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Sondages politiques: Autoriser, Contrôler et Réguler pour Garantir les droits des citoyens à une information objective et non erronée

Un sondage est une méthode statistique, visant à donner une indication quantitative de l'opinion d'une population au moyen d'un échantillon représentatif, qui correspond à un modèle réduit de la population. Les personnes présentes dans l’échantillon, doivent refléter fidèlement l’ensemble de la population. Deux méthodes permettent de construire un échantillon ou plan de sondage : avec les méthodes aléatoires, les personnes à interroger sont choisies au hasard ; avec les méthodes des quotas, les personnes choisies ont les mêmes caractéristiques sociodémographiques que l’ensemble de la population, qui est décomposée en sous groupes homogènes, selon des critères de partitionnement en rapport avec la thématique de l’enquête : lieu géographique, classe d’âge, sexe ou catégorie socioprofessionnelle. Cette méthode est la plus répandue, en raison de la rapidité de la mise en œuvre.


Rédigé par leral.net le Samedi 24 Juillet 2010 à 01:55 | | 1 commentaire(s)|

Sondages politiques: Autoriser, Contrôler et Réguler pour Garantir les droits des citoyens à une information objective et non erronée
Un sondage fiable, est un outil d'aide à la décision efficace pour l’éclairage des choix des dirigeants politiques, économiques ou sociaux. Pour apprécier sa fiabilité, un sondage doit répondre au double critère d'être scientifiquement valide et intellectuellement honnête. Les théories mathématiques ont apporté des solutions de validation scientifique des sondages, grâce à diverses méthodes: constituer des échantillons probabilistes par quotas avec l’algorithme CUBE, contrôler l’équilibre d’un échantillon avec l’estimateur d’Horvitz-Thompson, redresser les échantillons avec les algorithmes itératifs de calage, mesurer la marge d’erreur avec l’écart-type, préciser les estimations avec la Loi de Gauss, le Théorème central limite, la Loi de Bernoulli, etc. En revanche, c’est la compétence et la déontologie de ses concepteurs, qui détermineront la crédibilité d’un sondage.

A vrai dire, même lorsqu’ils sont parés de ces deux qualités, les sondages ne sauraient être des panacées et leurs concepteurs les gourous de l’analyse infaillible. Les sondages se sont souvent trompés. Un exemple est célèbre dans l’histoire des Etats-Unis: lors des élections présidentielles de 1948, les instituts de sondage prévoyaient une victoire écrasante du candidat républicain Dewey face au démocrate Truman. Pourtant, ils se sont complètement trompés, parce que le sondage reposait sur une enquête réalisée au téléphone, qui était l’apanage des riches à cette époque, alors que Truman avait le soutien des couches les plus défavorisées ! Il existe dans les sondages, diverses sources d’erreurs et de biais: absence de neutralité et d’impartialité de l’organisme sondeur ; erreurs de mesure, lorsque l’échantillon choisi n’est pas représentatif ; biais de couverture de la population; bais sur les questionnaires, où la question influence la réponse ; la non-réponse, où un individu dûment sélectionné par le plan de sondage n’a pu être observé pour une raison ou une autre.

Au Sénégal, il faut ajouter à ces biais classiques, des contraintes spécifiques: l’irrégularité d’enquêtes exhaustives comme le recensement de la population, qui ne permet pas d’avoir des statistiques fiables pour résoudre par exemple, les biais des non-réponses ; l’inaccessibilité de certaines catégories de la population, qui ne favorise pas les enquêtes ‘’face à face’’ ; le taux de pénétration faible du téléphone fixe et internet: seuls 292.625 sénégalais sont équipés de téléphones fixes, et 63.210 sont connectés à internet. Quant au téléphone mobile, même si près de deux sénégalais sur trois en disposent, l’inexistence d’un annuaire universel mobile, le coût élevé et le contexte des communications, ainsi que la difficulté d’une stratification géographique des abonnés du mobile, imposent des limites susceptibles de biaiser les échantillons. Ce sont de telles contraintes qui limitent au Sénégal, la portée des systèmes de collecte assistée par téléphone et informatique (CATI[1]) ou par internet (CAWI[2]), même si nous avons assisté récemment à leur utilisation lors des campagnes politiques.

