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Sortie de l’ambassadeur de France : Paganon sur le terrain de Wade

Jean Félix Paganon a bien pris la mesure de sa sortie sur Rfm. Il n’a fait que retourner à Wade le parallélisme des formes. En effet, l’ancien Président l’avait saisi, en même temps que d’autres représentations diplomatiques, au sujet de son fils, par voie de presse. Mais aussi, c’est Wade lui-même qui avait sollicité que Karim soit jugé en France et aux Etats-Unis.


Rédigé par leral.net le Mardi 10 Mars 2015 à 09:17 | | 9 commentaire(s)|

Sortie de l’ambassadeur de France : Paganon sur le terrain de Wade
Qui peut croire qu’une sortie médiatique d’un ambassadeur de France puisse être fortuite ? Qui plus est, une sortie d’un diplomate chevronné de la trempe de Jean Félix Paganon. En acceptant bien volontiers d’être l’invité de Ma­moudou Ibra Kane à l’émission Grand Jury de la Rfm, diffusée dimanche dernier, son Excellence Paganon y est allé en toute connaissance de cause. On peut même dire qu’il s’est prêté à ce rôle pour faire entendre, de la manière la plus audible, la voix de son pays. Les déclarations faites au cours de cette émission ne sont donc nullement à mettre sur le compte d’un quelconque dérapage encore moins d’une faute diplomatique. L’entretien a été enregistré à la résidence même de l’ambassadeur, plusieurs jours avant sa diffusion. S’il y avait quelque chose qui pouvait gêner la France ou qui n’aurait pas la caution officielle, un tel enregistrement ne serait pas diffusé dans sa forme.

Les autorités diplomatiques françaises s’étaient montrés les plus discrètes possibles sur les affaires judiciaires en cours au Sénégal. Mais si aujourd’hui l’ambassadeur de Fran­ce décide de rompre ce silence, c’est justement parce que la France y a été invitée et par qui ? Par Abdou­laye Wade lui-même qui a écrit une lettre aux chefs d’Etat de France et des Etats-Unis pour leur demander de s’immiscer dans le traitement judiciaire de l’affaire de son fils Karim Wade. Jean Félix Paganon a bien pesé et soupesé ses mots. Il a tenu à faire savoir que les autorités françaises avaient pris connaissance de la missive de Abdoulaye Wade par le biais des médias, une semaine avant de la recevoir officiellement et que c’est l’ancien Président qui avait pris soin de la faire publier dans la presse. En langage décodé, Jean Félix Paganon montre que s’il s’autorise à en parler à travers les médias, c’est justement parce que Wade a lui-même emprunté cette voie. Félix Paganon d’ajouter avec ironie : «c’est une façon bien curieuse d’interpeller des diplomates». Parallélisme des formes dirait-on. Aussi, l’ambassadeur de France a-t-il beaucoup insisté, et manifestement à dessein, sur l’appel insurrectionnel lancé par Abdoulaye Wade. La France trouve un tel appel inacceptable. Dans la foulée, une mise en garde sans équivoque est adressée aux Forces armées et de police de ne pas suivre un tel appel. Il apparaît encore plus clair, que la France ne restera pas les bras croisés devant toute tentative de remise en cause de la stabilité et de l’ordre constitutionnel au Sénégal. A bon entendeur salut. Mieux, Jean Félix Paganon considère que les appels au soulèvement du 23 mars prochain, jour du verdict du procès de Karim Wade, ne sauraient être que de la gesticulation. «Il n’arrivera rien d’extraordinaire», assure-t-il. Là aussi, Abdoulaye Wade peut savoir qu’il n’aura aucune compréhension d’une quelconque puissance diplomatique surtout pas de la France.

L’arroseur arrosé
Abdoulaye Wade a donc invité les pays étrangers dans une affaire intérieure sénégalaise et il en récolte le prix. Tous ses proches qui crient au scandale après la sortie médiatique de l’ambassadeur Paganon de­vraient se demander véritablement qui a donné l’occasion à l’ambassadeur de se prononcer sur ces questions. Qui l’y a invité une fois de plus ? Et puis, Abdoulaye Wade aurait-il obtenu de la France une réponse allant dans un sens favorable à son fils, que les mêmes personnes qui, aujourd’hui, parlent de souveraineté et d’intrusion dans les affaires intérieures d’un Etat, allaient brandir ladite réponse comme un trophée de guerre. Histoire de l’arroseur arrosé ? Il s’y ajoute que Jean Félix Paganon a ruiné un argumentaire des avocats de Karim Wade qui affirmaient que la justice française n’a pas collaboré ou donné une suite aux autorités sénégalaises dans cette affaire. L’occasion lui a aussi été donnée de lever un autre amalgame. La France n’a pas estimé devoir apporter une assistance consulaire à son citoyen Karim Wade du fait que ce dernier est aussi Sénégalais et que donc ne saurait bénéficier d’une telle assistance dans son autre propre pays. Et puis, Abdoulaye Wade n’avait-il pas lui-même demandé que son fils soit jugé par la France en lieu et place des juridictions sénégalaises ? En montrant du mépris à l’endroit de Abdoulaye Wade en raison des propos abjects tenus contre Macky Sall et sa famille, Jean Félix Paganon se met sur la même longueur d’onde que le Président Hollande qui se gaussait du même Wade quand il soulignait que «l’âge n’est pas toujours synonyme de sagesse».

mdiagne@lequotidien.sn






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