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Syrie : échange cordial, mais franc désaccord entre Hollande et Poutine

le 2 Juin 2012 à 15:56 | Lu 8063 fois

L'un préconise des sanctions voire une intervention de l'ONU et le départ d'al-Assad, l'autre prône le dialogue et la '"réconciliation" en Syrie.


Syrie : échange cordial, mais franc désaccord entre Hollande et Poutine
as plus que la chancelière allemande Angela Merkel qui avait reçu Vladimir Poutine plus tôt le 1er juin, François Hollande qui a rencontré le président russe dans la soirée n'est parvenu à infléchir sa position sur la question syrienne. Si chacun convient qu'il faut mettre fin au bain de sang, leurs avis sont très différents sur les moyens d'y parvenir.

A l'issue de près de trois heures d'entretien à l'Elysée, dîner compris, les deux chefs d'Etat ont tenu une conférence de presse commune. L'occasion de constater la cordialité apparente de leur premier échange, mais de mesurer leurs divergences de vues pour l'heure inconciliables sur la Syrie.

Des sanctions seraient contre-productives selon Poutine

En substance, M. Poutine privilégie le dialogue entre toutes les parties syriennes, il veut à tout prix éviter une guerre civile et ne voit aucune nécessité de chasser Bachar al-Assad du pouvoir. Bien sûr, il exclut toute intervention militaire étrangère, et au-delà, il doute fortement de l'opportunité de sanctions internationales contre Damas."Les sanctions sont loin d'être toujours efficaces", a-t-il argué, et pourraient au contraire précipiter le chaos.

Affichant sa volonté de "réconcilier toutes les parties en conflit", il a affirmé : "Ce que nous devons faire, c'est empêcher que la situation évolue selon le pire des scénarios et lutter contre la possibilité d'une guerre civile". "Ce qui nous préoccupe, c'est la radicalisation de la situation et que cette situation devienne incontrôlable" a poursuivi l'allié indéfectible de la Syrie, qui s'est défendu de jouer les intérêts spécifiques de la Russie, notamment pas militaires.

Pour Moscou, le départ d'al-Assad n'est pas la solution…

A ce propos la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a accusé Moscou de continuer de livrer des armes à Damas, ce que le Kremlin nie, et à quoi il a répliqué par une mise en cause des aides financières et des armes que l'étranger fournirait aux rebelles, qui, a rappelé Poutine, ont aussi leur part de responsabilités.

"Combien de civils ont péri aux mains des autres, des rebelles, est-ce que vous avez compté ces pertes, il s'agit de centaines de personnes", a ainsi lancé Poutine hier. Pour lui, la solution ne peut être que "politique", et passe à ce jour par le plan de paix porté par l'ancien secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan.

"Nous devons tout faire pour que sa mission soit couronnée de succès, et je considère contre-productif de déclarer à l'avance que sa mission est vouée à l'échec", a souligné M. Poutine. Pour lui, la chute d'al-Assad ne saurait améliorer les choses. "Si on écartait du pouvoir un président en exercice, est-ce que vous croyez qu'il y aurait un bonheur total dans ce pays demain ?" a-t-il demandé, avant de répondre d'un "Non", qu'il a illustré par ce qui s'est passé après les chutes de Saddam Hussein et Muammar Kadhafi.

Aigre-doux, Poutine évoque les séjours des Assad à Paris

Quant à savoir, si malgré tout, en cas d'exil, il serait prêt à accueillir la famille du président syrien en Russie, il a répondu ironique à la presse : "Assad a visité beaucoup plus souvent Paris que Moscou, donc, regardons ce problème sous cet angle-là".

A cet égard, François Hollande a pris soin de se démarquer de ses prédécesseurs Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac, qui avaient respectivement reçu Bachar al-Assad à deux reprises, et son père, Hafez en 1998. "Sur les visites des présidents Assad, père et fils, je n'ai aucune responsabilité, ce sont d'autres temps, d'autres époques", a dit le chef de l'Etat français.

Hollande sur une ligne absolument contraire...

Comme son homologue russe et de plus en plus de voix dans le concert diplomatique, Hollande redoute que la situation dégénère plus encore en guerre civile, et il veut croire à la médiation de Annan. Ce sont à peu près leurs seuls points d'accord. En effet, Hollande préconise lui des "pressions" sur le régime d'al-Assad, notamment sous la forme de "sanctions" qui seraient adoptées par le conseil de sécurité des Nations unies.

Alors que selon le dernier sondage en date, 58% des Français se disent favorables à une intervention militaire de l'ONU en Syrie, M. Hollande n'est pas revenu hier sur cette possibilité qu'il avait évoquée la semaine dernière lors de son interview télévisée. Il n'en est pas moins convaincu qu'il ne peut y avoir "de sortie de cette situation qu'avec le départ de Bachar al-Assad".

Sans ignorer "les risques de déstabilisation", "les risques de guerre civile", il a estimé que "le régime de Bachar al-Assad s'est conduit de manière inacceptable, intolérable. Il a commis des actes qui le disqualifient". Et M. Hollande de répéter devant le président russe que le départ d'al-Assad est "un préalable pour la transition politique" en Syrie.

Encore plus de cinquante morts hier…

Pendant ce temps, sur le terrain, alors que des dizaines de milliers de manifestants ont protesté vendredi contre le massacre de 49 enfants, la semaine dernière à Houla, 54 personnes ont encore péri, notamment lorsque les forces du régime ont ouvert le feu sur des rassemblements d'opposants.

Dans la nuit, la ville de Homs a encore été bombardée, et ce matin, à l'aube, l'armée régulière a lancé des offensives dans cette province du centre du pays, et dans celle de Derra, au sud, à la recherche d'opposants.

Signe que les violences ne sont pas près de cesser, et quoi qu'en dise Poutine, que le plan Annan a beaucoup de plomb dans l'aile, dans l'autre camp, s'estimant affranchis de leurs engagements, des responsables de l'Armée syrienne libre, la force armée constituée de déserteurs, a annoncé hier la reprise de ce qu'ils qualifient d'"opérations défensives". L'impasse semble totale.



SOURCE:METROFRANCE.COM


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