6Mais, en dépit de toutes ces insuffisances, les sondages demeurent de précieux outils de prévision et d’anticipation des évènements dans un monde d’incertitudes et de mutations croissantes. Dans ce contexte globalisé, dominé par une économie marquée par une concurrence exacerbée et une recherche permanente de compétitivité des entreprises, ce sont surtout les sondages relatifs aux questions économiques et aux études de marché qui occupent le haut du pavé. Mais, ce sont les sondages politiques qui soulèvent le plus de polémiques et donnent lieu à des commentaires avisés et parfois passionnés, en raison de leur complexité et des enjeux qu’ils sous-tendent.

Le sondage politique vise à déterminer les opinions politiques des individus composant la population. Il arrive souvent que les sondés dissimulent leurs intentions politiques, pour des raisons diverses : autodéfense, méfiance, ignorance, hostilité, refus, etc. C’est pourquoi, le sondage politique fait systématiquement l’objet d’un redressement, à partir de clefs comme la « reconstitution du vote », qui consiste à interroger les sondés sur leurs votes passés. C’est ce qui explique la difficulté de prévoir de manière crédible et objective, les résultats électoraux pour des candidats qui n’ont jamais participé à une compétition électorale. Les études politiques rencontrent fréquemment ces cas de figure au Sénégal, en raison de la prolifération de candidatures ‘’neuves’’ à chaque élection. Malgré le fait qu’on y vote depuis 1848, les sondages politiques ne sont toujours pas autorisés au Sénégal. Ils sont même interdits depuis 1985, par la loi numéro 86-16 du 14 avril 1985 et son décret d’application numéro 86-616 du 22 mai 1986. Mais, dans la pratique, des sondages politiques confidentiels sont largement commandés par les acteurs politiques pour définir leurs stratégies, orienter leurs campagnes, argumenter leurs décisions, ou pour mesurer les impacts de certains choix publics.

Egalement, les émissions interactives Wakh Sa Khalat[3] des radios de la bande FM, peuvent être considérées comme des baromètres journaliers sur des questions politiques. Le succès enregistré auprès de l’opinion illustre une forte demande citoyenne, même si on note des velléités de parasiter ces espaces, de la part d’auditeurs militants politiques. D’ailleurs, l’heure est venue de compléter le tableau par de nouveaux baromètres sur la cote de popularité des institutions comme le Président de la République, la Justice ou la Police. De tels outils constitueraient des outils d’informations efficaces qui influenceraient positivement les tenants du pouvoir politique dans leurs actions, dans le cadre d’une gouvernance concertée et partagée. En outre, la production industrielle de ces baromètres, constitueraient d’immenses opportunités économiques pour les organismes de sondage et les sociétés spécialisées dans les nouvelles technologies. L’absence de leurs syndicats, du débat en cours sur les sondages politiques, est tout à fait paradoxale !

Ainsi, il appert que les mutations démocratiques intervenues dans notre pays, continueront d’imprimer un mouvement inflationniste dans la production et la diffusion des sondages politiques, rendant désuet leur cadre institutionnel et légal. Cette distorsion entre le droit et la réalité, favorise fatalement l’émergence d’organismes de sondage, qui auront tendance à s’exonérer des contraintes de la validité scientifique et des règles de transparence qu’exige une bonne gouvernance publique. Pour protéger notre démocratie contre de tels dangers et pour garantir aux citoyens leurs droits de bénéficier d’une information objective et non erronée, il appartiendra d’abord aux organismes de sondages de définir et de publier leur code déontologique en précisant les droits des personnes sondées, des clients et du public. Ensuite, l’Etat du Sénégal devra démarrer le processus de réorganisation du secteur des sondages politiques, en abrogeant la loi 86-16 du 14 avril 1985 qui les interdit, et en procédant à des réformes institutionnelles avec la création d’une commission nationale des sondages. Cette commission composée de parlementaires, de magistrats et d’experts, aura comme mission, de contrôler techniquement la validité scientifique et de réguler la publication et la diffusion des sondages pour protéger les citoyens contre la diffusion d’informations biaisées de nature à fausser le jeu démocratique.

