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Syrie: «Un mini-État alaouite, l'ultime recours pour Assad»

le 20 Juillet 2012 à 10:19 | Lu 675 fois

Pour l'universitaire Fabrice Balanche, directeur du groupe de recherches et d'études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient à l'université Lyon-II, le clan Assad pourrait se replier dans son fief alaouite en cas de perte du pouvoir à Damas.


Syrie: «Un mini-État alaouite, l'ultime recours pour Assad»
Fabrice BALANCHE. - Le régime en colère cherche à se venger. L'attentat de mercredi a perturbé ses plans. Les forces de sécurité venaient de lancer l'attaque sur les quartiers périphériques de Damas pour empêcher les rebelles de passer à l'offensive, comme ils prévoyaient de le faire pendant le ramadan, qui commence ce vendredi. Il faut bien comprendre la charge symbolique de ce mois. C'est une période où l'on peut galvaniser les gens au nom de l'islam. Le régime savait que de plus en plus d'armes parvenaient aux insurgés. Il devait reprendre l'offensive. Il cherche maintenant à repousser les rebelles dans les villages de la Ghouta, plus loin de Damas. Mais il n'arrivera pas à reprendre l'ensemble des quartiers périphériques. Il lui faut absolument conjurer la prédiction de l'émir du Qatar, qui avait promis de venir fêter l'Aïd à Damas pour la fin du ramadan. L'émir a échoué l'an dernier. Mais cette année, qui sait?

Assad est-il condamné à court terme?

Le pouvoir est fortement ébranlé, mais il n'est pas brisé. La grosse perte pour lui est évidemment Assef Shawkat, même si le beau-frère de Bachar ne faisait pas l'unanimité dans la famille Assad. Turkmani et Bakhtiar, qui ont été tué ou blessé dans l'attentat, sont des sunnites. Les rebelles - sunnites eux aussi - ont réussi à les cibler: cela risque d'encourager les défections parmi les responsables sunnites de haut rang, qui auront peur de se faire assassiner à leur tour. Cela peut également pousser à la défection des officiers sunnites, qui ont été marginalisés pendant des années et sont frustrés. Et finalement cela pourrait contraindre le régime à se recentrer sur son noyau dur alaouite.

D'où le scénario d'un repli du clan Assad sur son bastion alaouite?

C'est l'ultime recours en cas de perte du pouvoir ou de guerre civile à outrance. La minorité alaouite peut défendre un réduit le long de la côte. La population lui est acquise. L'armée alaouite défendrait alors son territoire, et non pas comme aujourd'hui un régime corrompu. Actuellement, il y a un regain de religiosité chez les alaouites. Ce n'est pas innocent. Certains d'entre eux accusent même la famille Assad d'avoir cassé le sentiment identitaire alaouite. Un institut culturel alaouite est en train d'être monté à Tartous, témoignant de cette montée en puissance d'un mouvement identitaire. Les Assad pourront en jouer s'il le faut.

Est-ce viable?

Économiquement, un réduit alaouite peut survivre. La région est riche d'un point de vue agricole. Elle dispose d'un aéroport à Lattaquieh, d'un port à Tartous et d'un terminal pétrolier à Banyas. Tout a été constitué depuis l'accession au pouvoir de Hafez el-Assad pour pouvoir transformer cette région en réduit alaouite, au cas où. Elle jouit de défenses importantes, avec des bases militaires dans la montagne entre Dreikish et Tartous. Chassés de Damas, les Assad pourraient donc constituer leur mini-État. Ils auraient le soutien de l'Iran, de la Russie qui conserverait la base militaire de Tartous. Et pourquoi pas d'Israël, qui pourrait voir d'un bon œil son voisin imploser et être remplacé par un État communautaire.


Par Georges Malbrunot

Par Service infographie du Figaro