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Tout mouride qui prône le sectarisme va à l’encontre des enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba et du Coran ! Par Abdou Khadre Mbacké, Ecrivain


Rédigé par leral.net le Dimanche 8 Mai 2016 à 18:38 | | 2 commentaire(s)|

Tout mouride qui prône le sectarisme va à l’encontre des enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba et du Coran ! Par Abdou Khadre Mbacké, Ecrivain
Guèer, Guéweul, Niénio, Teugue, Garmy… Ces maux avec lesquels il faut encore lutter jusqu’à la dernière goutte de sueur ! Rejeter l’autre sous prétexte qu’il appartient à telleou telle caste est d’abord un acte de mauvaise foi.
Bon nombres de mourides, disons d’ailleurs de musulmans tout court refusent de marier leurs filles à un homme (fut-ce un millionnaire) sous prétexte qu’il appartient à une « caste inférieure » au Sénégal. Il faut que tout le monde le sache pendant qu’on y est, le CHEIKH a toujours eu la détermination d’abroger le phénomène de la coterie sociale qu’encourageait l’esprit fratricide de caste et de clan qui régnait dans la société et qui empêchait l’union de ses membres et la coopération entre eux, en ce sens que chacun cabalait contre les membres d’un autre.
Remontons un peu l’histoire. Il y avait au Sénégal, avant la conquête coloniale, deux classes essentielles : une haute classe pour le « Garmi » (noble) et une basse classe pour le « Badola » (le paysan). Donc du haut en bas de la hiérarchie se trouvaient respectivement : le « Bourba » (Empereur) qui, occupant le sommet de la classe dirigeante, était à la tête de l’empire wolof ; aux échelles sociales inférieures viennent les « Laman » (Vice-rois) des différents territoires (Waalo, Kajoor, Bawol, Sine et Saloum) ; les « Garmi » (Princes), les « Kàngam », les « Tara » (enfants issus d’une mère esclave et d’un père libre), les « Njambour », les « Niéno », et en dernier lieu, les esclaves. Et à la dislocation de l’empire Wolof, chaque territoire s’érigea en royaume indépendant et conserva la même organisation.
A travers la diffusion de l’esprit d’égalité et de fraternité musulmane entre les disciples, le Cheikh lutta donc efficacement contre ce phénomène de discrimination sociale. Le CHEIKH proclamait en fait, que la supériorité doit être le fruit de la piété et de la bonne action et non celui de l’appartenance ethnique ou raciale. On peut faire allusion aussi à ses écrits dans MASAALIK-UL JINAAN ou les itinéraires du Paradis : « L’homme le plus estimé auprès d’ALLAH, est celui qui le craint le plus, sans discrimination d’aucune sorte. La couleur de la peau ne saurait être cause de l’idiotie d’un homme ou de sa mauvaise compréhension » Cette position fait prévaloir comme il nous l’apprend le principe que DIEU a formulé en ces termes :
« Le jour où l’on aura soufflé dans la trompe [pour mettre fin à ce monde], la généalogie ne comptera pas entre eux. Ils ne s’interrogeront pas non plus [là-dessus]; Parmi vous, le plus noble aux yeux de DIEU est le plus pieux » Ainsi, même dans le travail, on ne distinguait guère les personnes des différentes ethnies. De même, il unissait dans les mariages des personnes d’ethnies et de classes sociales différentes.
Serigne Touba prônait le syncrétisme confrérique et l’unité (même dans la diversité) de tous les musulmans quelles que soient leurs obédiences confrériques. C’est ainsi qu’il écrivait dans MASAALIK-UL JINAAN ou les itinéraires du Paradis que toutes les voies confrériques mènent à DIEU : « Toutes les confréries [littéralement Wird] guident le disciple vers Sa Majesté sans le détourner [du droit chemin] »
Ceci nous montre indubitablement et avec netteté comment le CHEIKH détestait le sectarisme qui ne fait que détruire la fratrie de la communauté islamique. Cette désunion musulmane est condamnée même par le texte coranique : « Attachez-vous tous à l’Ordre [littéralement corde] de DIEU et ne vous séparez pas [les uns des autres] Sourate 3 (La famille d’Imran), verset 103. Cette position défavorable au sectarisme est aussi celle des autres guides spirituels. Par exemple, Seydi El Hadji Malick Sy fustigeait fermement toute attitude sectaire dans son ouvrage qui s’intitule Kifâyat Al-Râghibîn. L’auteur de cet ouvrage cite à ce propos le hâdith où le Prophète SWS disait : « Vous ne serez pas de vrais croyants tant que vous n’arriverez pas à être mutuellement attachés par l’amour [fraternel]
