prendre le flambeau de la lutte anti-APE avec un seul et éternel objectif : déstabiliser le Chef de l’Etat son Excellence le Président Macky Sal. Par humilité et respect pour les experts de la CEDEAO, Idrissa aurait pu être plus « normal » dans la critique en évitant de « déchirer et réécrire ». Apparemment, la norme et la prétention ne font pas bon ménage chez certains sauf à enfanter l’énormité boule de neige fondant comme beure au soleil.

S’il est légitime de comprendre les inquiétudes formulées par une certaine partie de la société civile, il n’est cependant pas juste de vouloir, dans un nihilisme érigé en règle contre les actes du Président Macky, lui faire un procès injuste ; lui qui a pris sa responsabilité en faisant preuve de leadership pour éviter que la CEDEAO ne se divise sur un sujet majeur et en allant vers UN COMPROMIS lors du sommet d’Accra de juillet 2014.

En vérité, sans ce compromis au niveau CEDEAO, les accords intérimaires de la Côte d’Ivoire et du Ghana risquent de faire voler en éclat les acquis de l’espace communautaire avec une sorte de cadre communautaire à deux vitesses vis-à-vis de l’Union Européenne. Certes, le travail de rapprochement des positions n’est pas complètement terminé. Il faut continuer à discuter avec le Nigeria et la Gambie pour aller vers un cadre unifié. C’est ce consensus d’un engagement communautaire tel que décidé en juillet 2014 que demande le Chef de l’Etat du Sénégal qui contrairement à ce que certains veulent faire croire, n’est pas dans une attitude solitaire mais communautaire lui le Président en exercice de la CEDEAO.

Un refus de s’accorder sur les termes d’un accord engageant la CEDEAO sonnerait le glas de notre fragile organisation régionale avec le risque de dislocation à terme des acquis y compris le TEC (Tarif Extérieur Commun) CEDEAO, la non garantie d’un accès uniforme avec les mêmes droits de douane au marché européenne. Comment comprendre qu’un espace sous TEC puisse avoir des accords différenciés avec l’extérieur ? On ne choisit pas quelque chose et son contraire. Je ne crois pas que la société civile anti APE soit dans une posture de mise en péril des acquis communautaires. S’il faut percevoir le combat de la société civile comme une alerte et une veille légitimes sur des exigences à prendre en compte, elle ne doit cependant pas verser pas dans l’insulte, l’invective et le procès d’intention. Nul n’a le monopole du patriotisme ! Il est vrai que certains discours d’une partie de cette société civile anti APE risquent le glissement politique politicien surtout avec les velléités de prédation du combat civil par des encagoulés politiques. Le sens de la mesure voudrait que l’on sache raison garder et se faire confiance. Sauf si le combat n’ait des relents plus idéologiques que pragmatiques. La question des APE doit être analysée sous le prisme d’une démarche globale loin des attitudes extrémistes du bicéphalisme pro ou anti mondialisation. L’Afrique a assez souffert par le passé comme terreau d’affrontement d’idéologies importées.

« Déchirer les APE et les réécrire » est un slogan politicien pompeusement vide et enrobé d’arrogance face à tout le travail fait avec les experts de le CEDEAO. On peut enrichir leur travail qui n’est pas la perfection absolue. De là à le déchirer et le réécrire, il faut être dans la prétention qui regarde les gens de haut.

Au-delà des accords qui, comme tout compromis, ont des aspects positifs et négatifs, l’urgence en Afrique est au commerce intra africain et à la mise en place de géantes entreprises communautaires pouvant exploiter en commun les potentialités de notre marché régional CEDEAO de plus de trois cent millions de consommateurs.

Pour comprendre le caractère non viable de nos microentreprises, juste un exemple. Les six minoteries du Sénégal auraient une capacité de production cumulée de plus 3 500 tonnes/jour au moment où le Sénégal ne consomme quotidiennement que 1 200 tonnes de farine. Au même moment quasiment tous les pays de la CEDEAO ont leurs propres minoteries. Une mutualisation dans un grand groupe aurait permis de faire des économies d’échelle et avoir une approche de spécialisation mutuellement bénéfique pouvant garantir une conquête de marchés même en dehors de l’espace CEDEAO.

