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Tchad: Idriss Déby investi pour un cinquième mandat dans un climat tendu

le 9 Août 2016 à 09:41 | Lu 522 fois

Au pouvoir depuis 26 ans, le président tchadien Idriss Déby a été investi ce lundi matin au poste de président de la République pour un cinquième mandat. Une quinzaine de chefs d’Etat africains et le ministre français de la Défense ont participé à cette cérémonie à Ndjamena. La cérémonie s'est déroulée sous haute sécurité.


Tchad: Idriss Déby investi pour un cinquième mandat dans un climat tendu
Idriss Déby a lu pour commencer l’article 66 de la Constitution au terme duquel il a prêté serment pour un nouveau mandat de cinq ans à la tête du Tchad. Il a ensuite prononcé un discours-programme pour les cinq années à venir devant les quatorze chefs d’Etat et de gouvernement.

Il y avait d'abord ses alliés au sein du G5 Sahel unis dans la lutte contre le jihadisme dans la région : le Mauritanien Mohamed Ould Abd El Aziz, le Burkinabè Roch Marc Christian Kaboré, le Nigérien Mahamadou Issoufou et bien sûr le Malien Ibrahim Boubacar Keita, particulièrement reconnaissant pour l'intervention de son voisin dans le nord du Mali en 2013.

Il y avait aussi les chefs d'Etat des autres pays ayant bénéficié de l'activisme militaire d'Idriss Deby au cours de son précédent mandat : la Centrafrique, désormais dirigée par Faustin Archange Touadera. La RCA où Idriss Déby est intervenu en 2014 et où son influence reste encore importante. Sans oublier le président du Nigeria, Muhammadu Buhari, en proie à Boko Haram, le groupe contre lequel Idriss Deby se présente avec son armée en irremplaçable rempart.

Etaient présents également le Soudanais Omar el-Béchir, désormais allié du président tchadien, toujours sous le coup d'un mandat international. Quant à la France, elle était représentée par son ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian. La France a fait du Tchad son meilleur allié sur le continent, au point d'installer à Ndjamena la capitale, le quartier général de barkhane, l'opération militaire française dans la région.

La sécurité régionale au premier plan

Les appels à la sécurité régionale sont revenus assez souvent dans le discours du président tchadien et aussi sur le plan intérieur, le développement de l’agriculture. Mais en introduction de ce que sera son programme, le président tchadien a tenu à rappeler le contexte tendu dans lequel se passe cette investiture. Il a parlé de concorde nationale et a tenu à rappeler qu' « à partir d’aujourd’hui malgré ce qui s’est passé, je reste le président de tous les Tchadiens ».

Ce qui doit ressembler donc à un appel à l’apaisement en direction de l’opposition. L'opposition qui a maintenu son opération journée « ville morte ». Dimanche, un jeune Tchadien a été tué par balle alors qu'il manifestait à Ndjamena à l'appel de l'opposition. Un rassemblement qui avait été interdit par le pouvoir.

L'opposition conteste la réélection de Idriss Déby au premier tour de la présidentielle en avril dernier avec près de 60% des voix, loin devant son premier poursuivant, Saleh Kebzabo (12,77%). Une élection que l'opposition qualifie de « hold-up » électoral.

L'opposition demande de joindre la parole aux actes

« C'est du déjà entendu, regrette l'opposant tchadien joint par RFI. Déby a apparemment une main qui reste tendue en permanence, mais qui ne règle pas les problèmes. Chacune de ces promesses a déjà été faite il y a 5, 10, 15, 20 ans. » Pour M. Kebzabo, le chef de l'Etat devrait au contraire « s'adresser aux Tchadiens de façon sérieuse, résolue et responsable, pour les appeler à une table normale de discussion, en s'engageant à respecter les engagements pris. Ce qu'il n'a jamais fait depuis qu'il est au pouvoir », dénonce-t-il.

Et de conclure : « Nous pensons que le président Déby n'est plus apte à gérer ce pays correctement. [...] Parce que les crises sociale, politique, économique et identitaire sont profondes. Ce pays est actuellement au bord de l'éclatement. Il y aura beaucoup de problèmes et ce n'est pas nous qui allons le lui faciliter. »

RFI