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Terreur des taximen et autres automobilistes ... Amoul Yakar, un policier intransigeant

Les chauffeurs de «clandos», taxis, «Ndiaga Ndiaye», bus Tata, véhicules particuliers… tressaillent rien qu’en entendant le nom d’Amoul Yakar. Ministres, célèbres artistes, chefs d’entreprises et autres personnalités qui l’ont croisé entre la Place de l’Indépendance, les alentours du lycée Seydou Nourou Tall et le rond point de Liberté 6 savent de quel bois il se chauffe. «L’As» perce le mystère qui entoure Mouhamadou Amoul Yakar Diouf, le policier qui n’encaisse jamais.


Rédigé par leral.net le Dimanche 23 Août 2015 à 14:35 | | 37 commentaire(s)|

Terreur des taximen et autres automobilistes ... Amoul Yakar, un policier intransigeant

La main droite sur le volant et l’autre sur le clavier de son téléphone, un chauffeur d’un véhicule particulier roulant à vive allure sur la Corniche Ouest lance : « Amoul Yakar ? Le Policier ? Je le connais bien sûr. On le surnomme ainsi parce qu’il ne pardonne jamais. Fait rarissime, il n’accepte jamais l’argent». Ça donne une idée sur l’espèce rare que «L’As» a rencontrée quelques minutes plus tard dans un couloir, au 1er étage de la Compagnie de circulation de Dakar, qui fait face au Commissariat central. La tenue qu’il arbore fièrement lui va comme un gant. En refermant la porte de son bureau, il tombe nez à nez sur nous. Respectueux de la hiérarchie, il préfère qu’on aille aviser d’abord son patron, au bout du couloir. Le lieutenant Djibril Fall, commandant de la Compagnie de circulation, ne cache pas sa satisfaction : «Vous êtes venus pour Amoul Yakar ?

C’est le meilleur, tout le monde le sait. Il m’a parlé de votre visite tout à l’heure… ». S’interrompant, il dit au téléphone : «Patron, les journalistes sont dans mon bureau. Oui. Très bien». Il raccroche et se tourne vers nous : «il faut rendre compte. Le patron me demande de lui envoyer un Sms pour qu’il transmette». Le commandant offre de céder son bureau, le temps de l’entretien. Pour plus de tranquillité, Amoul Yakar préfère le sien. Teint noir, la trentaine, silhouette longiligne, le corps sec, il traverse le couloir, ouvre la porte et s’installe. Quelques paperasses sont rangées dans les trois bureaux que contient la pièce trop exiguë. Sur un lit, sont superposés dans un coin deux matelas sans drap. Sur le bureau de notre hôte, une bouteille de boisson gazeuse « petit modèle» presque vide, coupeongle, clé de moto… Il met un peu d’ordre, ôte des écouteurs de la poche gauche de sa tenue, les pose sur la table et se cale feutré sur sa chaise.

Amoul Yakar est son vrai nom

Contrairement à ce que beaucoup d’automobilistes qui ont croisé son chemin pensent, Amoul Yakar n’est pas un surnom. Il s’appelle Mouhamadou Amoul Yakar Diouf. Son père l’a nommé ainsi parce que ses aînés sont morts bébés. C’est pour conjurer le mauvais sort qu’on l’a baptisé « Amoul Yakar » (sans espoir en wolof). Seul garçon de sa famille, il a quatre soeurs, toutes enseignantes. Né à Tambacounda il y a une trentaine d’années, il a été confié, à deux ans, à une famille en Casamance, où il a vécu avec les us et coutume du Sud jusqu’à 10 ans. Là-bas, on lui avait donné le surnom de Yafaye Sagna… De retour au bercail, il n’a pu s’abriter sous les épaules de son géniteur que 3 ans, puisque ce dernier est mort quand il avait 13 ans. Très jeune, l’orphelin s’est mis dans la tête de travailler tôt. Sa voie vers la police était toute tracée. Enfant, il se tenait droit comme un piquet quand il entendait l’hymne national, il jouait avec des pistolets en bout de papier. De temps en temps, l’entretien est interrompu par des automobilistes venus récupérer leurs permis de conduire. «Les gens disent que je ne pardonne pas. Quand on commet une infraction ou qu’on n’a pas des papiers en règle et qu’on tombe sur moi, c’est sans issue», s’enorgueillit-il. Sorti de l’école de Police le 17 avril 2004, Amoul Yakar a affûté ses armes au Groupement mobile d’intervention (Gmi) pendant deux ans avant de déposer ses baluchons à la Compagnie de circulation où il s’occupe du stationnement anarchique, du transport irrégulier (véhicules clandos), du contrôle des pièces des véhicules. Son prédécesseur, le brigadier chef Abdoulaye Gaye, parti à la retraite, a lui aussi marqué d’une pierre blanche le service. C’est en 2006 qu’il a fait sa première descente sur le terrain en tant que régulateur de la circulation, mais déjà à l’école de Police en stage, il faisait des opérations au centre-ville. Ce qui lui a permis de tâter le pouls des automobilistes. A l’époque, l’accent n’était pas mis sur la répression. Les autorités insistaient plus sur la fluidité de la circulation. Ce qui fait que pour ne pas obstruer la circulation, il « fermait » les yeux…

Les anecdotes avec le ministre menotté, la célébrité du barreau


En 8 ans d’exercice dans la circulation, le qualificatif de «celui qui ne pardonne jamais» lui colle à la peau et il l’assume. Le permis, explique-t-il, ne se ramasse pas. Lorsqu’on commet une infraction exprès, il sort le carnet et le stylo. Amoul Yakar ne fait aucune fixation sur son poste. Ses seules préoccupations sont faire respecter la loi et agir selon sa conscience. Un agent des forces de l’ordre n’est pas un agent de la Sagam. Il a juré devant la loi. Le respect, on l’impose. «Quand on agit selon sa conscience, on n’a pas peur. Au cas contraire, tôt ou tard, nos actions nous rattrapent. Quand je suis devant un citoyen, il faut qu’il sache qu’un policier est devant lui ».

