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Sotchi : jeux et géopolitique d’une Russie en quête d’influence et en forte dépopulation


Rédigé par leral.net le Lundi 10 Février 2014 à 12:27 | | 0 commentaire(s)|

Avec 17 millions de km², la Russie est le plus vaste Etat du monde. Elle s’étend de la porte de l’Europe à l’Asie. Le territoire russe couvre onze fuseaux horaires et possède une grande richesse énergétique. Depuis une vingtaine d’années,  le pays essaie de retrouver son lustre d’antan.  Les jeux olympiques de Sotchi, qui ont démarré le 7 février 2014, sont une occasion pour le pays de redorer son image et de s’affirmer comme une puissance mondiale. Mais son économie, une économie de rente, reste dépendante des matières premières et le pays semble être à son « hiver démographique »[[1]]url:#_ftn1 .
 
Les JO de Sotchi, les jeux les plus chers de l’histoire de l’Olympisme (37 milliards d’euros), représentent une occasion pour Poutine de démontrer que la Russie est de retour au premier plan sur la scène internationale et qu’elle retrouve son statut de l’époque de l’URSS.  Ce très grand rendez-vous sportif planétaire est aussi, à juste égard, un évènement politique et géopolitique majeur. En effet, Selon Pascal Boniface, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) : "À partir du moment où on rassemble, en vue d'une compétition, des citoyens de différents pays l'événement est forcément politique." Plus loin il précise que, "l'interdiction officielle de l'intrusion de la politique dans les Jeux concerne les athlètes, pas les États. Les premiers, qui vont vite devenir des ambassadeurs en short, sont tenus au devoir de réserve. Les États restent libres de déterminer leur ligne politique et le CIO, que ce soit dans l’acceptation ou l’exclusion de délégations nationales ou le choix de la ville hôte, va prendre des décisions en fonction de critères géostratégiques ». Ainsi, le choix de Sotchi est tout sauf neutre. Sotchi est la ville, où dans les années 1930 Staline, né en Géorgie, lance de grands travaux pour la transformer en un haut lieu de villégiature destiné l’élite soviétique. Dès son arrivée au pouvoir, Poutine essaie de lui redonner son lustre. En 2008 il y organise le sommet Bush-Poutine et défend lui-même la candidature de la ville pour les JO d’hiver de 2014.
 
Par ailleurs, la ville de Sotchi se trouve dans le Caucase, talon d’Achille de l’image de Poutine et de la Russie sur le plan international. La politique de Poutine (le tout répressif) dans le Caucase est fortement décriée. L’organisation des JO dans cette partie du territoire russe, en présence des chefs d’Etats et de Gouvernements occidentaux, lui permet d’y légitimer sa politique avec comme bouc émissaire : la lutte contre le terrorisme tout en ayant des visées sur des territoires, comme ceux de l’Ossétie du sud et de l’Abkhazie.
 
 Les JO de Sotchi permettent à Poutine d’atteindre trois objectifs. D’abord sur le plan sportif battre, si possible, les Etats-Unis sur le podium des médailles. Ensuite, sur le plan géostratégique, pacifier et faire main basse sur des territoires « autonomes » du Caucase souvent hostiles à la politique de Moscou. Enfin après des jeux olympiques, transformer Sotchi et ses environs en de hauts lieux du tourisme balnéaire. Pour ce faire, plusieurs stations de ski huppées sont en cours de création tout le long de la partie septentrionale du Caucase.
 
Malgré sa diplomatie active (obtention de l’organisation de ces JO d’hiver, affaire Snowden, Syrie…), son statut de puissance nucléaire, de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU et une croissance économique moyenne de 7%, la Russie demeure une puissance émergente et relativement enclavée. Son économie reste dépendante à l’exportation de ses hydrocarbures (surtout vers l’Union européenne) et de la vente de ses minerais (cuivre, uranium, fer, nickel, bauxite…). En outre, elle investit peu dans l’industrie, dans la technologie et dans la nanotechnologie. Les réseaux électriques et de transport du pays sont vétustes. Les libertés individuellement sont souvent menacées et la corruption, surtout au niveau de l’élite politique, occupe une place de choix. La fortune personnelle de Poutine est estimée à 40 milliards de dollars. Ce qui fait de lui l’un des hommes les plus riches de l’Europe. D’ailleurs selon des observateurs entre 20 et 50% des fonds alloués ont disparu du fait de la corruption systématique. Cependant, la réelle menace qui pèse sur la Russie reste son « déclin » démographique.
 
 
La Russie possède une fécondité très basse de l’ordre de  1,5 enfant par femme en âge de procréer or le seuil de renouvellement (ou de remplacement) des générations est de l’ordre de 2,1 enfant/femme. Sa population baisse d’année en année depuis 1992 et le pays possède un taux de mortalité élevé, l’un des plus importants parmi les pays occidentaux.
Ces facteurs démographiques  entrainent une « perte de population de la Russie » qui  « provient donc du solde naturel, d’un excédent très élevé des décès sur les naissances depuis 1992, souvent supérieur de plusieurs centaines de milliers par an. Pour  la dernière année connue, 2006 : elle compte 146 cercueils pour 100 berceaux »[[2]]url:#_ftn2 .
 
Sa démographie déclinante du pays et la forte dépendance à l’économie de rente ne compromettent-elles pas la chance de la Russie de redevenir la deuxième puissance mondiale ?
 
Dr Seydou KANTE
www.geopolitico.info
 
 
 
 
 


[[1]]url:#_ftnref1 « L’hiver démographique » : situation d’un territoire ayant « une fécondité nettement et durablement en dessous du seuil de remplacement des générations ». Terminologie inventée par Gérard-François Dumont
[[2]]url:#_ftnref2 Gerard-François Dumont : La Russie en forte dépopulation, Population et Avenir numéro 684







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