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Syrie : «La période de transition va être très dure»

le 16 Août 2012 à 12:16 | Lu 373 fois

INTERVIEW - L'opposant Samir Aita, économiste, membre du Forum démocratique syrien, s'inquiète des divisions de l'opposition.


Syrie : «La période de transition va être très dure»
LE FIGARO. - Que proposez-vous pour l'après-Assad?

Samir AITA. - L'ensemble des forces politiques et du mouvement social, réunis après beaucoup d'efforts au Caire par la Ligue arabe, a adopté le 3 juillet une vision séculière de la Syrie, agréée même par les Frères musulmans.: «Personne ne peut imposer une religion à quelqu'un, ni l'empêcher de choisir et de pratiquer sa croyance.» Une longue période de transition est proposée, durant laquelle le gouvernement de transition travaillera sous le contrôle d'un corps législatif transitoire ; tous deux seraient nommés par un Congrès national regroupant toutes les tendances politiques et sociales, même celles qui ne sont pas actuellement dans l'opposition. C'est ce corps législatif transitoire qui fera une déclaration constitutionnelle et édictera des lois assurant les libertés et l'État de droit jusqu'à l'élection d'une assemblée constituante. Ce schéma prend appui sur l'expérience tunisienne. Une autre institution devrait se charger de la justice et de la réconciliation, tant au niveau national que local.

Certains proposent de former immédiatement un gouvernement en exil. Qu'en pensez-vous?

Les documents du Caire ne prévoient la formation d'un tel gouvernement qu'après la chute du régime. Faut-il le créer aujourd'hui? Trop d'opposants se sont positionnés depuis longtemps uniquement pour régner. Mais avec quelle légitimité? Quel programme? Certains parlent d'une légitimité «révolutionnaire» exclusive, alors que le peuple s'est soulevé pour la liberté de tous. La période de transition va être très difficile, encore plus difficile que la lutte pour chasser le pouvoir. Il vaut mieux, avec le chaos ambiant, qu'elle ait une base large et solide.

Des personnalités du régime actuel peuvent-elles faire partie de la transition? Le nom du général dissident Manaf Tlass a circulé.

Les documents du Caire prévoient la création d'un Conseil de la sécurité nationale, regroupant des officiers de l'Armée syrienne libre, des officiers supérieurs de l'armée régulière qui n'ont pas participé à la répression sanglante, ainsi que des personnalités civiles. Ce conseil aura pour tâche de réunifier et de restructurer l'armée, de contrôler les appareils de sécurité et de ramasser les armes auprès des civils. Tous les hauts gradés non impliqués dans la répression, comme le général Tlass, y auront certainement leur place. La même logique prévaut pour le premier ministre Riad Hijab, qui vient de faire défection. Car il faut, de la même manière, assurer la continuité des institutions civiles de l'État. L'État syrien est déjà opposé dans sa grande majorité au pouvoir en place. Son dilemme essentiel est la dépendance d'une partie de l'opposition vis-à-vis des puissances étrangères.

L'ASL de l'intérieur (Armée syrienne libre) propose son propre programme, auquel elle invite les groupes à l'extérieur à adhérer.

L'ASL n'est pas encore un corps hiérarchique constitué et organisé. Cette proposition n'émane que de l'une de ses composantes. Pour moi, l'ASL est le peuple en résistance au sens le plus large. Son rôle est de protéger les idéaux de liberté. Le jour où les combats vont s'arrêter, le mouvement civique non armé sera dans la rue. Et cela m'étonnerait, quels que soient les sacrifices consentis, qu'il accepte une dictature militaire. D'ailleurs, l'ALS a eu des représentants au congrès du Caire, approuvant la vision commune.

Aujourd'hui, que peuvent faire les grandes puissances?

Les puissances extérieures jouent de leurs dissensions internes sur le sang des Syriens. Je ne vois pas d'autre solution qu'un appel unanime du Conseil de sécurité à un cessez-le-feu immédiat, en préambule à l'envoi de troupes armées d'interposition des Nations unies.

Si rien n'est fait, comment le conflit va-t-il évoluer?

L'ambiance est devenue extrêmement confessionnelle en Syrie, focalisée sur un conflit sunnite-alaouite. Les deux parties ménagent les chrétiens. Une atmosphère jusqu'au-boutiste règne chez tous les protagonistes. Et une «guerre de libération» partant d'Alep vers le Sud risque de devenir une guerre confessionnelle à outrance. Par ailleurs, un jeu compliqué et subtil est en train de s'opérer dans le nord-est de la Syrie, où une large partie de la population est kurde, avec des interférences turques, du gouvernement du Kurdistan d'Irak et du PKK. Il y a ainsi un risque réel de division du pays. Mais c'est peut-être cela que les grandes puissances envisagent in fine. Et dans ce cas, la boîte de Pandore est complètement ouverte pour toute la région.

L'entrée en scène de groupes djihadistes, locaux ou étrangers, change-t-elle la donne?

Oui, bien sûr. Je ne comprends pas pourquoi la Turquie, pays aux principes laïques, a laissé ces groupes passer ses frontières vers la Syrie, et même prendre le contrôle de certains postes frontière.




Par Pierre Prier


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