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Sinaï : le vide sécuritaire inquiète Israël

le 7 Août 2012 à 11:06 | Lu 504 fois

L'assaut d'un poste-frontière s'est soldé par la mort de seize policiers égyptiens.


Sinaï : le vide sécuritaire inquiète Israël
Une attaque lancée dimanche par des djihadistes contre un point de passage frontalier entre Israël et l'Égypte ravive les inquiétudes israéliennes quant à la dégradation de la sécurité dans le Sinaï et les capacités de l'armée égyptienne à y faire face.

L'attaque a eu lieu au coucher du soleil, vers 20 heures, au moment de l'Iftar, la rupture du jeûne de ramadan. À bord de deux véhicules tout-terrain, un commando armé a pris d'assaut par surprise le poste égyptien de Karm Abou Salem, près de l'endroit où se rejoignent les frontières israélienne, égyptienne, et celle du territoire palestinien de Gaza. Ce poste, contrôlé par les services de renseignements égyptiens, est celui où avait été échangé l'année dernière le soldat Gilad Shalit.

Sur la vingtaine de gardes-frontières égyptiens présents dans le poste, seize ont été tués dans les premières minutes de l'assaut, et les autres capturés. Cette première attaque à peine terminée, les djihadistes se sont emparés de deux blindés Fahd. À bord de ces deux engins à roues utilisés par l'armée égyptienne, les djihadistes sont partis à l'assaut du poste frontière israélien de Kerem Shalom, à quelques centaines de mètres de là. Placés en état d'alerte maximale depuis 48 heures, les soldats israéliens ont ouvert le feu contre les véhicules. L'un a explosé pour une raison inconnue avant de franchir la frontière. Le second a été détruit quelques instants plus tard par un missile tiré par un hélicoptère israélien en position au-dessus du secteur.

Des trafics en tout genre
L'attaque n'a fait aucune victime du côté israélien. Entre six et huit membres du commando ont été tués, selon l'armée israélienne.

Les Égyptiens estiment à une trentaine les membres du commando, ce qui semble peu compatible avec le nombre de véhicules impliqués, mais laisse penser que plusieurs d'entre eux seraient encore dans la nature.

Les auteurs de l'attaque n'ont pas été identifiés. Le général Yoav Mordehaï, porte-parole de l'armée israélienne, a attribué l'attaque à des «membres du Djihad international basés dans le Sinaï, devenu une pépinière pour le terrorisme mondial en raison du faible contrôle exercé par l'Égypte». Israël a aussi laissé entendre que ces éléments auraient pu agir en collaboration avec des groupes radicaux islamistes palestiniens venus de la bande de Gaza, thèse aussi avancée par l'Égypte.

Le Hamas, qui contrôle le territoire palestinien, a aussitôt condamné «ce crime odieux, qui a coûté la vie à plusieurs soldats égyptiens», et adressé ses condoléances à l'Égypte. Le Hamas a démenti toute implication de Palestiniens dans l'opération, qualifiant cette hypothèse de «rumeurs véhiculées par Israël pour maintenir la tension entre les peuples égyptien et palestinien».

L'attaque a été un choc en Égypte. Informés de l'imminence d'une attaque, les autorités israéliennes avaient appelé la semaine dernière tous les touristes israéliens présents dans le Sinaï à quitter au plus vite le territoire égyptien. Elles avaient aussi mis en garde l'armée égyptienne.

La semaine dernière, le quotidien égyptien al-Ahram avait publié une déclaration du nouveau ministre de l'Intérieur égyptien, le général Gamal el-Din, selon lequel les alertes israéliennes n'étaient destinées qu'à porter atteinte à l'industrie touristique égyptienne.

Lundi soir, les Frères musulmans ont affirmé sur leur site Internet que l'«attaque peut être attribuée au Mossad», les services de renseignements israéliens.

«Venger» les seize soldats
Le président égyptien, Mohammed Morsi, et le maréchal Hussein Tantaoui, chef du Conseil suprême des forces armées, se sont rendus lundi dans le Sinaï. L'armée égyptienne a promis de «venger» les seize soldats tués dans l'attaque, et de donner la chasse aux «infidèles» responsables du massacre. Des renforts, et notamment des hélicoptères de combat ont été déployés dans le Sinaï. Le point de passage de Rafah, entre Gaza et l'Égypte a été fermé.

À l'exception des stations balnéaires, des agglomérations, et des routes pendant la journée, cette immense péninsule montagneuse et désertique n'a jamais été très bien contrôlée par les autorités égyptiennes. Depuis la chute de Moubarak au printemps 2011, les activités de groupes terroristes non identifiés se sont ajoutées aux trafics en tout genre auxquels se livrent traditionnellement les bédouins de la région.


Par Adrien Jaulmes