Dans sa mission, la commission nationale des sondages devra dérouler des programmes nationaux d’information des citoyens sur leurs droits sur les sondages ainsi que les dispositions administratives et réglementaires de recours et de contestation. Elle fournira aussi à l’attention des sociétés de médias et des journalistes, des séminaires d’échanges et de formation sur l’exploitation et l’interprétation rigoureuse et objective des résultats des sondages. Evidemment, ce processus de réformes institutionnelles, de contrôle et de régulation des sondages politiques, sera impulsé par l’Etat. Mais, il devra être mené dans le cadre d’une large concertation qui impliquera tous les acteurs concernés : partis politiques, sociétés de sondage, opérateurs télécoms, consommateurs, journalistes, juristes, experts statisticiens, sociologues, etc. A l’image de ce qui se fait dans tous les pays démocratiques, elle exigera de tous les organismes sondeurs, la publication pour chaque sondage politique, d’une notice technique qui précisera:
1. l'objet du sondage,
2. la méthode selon laquelle les personnes interrogées ont été choisies,
3. le choix et la composition de l'échantillon,
4. la méthode de redressement des échantillons,
5. les conditions dans lesquelles il a été procédé aux interrogations,
6. le texte intégral des questions posées,
7. la proportion des personnes n'ayant pas répondu à chacune des questions,
8. les limites d'interprétation des résultats publiés,
9. la méthode utilisée pour en déduire les résultats de caractère indirect qui seraient publiés.

En procédant à ces importantes réformes, notre pays s’alignera sur les grandes démocraties. Aux Etats-Unis, le National Council on Public Polls (Conseil national de Sondages Publics) a été créé en 1969 pour imposer « les standards professionnels les plus élevés et promouvoir la compréhension, parmi les politiciens, les médias et le grand public, de la façon dont les sondages sont réalisés et comment les interpréter ». La Grande Bretagne a créé le British Polling Council. En Europe, a été créée en 1949, l’association professionnelle ESOMAR, avec un code international d’autorégulation qui se fixe comme objectif : «Définir les règles déontologiques que les professionnels des études de marché doivent respecter, Favoriser la confiance du public envers les études de marché en soulignant les droits et les mesures de protection dont il bénéficie en vertu de ce Code, Protéger la liberté qu’ont les professionnels des études de marché de rechercher, recevoir et transmettre les informations conformément à l’article 19 du Pacte international de l’ONU relatif aux droits civils et politiques,…».

En définitive, à l’absence de ces mécanismes d’information, de contrôle et de régulation, il reviendra aux acteurs politiques, aux observateurs et aux citoyens, d’analyser et d’interpréter avec discernement, les résultats de la série de sondages politiques, qui seront diffusés durant les 17 mois qui nous séparent de la Présidentielle de 2012, malgré l’existence d’une loi d’interdiction. Aux militants des partis politiques membres de Bennoo Siggil Senegaal, submergés dans leurs réflexions par une prolifération d’analyses politiques relatives aux stratégies d’alliance pour 2012, je partage cette lumineuse pensée du stratège chinois Sun Tzu: « Ce qui, donc, est la plus haute importance dans la guerre, c'est de s'attaquer à la stratégie de l'ennemi. Le mieux ensuite, c'est de lui faire rompre ses alliances. Ne laissez pas vos ennemis s’unir. Examinez la question de ses alliances et provoquez-en la rupture et la dislocation. Si un ennemi possède des alliés, le problème est grave et la position de l'ennemi est forte; s'il n'en a pas, le problème est mineur et sa position est faible ».

Alioune SARR
Ingénieur Informaticien
Coordonnateur de l’Alliance Nationale des Cadres de l’AFP
aliounesarr99@gmail.com





1 : CATI : Computer-Assisted Telephone Interview
2 : CAWI : Computer-Assisted Web Interviewing
3 : Wakh Sa Khalat : Emissions interactives des radios de la bande FM au Sénégal




1.Posté par ngaary le 24/07/2010 10:15 | Alerter
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Rien à dire c'est lumineux, clair et dénué de tout parti pris.Ce type d'articles nous en avons besoin pour notre formation et information. Il y'a pas de doute que tu maitrise tes sujets.Sans avoir l'air d'y toucher tu as mis à nu les failles et insuffisances d'un certain sondage récemmemt publié.

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