S’il est vrai que la société civile est dans son rôle de veille et d’alerte, il faut reconnaitre qu’elle a la position « facile » de ne pas être aux affaires. La complexité du monde est telle qu’il ne suffit plus de battre le macadam et de jouer les martyrs pour faire face aux impitoyables règles de l’Organisation Mondiale du Commerce. S’il est à la mode de dire non aux APE, il faut également reconnaitre qu’un statu quo ne permet pas de régler le problème : bien au contraire il favorise une sorte de débandade vers la signature d’accords intérimaires fratricides pour les pays de la CEDEAO. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre la démarche de sagesse du Président Macky Sall qui a conscience, au-delà des APE, que l’Afrique doit régler les problèmes basiques de son développement par la maitrise de l’eau, l’énergie, les routes et pistes rurales et la recherche de gain de productivité du travail par une mécanisation de nos processus de production et de transformation afin de consommer locale d’abord. Le défi de l’Afrique et du Sénégal est beaucoup plus à la résolution des conditions de garantir une consommation intravertie par la résolution de ces problèmes basiques. Sommes-nous prêts à manger du pain en dehors du blé importé ? Cette question est plus culturelle qu’économique. Les efforts faits par le Sénégal dans la production agricole est une réponse pragmatique aux APE avec par exemple plus de 900 000 tonnes de riz paddy 357 000 tonnes d’oignons atteints en 2015. Si lutte anti APE, il doit y avoir, cela doit être beaucoup plus sur nos modèles de production et de consommation et sur les transferts de technologie que par des slogans certes nobles mais hélas moins décisifs. Le Président Macky Sall est dans le tempo de ce pragmatisme décisif. Il n’est pas dans le combat béat de ceux qui pensent pouvoir arrêter la mer avec leurs bras. Le PSE est une réponse par la conquête de souveraineté économique et sociale et sous ce rapport, il doit mobiliser les énergies y compris celles des antis APE. Le travail de changement structurel doit faire que Kédougou qui fait trente fois Dakar (avec ses presque 6000 habitants au KM2) puisse attirer plus que ses actuels 69 habitants au KM2. Ce travail de fond ne doit pas consister à laisser intacts nos modèles actuels de consommation par une politique d’importation tous azimuts au seul motif qu’il faut des recettes douanières. L’audace doit aller au-delà de ce modèle pour produire et consommer local au sens sous régional. Nous devons au-delà des APE créer les conditions d’une plus grande cohérence de nos modèles économiques.

Sur ce chantier concret du changement structurel, le Président Macky est en train de travailler à travers le Programme d’Urgence de Développement Communautaire PUDC et le Plan Sénégal Emergent PSE ; deux plans révolutionnaires sur lesquels hélas l’opposition brille par son nihilisme méprisant. Comme quoi, la fin du temps de la politique politicienne n’est pas pour demain chez nos opposants crypto personnels qui font et feront toujours feu de tout bois quitte à faire des feux de paille.

Osons espérer que la société civile nationale dans son rôle noble de veille et d’alerte ne verse par imprudence dans un combat qui est d’abord communautaire et réaliste dans un monde globalement injuste où le plus important est de travailler dur pour corriger les bases de notre développement autocentré et autoentretenu comme dirait l’autre. Le combat est plus intelligent et concret par le travail. Il est loin de ce qui se fait simplement avec des effets de manche attisés par les guetteurs de buzz politiques. Le Président Macky est dans ce combat intelligent et pragmatique, et il y a de fortes chances que l’histoire donne raison à sa démarche sans tambour ni trompette.

Mamadou NDIONE
Economiste Ecrivain
Conseiller départemental à Mbour
Responsable politique APR Diass






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