Cette division des fois freinent de réels projets, y compris les projets de mariage. Sur un article que j’avais lu sur un site d’information, ceci est un vrai problème surtout en ce 21ième siècle.
Nombreux sont les parents qui s’opposent de plus en plus aux mariages de leurs enfants, pour des raisons qu’ils jugent importantes à leurs yeux et aux yeux de leurs familles. Certains des enfants se révoltent pour sauver leur amour, mais ne tardent pas à payer les pots cassés d’une telle désobéissance. Car, cela pousse souvent la famille à les abandonner et à leur couper les vivres.
Malgré le 21e siècle et la vie moderne qu’incarnent les jeunes, les parents sont toujours attachés à des jugements de valeur qu’ils pensent nécessaires. Ceci par respect pour la tradition ou la pensée de leurs proches à leur égard. Parce que le choix de leurs enfants, pour prendre une épouse, peut leur faire du tort aux yeux de la société.
La décision qui est la plus importante et la moins négligée dans les familles sénégalaises, c’est quand leurs enfants deviennent grands et pensent à épouser leurs compagnons. À ce moment, c’est la mère qui mène son enquête avant l’action finale qui doit être accomplie par le père pour le mariage.
La mère a recours à son griot pour savoir la famille d’origine du jeune homme ou de la jeune famille. La famille est-elle pauvre ? Est-ce une famille castée ? Quelle est sa religion ? Voilà le début du calvaire des amoureux, et les parents qui feront tout pour les séparer.
La famille «sous-estimée» par manque de moyens, le fameux «xeebaaté»
Les deux parents peuvent refuser de donner leurs enfants en mariage prétextant que l’autre famille n’a pas de moyens. Celle de la fille peut refuser de la marier à n’importe quelle famille, surtout si cette dernière est pauvre. Alors, ils ne vont pas la marier au garçon et l’envoyer ainsi vivre dans la précarité. Surtout pour une fille qui a vécu dans de bonnes conditions et reçu une bonne éducation.
La mère se verra couverte de honte au sein de la famille et devant ses proches. Car, pour certaines mères, pensent ne pas mériter ce qu’elles considèrent comme de l’opprobre, pour avoir vécu et supporté beaucoup de chose dans la maison de leur époux. Raison pour laquelle, sa fille doit avoir le meilleur des maris qui pourra subvenir à ses besoins et à ceux de ses parents, en guise de récompense à tous ses sacrifices.
Le fait le plus récurrent, c’est quand la famille du garçon, et surtout sa mère, s’oppose au mariage du fils au motif que les parents de la fille n’ont pas de moyens nécessaires pour couvrir de cadeaux la belle-famille. Comme la tradition la demande, une belle fille de la famille doit faire le «téral», comme appelé chez nous, si elle donne naissance à un enfant. Ce baptême sera l’occasion pour la mère d’étaler toutes ses largesses et tous ses moyens pour faire honneur à la famille de l’époux de sa fille.
Si les jeunes n’y accordent aucune importance, les parents croient encore aux castes. C’est un phénomène très présent au Sénégal, même si certains prétendent qu’il commence à disparaître. De nombreux jeunes vivent le grand amour jusqu’au jour où ils prennent l’importante décision de s’unir. C’est en ce moment que commencent les préjugés et l’œil de la tradition envers une relation.
Les parents sont contre le mariage de leurs enfants pour la simple raison que la jeune fille est soit musulmane ou chrétienne. Et que leurs petits-enfants doivent avoir une mère de la même religion que la famille de son père.
La religion musulmane n’interdit pas à un garçon d’épouser une fille d’une autre religion. Il n’empêche que les parents sont là pour faire la police et n’accepteront jamais une telle union. Pareilles pour certaines familles chrétiennes chez lesquelles il n’y a pas de place pour une fille d’une autre religion dans leur maison. Ces pratiques sont fréquentes, même si les Sénégalais véhiculent des messages pour dire que nous sommes tous des parents, pour une bonne cohabitation dans le pays.
Et jusqu’ici donc, il nous reste beaucoup à faire dans nos sociétés. Et il faut que cette jeunesse présente ne commette surtout pas l’erreur que les anciens avaient commise. Il faut ici et maintenant faire éclater « la bombe à caste ou secte ». Il faut qu’elle élimine cette gangrène si elle veut grandir. Car ces énergumènes constituent sans complexe de véritables goulots d’étranglement.

Abdou Khadre MBACKE
Ecrivain Sénégalais
Chercheur sur le Management culturel
abdoukhadre2011@gmail.com







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