Leral.net | S'informer en temps réel

Strauss-Kahn livre sa version des faits de l'affaire du Carlton

le 10 Février 2015 à 12:51 | Lu 326 fois

Strauss-Kahn livre sa version des faits de l'affaire du Carlton

 Dominique Strauss-Kahn  a dénoncé mardi à son procès l'impression d'activité sexuelle "frénétique" donnée selon lui par l'ordonnance qui lui vaut d'être jugé pour proxénétisme aggravé dans l'affaire dite du "Carlton".

Contraint à la démission du FMI après avoir été accusé en mai 2011 d'agression sexuelle par une femme de chambre au Sofitel de New York, "DSK" est soupçonné d'avoir été le "pivot central" de rencontres sexuelles organisées par ses amis du nord de la France avec des prostituées entre 2008 et 2011 à Lille, Paris, Bruxelles et Washington.

"Quand on lit l'ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel, on a l'impression d'une activité frénétique où tout le monde ne fait que ça", a déclaré l'ancien directeur général du Fonds monétaire international à la barre.

"Il n'y a pas eu cette activité débridée qui semble apparaître à la lecture de l'ordonnance", a-t-il ajouté, soulignant que les juges d'instruction lui reprochent une douzaine de rencontres sur trois ans.

Dominique Strauss-Kahn a toujours clamé son innocence, assurant n'avoir jamais su que les femmes rencontrées lors de ces soirées selon lui "libertines" étaient des prostituées, ni avoir été à l'origine des rencontres.

Une position qu'il a confirmée mardi.

Mounia, ex-prostituée qui a participé à l'une de ces soirées à l'hôtel Murano, à Paris, a déclaré que, pour elle, il était évident que "tout le monde était au courant", parlant du "rapport de force" que l'ancien patron du FMI lui aurait imposé, mais auquel elle a consenti par besoin d'argent.

"Je n'avais pas l'habitude de ces pratiques-là", a-t-elle ajouté, évoquant des pratiques "contre-nature" mais en reconnaissant qu'elle ne les avait pas explicitement refusées.

"Je me suis sentie comme un objet, comme une chose."

FEMEN

"DSK" avait été chahuté à son arrivée au tribunal par trois militantes des Femen qui avaient essayé de se jeter sur sa voiture aux cris de "Macs ou clients, déclarés coupables" avant d'être maîtrisées par la police.

Il encourt jusqu'à 10 ans de prison et 1,5 million d'euros d'amende.

Vêtu d'un costume sombre et d'une cravate grise, celui qui semblait en 2011 le mieux placé pour la primaire de son parti en vue de l'élection présidentielle, a confirmé être désormais consultant international, auprès de gouvernements, de banques centrales et d'entreprises publiques.

En juin 2013, le parquet de Lille avait requis un non-lieu à son encontre. Mais un mois plus tard, les magistrats instructeurs en décidaient autrement.

S'il ressortait de l'enquête qu'une certaine "omerta" était imposée aux jeunes femmes, qui ne devaient jamais évoquer en sa présence leur qualité de professionnelles, selon une source judiciaire, l'homme politique "ne pouvait pas ignorer" qu'elles étaient des prostituées, d'après l'accusation.

Pour les juges, loin d'être un simple client "consommant gratuitement", "DSK" était l'instigateur et le "principal bénéficiaire" des soirées.

Les magistrats ont notamment retenu contre lui la mise à disposition d'un appartement à Paris et des échanges de SMS avec d'autres protagonistes du dossier démontrant, selon eux, qu'il a favorisé la mise en place d'un "système" visant à "satisfaire ses besoins sexuels."

Plusieurs de ses co-prévenus interrogés mardi se sont défendus de tout proxénétisme.

"Je n'ai jamais eu le sentiment de commettre des actes répréhensibles", a déclaré Fabrice Paszkowski, ex-gérant d'une société de matériel médical et logisticien présumé des soirées.

Quatorze personnes sont poursuivies dans ce procès, treize pour proxénétisme aggravé notamment et une quatorzième pour complicité de délit financier. Le jugement devrait être mis en délibéré à l'issue du procès, prévu jusqu'au 20 février.

(avec Lucien Libert, édité par Yves Clarisse)