Les Sénégalais pensent en général qu’avec des espèces sonnantes et trébuchantes, ils peuvent tout régler. S’il devait donner des détails sur les dizaines de ministres, de directeurs de sociétés, de célébrités qui ont tenté de lui tordre le bras dans la circulation, il y passerait la nuit. Prenant des précautions de chirurgien pour ne pas dire des noms ou révéler des éléments qui pourraient faire deviner de qui il s’agit, il concède, après beaucoup d’insistance, à sortir quelques anecdotes. L’autorité avait recommandé de mener des opérations sur les véhicules aux vitres teintées. Beaucoup de personnalités s’étaient fait prendre.

Alors qu’il s’adressait à son chauffeur, un célèbre ténor du barreau est intervenu pour lui dire qu’au lieu de s’occuper des vitres teintées, il aurait mieux fait de jeter son dévolu sur les camionneurs qui tuent chaque jour. Amoul Yakar lui a dit en le regardant dans le blanc des yeux de balayer devant sa porte avant de s’occuper de celle des autres. Il ne connaît pas le rang mais l’infraction. Il ne lâche jamais le morceau, sauf si c’est son supérieur hiérarchique qui lui dit de le faire. Finalement, le véhicule est allé en fourrière. Heureusement, se réjouit-il, « mes patrons me font confiance et ne me mettent pas de bâtons dans les
roues. Ils me laissent travailler en toute liberté. Aussi bien le commandant que le Commissaire Central. Ils ne m’ont jamais convoqué dans leurs bureaux pour me faire des remontrances. Ce qui m’aurait fait vraiment honte ». Toujours dans le chapitre des insolites, un ancien ministre pris la main dans le sac lui a proposé 5.000 Fcfa pour passer l’éponge et s’est vu passer les menottes.

4O à 50 cas de mise en fourrière par jour

Le brigadier chef enregistre 40 à 50 cas de mise en fourrière par jour. De son tiroir, il tire un lot d’une cinquantaine de faux permis de conduire. Amoul Yakar ne se contente pas de les appréhender sur la circulation. Il lui arrive de mener des investigations et de faire tomber des têtes qu’il «dépose» sur un plateau d’argent dans le bureau de ses collègues enquêteurs. Teigneux, il parvient parfois à débusquer le faussaire planqué au service des mines, avec la collaboration des automobilistes mis dos au mur. «Sans issue», il ne l’est pas à tous les coups. « On dit que je suis méchant, mais je n’ai pas le cœur fermé. Il m’arrive de laisser passer. Je sais reconnaître quand une personne est en détresse, qu’elle ne fait pas exprès. J’ai des parents et quand ils entendent dire que Amoul Yakar n’a pas de coeur, cela leur fait mal. Des chauffeurs me menacent de mort». Certaines forces de l’ordre, se désole-t-il, ont une part de responsabilité dans les infractions commises par les automobilistes. «Par exemple quand on intervient en faveur d’un proche qui grille un feu en se mettant en danger et en mettant les autres en danger, c’est inadmissible. Lorsque je vois des charretiers venir jusqu’à la Rts, cela me fend le coeur et je me dis que quelque part, certains n’ont pas fait leur travail». Souvent en faction entre la Place de l’Indépendance et le rond point de Liberté 6, en passant par Seydou Nourou Tall, il est très mobile avec sa moto et en l’espace d’un quart d’heure, passe d’un point à un autre. «Les chauffeurs disent que je suis un sorcier», rigole-t-il. Débutants comme des laveurs de véhicules, souvent illettrés, adeptes du cocktail explosif de Bacchus et de «l’herbe qui tue», les jeunes sont les plus indisciplinés dans la circulation. Les femmes par contre, sont plus respectueuses des règles.

Son souvenir le plus atroce sur la circulation

Son souvenir le plus marquant dans la circulation ? Roulant un élastique autour de ses doigts, triste et hésitant, il s’ouvre : « Un jour, j’étais avec un collègue à Rebeuss. Un chauffeur de camion qui avait perdu le contrôle de sa voiture a foncé droit sur lui, l’a écrabouillé. Il est mort sur le coup. Sous mes yeux. Je ne pouvais rien faire. C’était le brigadier Abdoulaye Bâ». Refusant toujours de donner des détails, Diouf est conscient de gêner certains, de la pression qui pèse sur lui et des risques, surtout sur le plan mystique. Un jour, le voisin d’un de ses proches, qui s’active dans le transport clandestin l’a reconnu et confessé qu’il a plusieurs fois donné son nom à des marabouts pour que leur véhicule ne fasse plus l’objet de fourrière. Mais avec la grâce de Dieu, sa mère, son seul marabout veille au grain. Heureusement.
Source: L'As






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