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Tourisme transfrontalier : Une évidence pas si simple à mettre en oeuvre par nos administrations - Par Mohamed Faouzou Dème


Rédigé par leral.net le Mardi 19 Avril 2016 à 09:00 | | 1 commentaire(s)|

La notion de frontière n'a pas toujours le sens en matière touristique. Il est fréquent qu'un domaine de chasse ou un site naturel, et une zone de pêche sportive ce situe à cheval entre deux pays. Des lors, l'approche frontalière prend tout son sens dans l’économie touristique. Même si la concurrence entre nos pays en terme de visibilité, de performances et d’indices existe, elle devrait être pour le cas du tourisme, un instrument qui facilite l’intégration, les circuits inter état, et permettre de fixer les atouts de chaque état en termes de différentiels complémentaire à celui de l'autre. Le tourisme transfrontalier de l’Union ne doit pas être en concurrence avec ses membres, mais plutôt avec les pays des marchés récepteurs hors union tel que le Maghreb, le moyen orient, l’Afrique centrale et du Sud.
Fort de ce constat, le secteur public et privé ont pour mission opérationnelle de mettre en oeuvre une politique commune transfrontalière qui prend en compte les intérêts des populations sur les axes routiers. L’administration publique, pour sa contribution au libre échanges et des circulations devrait travailler sur cette idée forte de l’OCDE, intitulée "Tourism as a Driving Force for Regional Cooperation", pour renforcer l'économie sous régionale qui doit prendre son envol à partir des ressources sur le tourisme.

Peut on savoir, à combien est estimé le tourisme transfrontalier de notre sous région. Et quelles sont les avantages directs tirés par les couches les plus vulnérables ?

A ma connaissance aucun chiffre fiable, actualisé n’est disponible, ce qui constitue un frein à toutes études d’investissement et de planification. Nos administrations, doivent d'ores et déjà commencer par se rappeler, que le tourisme est l'un des secteurs les plus dynamiques et les importants du monde. Nous savons que dans nos pays, les régions frontalières couvre une grande superficie non négligeable, représentant plus de 20% de nos territoires, ou des projets communs de tourisme transfrontalier peuvent avoir un réel impact sur la croissance des économies locales.

La mutualisation des ressources, des équipements ou des attractions touristiques dans les zones frontières représente donc, une réelle opportunité pour les acteurs locaux, et intra régionaux, qui leur permet de promouvoir l'économie locale et l'attractivité de chaque territoire en terme de marque et de labellisation de leur produit touristique.

Ces différents atouts et arguments sont d'ailleurs pris en compte par l’UEMOA dans son programme de politique commune pour accompagner les états dans la mise en oeuvre de leur politique de promotion touristique. C’est ainsi que la commission tourisme de l'union, en partenariat avec le secteur prive représenté par la FOPIHT, qui est une instance fédérale sous régionale dirigée par notre compatriote monsieur Racine Sy, finance de nombreux projets touristiques transfrontaliers, ainsi que des ateliers de partage.L'union devrait renforcer ses actions pour l'amélioration des services touristiques et pour la protection de l’environnement, le développement et la mise en valeur de l'héritage naturel et culturel de notre espace géographique commun. Toutefois, le tourisme devrait figurer parmi les thématiques prioritaires de la politique de l'union, mais force est de constater que les projets dans ce secteur restent tributaire de programmes de financements assez lourds de la coopération internationale. Ainsi, les conditions au développement de l'approche touristique transfrontalière peuvent être classées en deux catégories : ceux qui partent d'offres touristiques nationales existantes et les transposent à une échelle transfrontalière (homogénéisation des offres, commercialisation et promotion conjointes...) et ceux qui sont conçus directement à une échelle transfrontalière, dont la plus pertinente à mon avis serait une compagnie aérienne trans frontalière.

Un sujet qui vient a son heure vu la situation des compagnies aériennes des états membres de l’union. Si l'intérêt de l'approche touristique transfrontalière semble indéniable, sa mise en œuvre pratique n'a cependant rien d'évident. Il semble y avoir une série de conditions et de priorité non partagée au développement de cette forme de tourisme (même si nombre d'entre elles valent aussi pour d'autres approches transfrontalière) : identification d'intérêts convergents, création de méthodes et d'outils communs, mise sur pied de nouveaux produits touristiques facilitant ce rapprochement, politique de visa unique, organisation conjointe de la promotion, partage de stand lors des salons du tourisme et de la commercialisation des circuits...

Une donne très importante dans la politique communautaire, pourtant absente, pour matérialiser les avantages et les bénéfices de cette approche globale, inclusive, c’est la contribution au partage de l’information à travers des liens vers les sites de projets touristiques transfrontaliers dans différents domaines, en particulier, ceux du transport aérien et terrestre.

Une série de propositions peuvent être étudiées, et qui vont du ticket unique pour les sites touristiques, aux formations communes pour les professionnels du tourisme, en passant par des expositions et des offres de voyages communes, des sites d'information touristiques partagés, ou encore la promotion, la mise en réseau et la gestion communes de sites culturels et touristiques transfrontaliers.

Bâtir une administration inter connectée, forte et efficace à travers des mécanismes, et des politiques administratives simplifiées, capables de lever les contraintes et d’améliorer le rendement du secteur touristique transfrontalier devrait s'ajouter aux préoccupations des projets du PSE pour une émergence du continent en général et du Sénégal en particulier.

Mouhamed Faouzou Dème, Expert en tourisme






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