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Tunisie: plusieurs dizaines de milliers de personnes pour les funérailles de Chokri Belaïd

le 8 Février 2013 à 18:44 | Lu 393 fois

Vols annulés, rues vides ou presque dans la capitale. La Tunisie est en partie paralysée ce vendredi 8 février en raison d’un mouvement de grève générale. Des milliers de personnes se sont rassemblées aussi ce matin dans la banlieue de Tunis devant le cercueil de l’opposant Chokri Belaïd, tué mercredi de trois balles tirées à bout portant alors qu’il sortait de chez lui à Tunis. Cet assassinat a provoqué une vague de colère.


Tunisie: plusieurs dizaines de milliers de personnes pour les funérailles de Chokri Belaïd
Un fort sentiment de colère se dégage du cortège. Les slogans criés par la foule sont fortement hostiles aux autorités et au parti au pouvoir Ennahda. « Ghannouchi assassin », ont scandé les milliers d’hommes et de femmes qui ont accompagné le cercueil, en référence à l’homme fort d’Ennahda. « Le peuple veut un changement de pouvoir », a également crié la foule en arabe.

Beaucoup de ceux qui ont accompagné le cercueil de Chokri Belaïd se disent choqués par son assassinat. « Il a été tué parce qu’il défendait les pauvres, qu’il avait une pensée libre », estime une femme. « Tous ces gens que vous voyez appartiennent aux différences tendances politiques de la Tunisie. Ce sont simplement des gens qui veulent pouvoir penser librement », dit un autre.

De nombreuses personnalités de l'opposition ont fait le déplacement. Parmi eux, Beji Caïd Essebsi, ex-Premier ministre de la transition, dont l’un des collaborateurs a lui aussi été tué à Tataouine en octobre. Beaucoup d'entre eux étaient sous très haute, mais très discrète protection policière. Ils ont affirmé avoir reçu des menaces de mort, et les autorités prennent ces menaces très au sérieux et ont renforcé leur sécurité. Leur itinéraire a par exemple été tenu secret.

De nombreuses femmes présentes

Près de la tombe où doit être inhumé Chokri Belaïd, beaucoup de femmes sont présentes, qui soulignent leur présence exceptionnelle pour des funérailles musulmanes. « C'est ça, la vraie Tunisie ! », affirmait l'une d'entre elles, comme une pique lancée aux islamistes d'Ennahda.

La foule qui s’est mise en marche de la maison de la culture de Djebel Jelloud est très compacte. Elle brandit des portraits de Chokri Belaïd, chantait l’hymne national tunisien et portait de nombreux drapeaux poings levés, certains faisant le V de la victoire. « Je ne fais pas partie du camp politique de Chokri Belaïd mais pour la première fois, je pleure pour une personne », déclare une personne.

Pour beaucoup ici, Chokri Belaïd est un symbole. Une véritable l’unité s’est formée autour de lui au cours de cette marche, avec des jeunes, des personnes plus âgées, des militants ouvriers, des magistrats, des avocats. « Il y a eu une véritable onde de choc. Il y aura un avant et un après », disait une femme. « Ceux qui ont assassiné Chokri Belaïd ont échoué. Ils ont tenté de diviser les Tunisiens mais vous le voyez, nous sommes plus unis qu’avant », disait une autre.

La grève générale décrétée aujourd'hui à l'appel des syndicats, dont l'UGTT, semble également bien suivie. Les transports tournent au ralenti et le trafic aérien est nul ou quasi nul. Tous les départs et toutes les arrivées ont été annulés pour toute la journée, faute d'assistance au sol. Les vols intérieurs aussi sont concernés. Dans de nombreuses villes, les magasins et les cafés sont fermés. L'armée a été déployée dans le centre de Tunis par crainte de violences.


source:RFI