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Sud libyen : conflit ethnique pour le contrôle des trafics

le 9 Août 2012 à 14:45 | Lu 1028 fois

Depuis la chute de Kadhafi, le désert libyen est le cadre d'une guerre entre tribus arabes et peuple toubou pour le contrôle de la frontière, passage obligé de tous les trafics.


Sud libyen : conflit ethnique pour le contrôle des trafics
De notre envoyé spécial à Mourzouk (sud de la Libye)

Dans la prison de Mourzouk, transformée en camp de rétention, ils sont plusieurs centaines, parqués dans l'odeur pestilentielle des anciennes cellules ou plaqués par le soleil dans la cour. Tchadiens, Maliens, Nigériens, Togolais, Béninois, Nigérians… Partis d'Afrique noire, ils tentaient de rejoindre Tripoli, avec l'espoir d'y trouver du travail, et se sont retrouvés coincés entre quatre murs, le ventre vide et la gorge sèche, dans cette bourgade ensablée du Sahara, à l'extrémité sud de la Libye.

«Chaque jour, il en arrive de nouveaux», affirme Boubakar Soti. L'adjoint du commandant militaire de Mourzouk avoue son impuissance: «On les garde un mois, un mois et demi, et puis on les relâche, quand on ne peut plus les nourrir et quand il y a trop de monde.» Boubakar Soti affirme qu'il a envoyé ses thowars (les combattants anti-Kadhafi transformés en policiers et militaires) réquisitionner de la nourriture dans un magasin en ville. «L'État ne nous donne aucune aide, personne ne commande à Tripoli. Un conseiller du premier ministre m'a même dit de laisser passer les migrants. Voilà, nous avons libéré la Libye et, se lamente-t-il, c'est pire qu'avant.»

Coups de bâton
Ce quadragénaire portant l'uniforme en vient rapidement à parler des «Toubous, qui ne veulent pas laisser leur région s'enfoncer dans le désordre», et de «la guerre avec les Arabes, qui veulent nous effacer du pays». Installés le long de la frontière sud de la Libye, les Toubous, qui sont d'origine africaine et vivent en partie au Tchad, cohabitent difficilement avec les tribus arabes. Sous la dictature de Kadhafi, les conflits de voisinage se réglaient à coups de bâton ou de sabre. Maintenant que chaque tribu possède des armes lourdes, c'est plus violent. Depuis la libération du pays, les morts sur la frontière sud, à Sebah et surtout à Koufra, se sont comptés par dizaines, peut-être par centaines.

Venu à Tripoli à la veille des élections législatives, début juillet, signer une trêve qui semble s'être prolongée durant le mois du ramadan, Barka Wardougou, qui fait office de commandant militaire des Toubous, n'en démordait pas: «C'est nous qui avons libéré cette zone, c'est nous qui la contrôlons.» Cette mise en garde visait la tribu arabe des Zweis, installée à Koufra. Mais aussi les islamistes, que les Toubous accusent de venir de Cyrénaïque pour organiser chez eux des trafics. Que les autorités libyennes aient pu nommer à la surveillance des frontières sud du pays Abdul Wahab Hussain Qaid, le frère d'Abou Yahya al-Libi, l'ex-numéro deux d'al-Qaida tué en juin au Pakistan par les Américains, a, certes, suscité des interrogations. Mais le nouveau zèle, tout relatif, des Toubous à garder le Sud libyen incite aussi à se poser des questions.


Biens de consommation, matériel de construction, électroménager, alcool, haschisch, drogue dure, armes prises dans les dépôts de Kadhafi… tout transite par cette frontière libyenne entre l'Afrique noire et le Maghreb. Depuis la chute de la dictature, l'intensité des combats entre Toubous, Zweis et groupes armés venus de Benghazi s'explique d'ailleurs en partie par la volonté des uns et des autres de contrôler cette frontière, source illégale de tant de revenus.

Parmi tous ces trafics, le plus ancien et le plus visible demeure encore celui des hommes, jadis esclaves, aujourd'hui travailleurs clandestins. La guerre civile libyenne a contraint la plupart des immigrés originaires d'Afrique noire à fuir ce pays. Associés aux mercenaires subsahariens engagés par Kadhafi, les Noirs ont été de surcroît pourchassés, molestés et tués dans nombre de villes libyennes. La pression raciste n'a pas vraiment baissé. Mais, qu'ils cherchent à retrouver leur emploi à Tripoli ou Benghazi, ou qu'ils soient attirés par la promesse d'un travail, les Subsahariens commencent à remonter vers la Méditerranée.

Dans les rues de Mourzouk et de Sebah, ils sont déjà nombreux à errer par petits groupes. Les villes côtières libyennes, plus grandes et plus riches, n'ont pas encore retrouvé leur visage d'antan, quand d'interminables files de travailleurs immigrés attendaient au bord des routes qu'un employeur vienne les embaucher, pour une heure, un jour, la semaine. Mais l'activité économique, qui repart en Libye avec une croissance estimée à quelque 14 % en 2012, est une invitation lancée à toute l'Afrique.

Camps de rétention
Ayant rencontré en juin les officiels libyens pour le compte de la Fédération internationale des droits de l'homme, Geneviève Jacques confirme que les autorités du pays ne contrôlent rien et «n'ont pas même lancé la moindre réflexion sur ce que pourrait être leur poli­tique d'immigration». Les camps de rétention, où sont souvent parqués les clandestins dans d'abominables conditions, seraient passés d'une centaine, pendant la guerre civile, à une vingtaine aujourd'hui. Le nombre des immigrés est, lui, impossible à chiffrer.

Selon qu'il durcissait ou relâchait son bras de fer avec l'Europe, Mouammar Kadhafi, tantôt ouvrait, tantôt fermait les frontières sud de son pays. Au début de la révolution, il a même encouragé les départs vers l'Europe pour faire pression sur les Occidentaux. Le blocus naval de l'Otan a eu raison de cette politique. Les filières ont été pour un temps cassées ou désorganisées. Mais, si cela n'est déjà fait, elles ne tarderont pas à profiter de l'anarchie qui règne en pays toubou.



Par Thierry Portes


1.Posté par CHERIF AIDARA le 09/08/2012 16:46 | Alerter
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